Rencontre avec Lara Fabian: inspirante et généreuse | Clin d'œil
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Rencontre avec Lara Fabian: inspirante et généreuse

Quand Lara Fabian répond au téléphone, des notes de piano résonnent derrière elle. «Désolée, c’est ma Lou qui répète», lance tout naturellement la chanteuse. Le ton est donné. Entretien avec celle qui jongle à merveille avec son rôle de coach à La Voix, sa tournée mondiale pour Camouflage, la création d’un nouvel album en français et sa vie de famille.

 

 

  

Tu as lancé récemment ton treizième album, et quatrième opus anglophone, Camouflage. Qu’est-ce qui t’interpelle dans la langue de Shakespeare?  

  

Probablement sa musicalité, son côté poétique. J’aime pouvoir aborder des concepts de manière plus succincte. C’est aussi une langue que je parle depuis que je suis toute petite. La première chanson que mon père m’a enseignée, c’est Take Me Home, Country Roads, de John Denver. Cela dit, je travaille maintenant sur un nouvel album en français! J’aimerais y parler de beauté, à la fois celle qu’on nous assène et celle qu’on oublie, d’amour bien sûr, et aussi du migrant en chacun de nous.  

  

Tu habites officiellement au Québec depuis octobre dernier. Comment vis-tu ce retour?
 

  

Comme un cadeau. C’est vraiment ce que j’avais envie de vivre depuis longtemps. Quand j’ai eu l’opportunité d’être coach à La Voix, je n’ai pas hésité. Transmettre mes connaissances, aider, c’est mon objectif de vie. Je dois même dire que ce retour est l’une des plus jolies choses qui me soient arrivées depuis de nombreuses années.  

  

C’est d’autant plus significatif pour toi quand on sait que tu as quitté le Québec après une rupture difficile avec l’auteur-compositeur Rick Allison, en 2003. À l’émission La vraie nature (TVA), tu es d’ailleurs revenue avec émotion sur ta relation avec ton ancien amoureux et collaborateur, et on a même pu voir ce dernier te chanter Je t’aime en vidéo. Qu’est-ce que cela a éveillé en toi?  

  

Pour moi, c’était déjà résolu. C’était une histoire très belle dans sa plénitude, mais qui a connu une fin très abrupte suivie de 13 ans de silence. J’ai eu le temps de transformer cette très vilaine rupture en quelque chose de constructif. Je ne suis pas revenue au Québec pour guérir. Je suis plutôt arrivée avec un cœur ouvert et l’esprit en paix. Quand j’ai appris que Rick avait enregistré la chanson Je t’aime, j’ai vu quelqu’un qui faisait amende honorable. On s’était bien sûr parlé entre temps, mais poser ce geste devant l’œil du public... C’était comme s’il me disait à quel point j’avais été importante pour lui, combien il m’avait aimée.  

  

Tu dis souvent que le Québec t’a fait renaître. Qu’est-ce qui t’attire autant ici?
 

  

C’est difficile pour moi d’en parler sans avoir l’air d’en rajouter. J’aime les gens d’ici, vraiment. Ce sont eux qui m’ont mise au monde d’une manière si touchante. On vit deux naissances: celle que l’on ne choisit pas et celle que l’on choisit. Pour moi, cette dernière a été le Québec. À 20 ans, j’ai été acceptée comme une artiste québécoise. J’ai vécu toutes mes premières fois ici: mon premier grand succès, ma première récompense, ma première salle de spectacle, mon premier disque d’or... J’ai été choisie par le public. Des années plus tard, à 47 ans, je ressens le même accueil. Le Québec m’a tendu la main.  

  

 

 

  

Un peu comme tu le fais en ce moment avec les candidats de La Voix 6. Est-ce ce qui t’a donné envie de participer à l’émission?  

  

Absolument. Pour moi, il est primordial de donner au suivant. D’ailleurs, c’est contenu dans l’ADN du Québec. La Voix n’a pas un tel succès par hasard. Se lever, tendre la main et dire «Vas-y, t’es capable!» fait partie intégrante des codes de cette culture.  

  

En tant que coach, tu accueilles, tu encourages, mais tu es aussi dans l’émotion. Comment perçois-tu ton rôle?
 

  

Je pense qu’il n’y a pas de décalage entre ce que les gens perçoivent de moi et ce que je suis. C’est magique d’être soi-même. Et ce n’est pas facile dans notre milieu, parce qu’on essaie de projeter une image magnifiée. On n’a souvent que quelques minutes, une courte prestation... On ne paraît jamais aussi mal que lorsqu’on tente de bien paraître! C’est mon mantra. La chaise de La Voix, pour moi, c’est un peu comme être dans mon salon et regarder une magnifique émission sur la musique.  

  

Durant une audition à l’aveugle, tu as d’ailleurs ému tout le Québec en fondant en larmes lorsque la voix d’un de tes futurs protégés, Félix Lemelin, t’a rappelé celle de ton père. T’attendais-tu à avoir ce genre de réaction?  

