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Quand le Q.I. est sexy

Certaines aiment les yeux verts, d’autres, les cheveux blonds. Les sapiosexuels, eux, craquent pour... l’intelligence! On en a rencontré quelques-uns.

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Stéphanie Baron a fréquenté de nombreux hommes dans sa vie. Des jeunes et des vieux. Des grands et des petits. Des athlétiques et des bedonnants. Leur dénominateur commun? L’intelligence. «Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se trouve dans la tête et dans le cœur d’une personne. C’est essentiel pour que j’envisage de m’investir dans une relation. Lorsqu’une personne m’excite intellectuellement et émotionnellement, je m’y intéresse sans me soucier de son âge, de sa situation économique, de sa langue ou de ses origines», explique la femme de 43 ans, qui se déclare ouvertement sapiosexuelle.

 

Sapio... quoi? Un sapiosexuel, c’est quelqu’un pour qui l’intelligence provoque l’attirance ou quelqu’un qui est attiré sexuellement par l’intelligence. Si le terme est relativement nouveau, le comportement, lui, ne l’est pas. «Il y a beaucoup de gens qui préfèrent un esprit vif et pétillant à un corps de dieu grec taillé au couteau», soutient la sexologue Véronique Vincelli. La sapiosexualité n’est donc ni un trouble sexuel, ni une orientation. C’est une préférence.

 

«Je ne m’attarde pas à des détails physiques comme une barbe, un tatouage ou quelques livres en trop», indique Stéphanie Baron. Pour expliquer son idée, elle fait allusion à un vieux proverbe indien qui compare l’être humain à une maison de quatre pièces: le physique, le mental, l’émotionnel et le spirituel. «Pour une vie équilibrée, on doit aérer ces quatre pièces, précise-t-elle. Dans nos relations, c’est la même chose. Quand l’attirance est purement physique, les trois autres pièces sont laissées à l’abandon et ça finit par causer des frustrations.»

 

Recherche jeune homme avec gros cerveau

 

Selon Mme Lamarre, plusieurs raisons expliquent cette course à la matière grise. «Outre le désir de stimulation intellectuelle, il y a le besoin de sécurité: c’est rassurant de savoir que l’autre pourra résoudre les problèmes, précise-t-elle. Pour certaines personnes, qui veulent bien paraître au bras d’un intellectuel, cette attirance est d’origine narcissique. Pour d’autres, la sapiosexualité permettra de combler un complexe si elles se sentent inférieures.»

 

Quand Stéphanie Baron dresse le portrait de l’homme idéal, la capacité à entretenir la conversation est en tête du classement de ses critères de sélection. «Après un rendez-vous, je ne vais pas nécessairement me souvenir du physique de l’homme, mais plutôt de la discussion qu’on a eue. Discuter avec moi, c’est comme un jeu de ping-pong, et je pense qu’il y en a beaucoup que ça fatigue.»

Stéphanie dit aimer les gens qui font des efforts pour la faire changer d’avis et qui lui apprennent de nouvelles choses. Si elle ne comprend pas tout, c’est encore mieux! «Je sens alors que cette personne a quelque chose à m’apporter. Elle m’ouvre une porte pour me faire découvrir différentes perspectives», précise-t-elle.

 

Belle paire... d’hémisphères!

 

Stéphanie Baron a en poche un certificat en droit, un baccalauréat et une maîtrise en communication, une maîtrise en management et elle termine présentement un doctorat à HEC Montréal. Pourtant, pas besoin d’avoir des diplômes plein les murs pour lui plaire. «J’ai eu un amant qui avait moins de diplômes que moi et qui en était très complexé, confie-t-elle. Pourtant, il m’allumait beaucoup.»

On s’imagine que les sapiosexuels atteignent l’orgasme en se faisant résumer les grandes lignes du millénarisme à l’ère médiévale, comme le faisait le personnage interprété par Pierre Curzi dans Le déclin de l’empire américain. Mais il faut éviter de tomber dans
les stéréotypes.

 

«Je ne me fais pas réciter de poésie pendant l’amour, précise Stéphanie Baron. Mais comme la curiosité est un signe de l’intelligence, je suis toujours ouverte à l’essai de nouvelles choses au lit.» Lorsqu’elle est dans une relation satisfaisante, c’est toute sa créativité qui s’en trouve stimulée. «Après avoir fait l’amour, il m’est déjà arrivé de me lever et d’aller écrire pendant deux heures dans le salon, dit-elle. Disons que ça surprend certains de mes amants!»

 

Sébastien Hémond voit plutôt la sapiosexualité comme une affaire de préliminaires: «Ça se manifeste dans l’échange et la communication qui mènent à la relation sexuelle. Ça ne change rien au côté torride de la chose.»

«Il est possible de faire monter l’excitation sexuelle grâce à autre chose que des caresses et des gestes, note Véronique Vincelli. On peut être érotisé par l’âme, l’intelligence, le savoir-faire et le savoir-vivre d’une personne. Les mots et les conversations peuvent faire beaucoup d’effet. Le dirty talk peut d’ailleurs faire partie de la sapiosexualité.»

 

C’est pas physique, c’est électrique

 

Selon la sexologue, la sapiosexualité reposerait surtout sur les valeurs et l’éducation. D’ailleurs, bien souvent, le sapiosexuel cultive aussi son propre esprit. «Ceux qui vouent un culte à l’apparence physique vont habituellement entretenir leur corps. C’est la même chose pour le sapiosexuel, qui accordera une importance particulière à sa culture et à son éducation», précise-t-elle.

 

Véronique Vincelli croit cependant que tout le monde aurait un petit côté sapiosexuel: «On a tous cette volonté de trouver une personne avec qui il est possible d’échanger, ce besoin de se connecter avec l’âme de l’autre.» Évidemment, les jolies filles aux courbes voluptueuses et les gaillards musclés n’arrêteront pas de plaire pour autant. «L’importance du physique a toujours existé et va probablement rester, conclut la sexologue. Seulement, nous vivons dans un monde où nous voulons «la totale»: le physique, l’épanouissement, et l’intelligence.» 

 

QUESTION D’ÉTIQUETTE

 

Sapiosexuel, flexisexuel... Faut-il absolument catégoriser nos préférences?

 

«De nos jours, on ressent le besoin de tout nommer, explique la sexologue Véronique Vincelli. On voit apparaître une toute nouvelle nomenclature. On parle plus ouvertement de sexe et on essaie de repousser les tabous; il est normal que le vocabulaire suive ces tendances.»

 

➻ Pas encore dans le dico, le néologisme «sapiosexuel» a été créé tout récemment afin de définir cette tendance à être attiré par l’intelligence de l’autre. «Sapio» provient du latin sapiens, qui signifie intelligent.

 

➻ Nos amis sapiosexuels seront sûrement ravis d’apprendre qu’ils ne sont pas les seuls à être catégorisés. Par exemple, le terme «flexisexuels» désigne les gens qui aiment avoir des relations sexuelles avec des personnes de même sexe sans toutefois se définir comme homosexuels.

 

➻ Il faut toutefois demeurer prudent. «Ces nouvelles étiquettes ne doivent pas servir à cataloguer les gens, mais plutôt à mieux définir et à comprendre des comportements», explique Véronique Vincelli.

 

«Pas besoin de plus gros seins; lisez plutôt de meilleurs bouquins» et «J’aime les garçons avec de beaux gros cerveaux» sont le genre de slogans qu’on retrouve sur la page Facebook du groupe Sapiosexuality.

 

Marjolaine Arcand

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