Vendre son âme à Marketplace (sans en avoir pour son argent) | Clin d'œil
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Vendre son âme à Marketplace (sans en avoir pour son argent)

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Au plus fort de ma passion pour Marketplace, je consultais la section des petites annonces sur Facebook chaque soir avant de m’endormir, chaque nuit en allaitant mon bébé, et chaque matin, dès mon réveil. Et je ne vous parle pas du reste de la journée.

Comme des générations d’hommes de Néandertal, je chassais. Eux, le gibier, moi, l’aubaine. J’ai toujours eu un petit thrill d’excitation au moment des soldes. En témoignent les nombreuses chaussures beaucoup trop petites achetées à 50 % de rabais. «C’est pas comme si tes pieds allaient rapetisser», me chuchotait la partie rabat-joie de ma personnalité. «C’est pas comme si on t’avait demandé de t’en mêler», répliquait la partie YOLO, résolument ma préférée.

À force de rester confinée entre mes quatre murs, j'ai vu ma passion pour la mode se transformer en amour pour la déco. Inspirée par les comptes que je suivais sur Instagram, je me suis mise à chercher les essentiels d’une déco réussie, version 2021: des meubles en cannage, des meubles scandi mid century vintage, des tapis berbères et, si possible, un vase avec des fesses (également appelé «vase de cul» par mon chum, qui ne comprend pas cette tendance). Il ne me restait qu’une chose à faire: guetter leur apparition sur Marketplace, l’eldorado de la pièce unique et pas chère. Du moins, c’est ce que je croyais.

via Unsplash

Le projet s’est révélé plus difficile que prévu. D’abord, je n’étais pas la seule à fréquenter assidûment l’application, qui était passée de 800 millions à plus d’un milliard d’usagers pendant la pandémie. Je n’étais pas non plus la seule à aimer le cannage, comme je l’ai découvert lorsque j’ai vu de vieilles chaises Emmanuelle à l’assise défoncée s’envoler pour 300 $. J’ai donc décidé d’élargir mes critères. J’achèterais ce qu’on voudrait bien me vendre, point.

Est-ce que j’ai eu plus de succès? Certainement. Est-ce que j’ai fait de bonnes affaires? Bizarrement, non. Une fois, j’ai acheté un monstrueux parc à bébé à un homme qui habitait une grande maison à Westmount. Je l’ai payé plein prix, sans négocier. Il ne fallait surtout pas que ce prétentieux s’imagine que c’était trop cher pour moi!

Une autre fois, j’ai fait 45 minutes de voiture pour aller chercher un vieux lavabo «laitte» à Châteauguay. J’ai su dès le premier regard que l’objet était hideux. Pourquoi l’ai-je tout de même acheté? On ne le saura jamais. Tout comme on ne saura jamais pourquoi le Spikeball existe ou pourquoi les jeans des filles ont de toutes petites poches.

Échaudée par ces expériences, je suis devenue l’une des pires manifestations de l’acheteur Marketplace. La personne qui demande si c’est encore disponible pour ne plus jamais donner signe de vie? C’est moi. Celle qui teste la force de vos convictions en offrant plus que le prix demandé pour un meuble déjà réservé? C’est moi aussi. Celle qui vous écrit que votre prix est abusif, sans aucune intention d’acheter? Moi, moi et encore moi!

Sur Marketplace, ma morale habituelle a pris le bord. La mère de famille respectable que je suis fuit l’engagement, «ghoste» les gens et cherche du beef dans les commentaires. Bref, Marketplace a fait de moi un fuckboy de la petite annonce. Depuis, je supplie Keven de sortir de ce corps. Il est temps de prendre une pause. De toute façon, ma cote est à deux étoiles et demie.

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