  

My God, non! Mais je n’ai pas peur de montrer ma vulnérabilité. Quand Félix est arrivé, je ne me suis absolument pas demandé pourquoi ça pouvait m’émouvoir, ou pourquoi ça me rappelait mon père. Il m’a soufflée. Si j’avais été à la maison, j’aurais réagi de la même manière. La seule différence, c’est que j’avais une caméra braquée sur le visage.  

  

 

 

  

Est-ce que ta fille Lou, née en 2007 de ton union avec Gérard Pullicino, a des ambitions musicales?
 

  

Elle a des amours musicaux, mais pas d’ambition en ce sens. Loulou, c’est une enfant multicolore qui aime beaucoup de choses: dessiner, cuisiner, danser, suivre des cours de théâtre... Mais c’est une petite fille de 10 ans. J’essaie de n’avoir aucune attente. Je tente plutôt de construire un monde dans lequel tout est possible. Elle finira par choisir ce qui lui permet d’être elle-même. Je veux la guider, sans la pousser. 

  

Comment te décrirais-tu en tant que mère?  

  

Je suis très, très, très aimante. Je pense que mes origines italiennes y sont pour beaucoup. Je suis archiprésente et disciplinée. Je connais l’importance du «non» et il y a un «je t’aime» derrière chacun d’eux. Je n’hésite pas à être un peu rigide, parce que je sais que dans les limites que je pose, les cadres que j’érige, il y a la garantie d’un espace social dans lequel Lou trouvera des codes, des valeurs et le devoir d’avoir du respect envers les autres.  

  

À travers toutes tes obligations professionnelles et personnelles, comment fais-tu pour garder l’équilibre?
 

  

Je fais comme toutes les femmes de la planète, et je perds parfois la tête! (rires) En fait, pas seulement comme toutes les femmes: comme les hommes aussi! Je pense que nous sommes aujourd’hui relativement égaux face aux responsabilités qui accompagnent une vie dense et complète. Je puise un soutien énorme en la per- sonne de mon mari Gabriel (Di Giorgio, un magicien italien). C’est peut-être l’atout le plus important de notre vie de famille. Il me permet d’être tranquille quand je pars en tournée. Je sais que Loulou est heureuse lorsqu’elle est avec lui, que ça roule. C’est dans cette confiance-là que je trouve mon équilibre.  

  

Y a-t-il trucs qui t’aident au quotidien?  

  

Si c’est trop, si j’ai besoin d’aide, je n’hésite pas à le dire à Gabriel et Lou. J’essaie aussi de me réserver des moments seule, pour faire du yoga, garder un corps et un esprit sains. Je tiens également à me planifier des journées de congé vouées à ne rien faire, à cuisiner pour la famille ou à passer du temps de qualité avec mes proches.   

  

Tu aimes aussi lâcher ton fou! On t’a vue chanter ton succès Je t’aime dans un célèbre bar de karaoké montréalais en février dernier... Peux-tu nous raconter ta soirée?  

  

J’ai tellement ri! J’étais avec un très bon ami à moi. Une fois par an, on se gâte en allant dans un bon restaurant, puis en sortant dans un karaoké. Je ne voulais pas monter sur scène, mais il a fini par me convaincre. J’ai chanté Je t’aime, et je suis partie aussi vite. Quand j’ai vu 200 cellulaires se lever, j’ai su que j’allais me retrouver sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas grave: c’est même amusant de voir qu’une personne qui fait mon métier a également une vie, qu’elle peut parfois lâcher prise!  

  

Justement, quel est ton rapport aux réseaux sociaux?  

  

C’est relativement nouveau pour moi! J’aime beaucoup l’idée qu’il n’y ait parfois pas de distance entre le public et moi. Mais je reste toujours dans le respect et la bienséance. En tant qu’artiste, je trouve important de préserver certaines limites. Il y a une grosse différence entre partager et étaler. Au Québec, les gens sont très respectueux de cette réalité. Ils comprennent que j’ai envie que ma vie privée reste privée.  

  

Après toutes ces années de carrière, comment fais-tu pour garder ta passion du métier?
 

  

J’aime ça! Passionnément. J’ai un véritable élan de joie intérieure quand je chante. Ça m’habite, ça me nourrit. Et le jour où ça ne sera plus le cas, je ferai autre chose. La transmission, c’est le but ultime pour moi. J’aimerais ouvrir une école de chant, notamment, pour outiller les artistes. Il faut savoir comment s’entourer pour être un acteur de ce métier, et ne pas le subir.  

  

Quels sont tes rêves?  

  

J’en ai tellement! Je veux écrire cette comédie musicale que j’ai dans la tête depuis tant d’années, aider Lou à créer son propre univers... J’aimerais beaucoup accompagner d’autres artistes dans la poursuite de leurs ambitions. Mon plus grand rêve, c’est de continuer à exercer mon métier pour pouvoir redonner ce que j’ai reçu. C’est vraiment mon credo. 

  

Photos: Neil Mota 

  

 Mélissa Pelletier 

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