Sébastien Huberdeau raconte le film Angle mort | Clin d'œil
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Sébastien Huberdeau raconte le film Angle mort

Loin de faire fausse route, la carrière de Sébastien Huberdeau s'oriente autour d'avenues aussi variées qu'imprévisibles. Son parcours l'a mené de Nos étés à Polytechnique, puis de la France à Cuba, où il tournait le thriller Angle mort à la même période l'an dernier. Souvenirs de tournage et de voyage.

En décembre 2009, deux semaines avant Noël, le téléphone sonnait chez Sébastien Huberdeau. On lui proposait un essai pour un long métrage tourné à La Havane. Alors qu'on avait initialement prévu donner les rôles principaux à Julie Perreault et Claude Legault, on avait migré vers une distribution un peu plus jeune. «Ç'a été un peu parachuté dans ma vie, se souvient Huberdeau. Souvent, tu passes une audition des mois avant que le projet se réalise, mais ici, je sentais qu'il y avait une urgence. Ç'a été très rapide. Le lendemain, on m'appelait pour me dire que j'avais le rôle.»

Après avoir fait une répétition avec Karine Vanasse, histoire de voir si la chimie opérait encore (ils ont tourné ensemble dans Polytechnique), Sébastien s'est fait dire de préparer son passeport. Durant les fêtes, le duo a étudié le scénario, a souligné quelques points à ajuster et s'est concentré sur la crédibilité de sa future relation à l'écran. «Il fallait qu'on s'entende bien, Karine et moi, explique l'acteur de 31 ans, parce qu'on avait à tourner pendant 2 mois ensemble. En plus, comme nos personnages vivent une histoire d'amour qui bat de l'aile, il fallait sentir une certaine distance. Mais, en même temps, tu ne peux pas trop le jouer non plus... Quand ça fait des années que deux personnes sont ensemble, il y a quelque chose de spécial qui s'installe entre eux.»

Bien que la prémisse s'oriente autour de ce couple en voie de séparation, Angle mort n'a rien d'une histoire sentimentale. On y suit surtout le périple de deux jeunes Québécois en voyage qui, après avoir pris une photo compromettante, se retrouvent pourchassés par un tueur en série (Peter Miller). Leur fuite en vieille Lada les mènera sur les routes incertaines de la république fictive de Santiago où, bien plus que leur relation, ils tenteront de sauver leur peau.

Voyage organisé

Fait très rare pour un film d'ici, le coeur de l'histoire se déroule entièrement à l'extérieur du Québec. Et ce qui, au départ, peut paraître paradisiaque, n'est pas toujours de tout repos, selon Sébastien Huberdeau. «Huit ou neuf semaines à Cuba, c'était super tripant à plusieurs plans, mais pour le travail en soi, ça faisait des énormes journées. On tournait à une heure de La Havane. Je pense qu'il n'y a pas un jour où on a commencé après cinq heures et quart du matin.»

Loin de ressembler à un forfait vacances, l'horaire cubain de la distribution avait quelque chose de militaire: lever, déjeuner, transport, tournage, retour à l'hôtel, souper et dodo. «T'as le temps de t'asseoir trois quarts d'heure dans ta chambre, tu te couches et tu recommences.»

Reste que ce rythme effréné cadrait bien avec la psychologie des protagonistes en fuite. De l'aveu du comédien, cette fatigue alimentait efficacement le jeu qu'il devait livrer: «Personnellement, cette ambiance-là, cet isolement, m'aidaient à me concentrer juste sur le film, explique-t-il. Au fur et à mesure qu'on avance dans l'histoire, ça devient une espèce de course à relais. C'était facile d'avoir l'exigence physique que ça prenait pour jouer le personnage, parce que les conditions de tournage étaient exigeantes.»

Mais, loin de jouer les dictateurs, les producteurs ont quand même offert quelques fins de semaine de congé à leur équipe, histoire de profiter un peu de la mer turquoise. «La Havane, ça grouille. C'est un party là-bas!» lance celui qui maîtrise minimalement l'espagnol. En ville comme sur le plateau (où travaillaient de nombreux Cubains), cet adepte de l'histoire politique aurait bien aimé échanger davantage avec ses collègues.

«Parfois, je me sentais limité dans mon rapport avec les autres. Si tu veux avoir une discussion en profondeur et aborder certains sujets, c'est mieux de parler la langue du pays. J'étais un peu frustré parfois. On sentait que ceux qui parlaient plus la langue allaient plus loin dans leur relation avec les autres. Le rapport n'est pas le même.»

Néanmoins, sa collaboration avec Karine Vanasse, une amie qu'il connaît depuis la série 2 Frères, l'a ravi. «C'est très le fun de l'avoir comme partenaire. Elle est toujours prête à répéter, à parler du personnage. C'est une fille qui s'implique beaucoup. Elle a déjà porté le chapeau de productrice, elle connaît ça de l'intérieur. C'est une personne très, très curieuse de ce qui se passe. Je ne serais pas étonné de tourner à nouveau avec elle, plus tôt que tard.»

Nouveau virage

Comme Vanasse, qui tente maintenant sa chance du côté de la France, Sébastien Huberdeau a l'ambition voyageuse. Après son passage au Festival de Cannes en 2009 (pour Polytechnique), il enchaînait avec le tournage de Thelma, Louise et Chantal, un long métrage français mettant en vedette Jane Birkin. «De temps en temps, j'aimerais aller faire des petits tours là-bas, confie-t-il, pour voir si je peux y faire ma place. J'y suis allé l'an dernier, en septembre et en octobre, et je vais peut-être y retourner après la sortie d'Angle mort. Mais, en même temps, Paris, c'est une jungle. Ce n'est pas Hollywood, mais ce n'est pas Montréal non plus. Le métier de comédien, c'est un métier de rencontres, mais à Paris, c'est fois dix. Il faut rencontrer du monde, aller dans des soirées... C'est vraiment une affaire de relations publiques. C'est intéressant, mais en même temps, je suis un gars un peu sauvage dans la vie, donc je regarde ça avec un certain recul.»

Sauvage, certes, mais pas dans le sens de la cabane au Canada, qui fait tant rêver les Français qu'il veut séduire. «L'espèce d'urbain qui revient à la terre, ça me fait bien rire. C'est un truc un peu surfait. Dans mon cas, ça veut simplement dire que je ne m'expose pas beaucoup aux médias. Je ne donne pas beaucoup d'entrevues, tu ne me vois pas dans des événements, je ne parle pas de mes relations, je ne pose pas devant les kodaks. Je ne mise pas là-dessus dans ma vie. Je laisse ça aux autres.»

Et cette approche ne semble pas lui nuire. Depuis son tout premier rôle dans Les Intrépides, qu'il a tenu à l'âge de 14 ans, cet autodidacte a joué autant à la télé qu'au cinéma, décrochant même une nomination aux Jutra à seulement 19 ans (pour L'Île de Sable). Il monte aussi régulièrement sur les planches, entre autres dans Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges, en tournée provinciale présentement. Loin d'être un enfant de la télé, le lunatique qu'il était, en bout de ligne, a su trouver le bon chemin.

«Je suis assez jeune, mais j'ai joué plusieurs choses. Des bad boys, des psychopathes, des bons gars, des jeunes premiers. Je ne suis pas confiné à un casting. J'ai la chance d'avoir eu une bonne panoplie de rôles et j'aimerais que ça continue en vieillissant, qu'on me fasse confiance pour faire des trucs différents.»

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