Pour ou contre photoshop | Clin d'œil
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Pour ou contre photoshop

On l’utilise partout: en publicité, dans les pages de ce magazine et même sur Facebook. Pourtant, malgré son omniprésence, la retouche photo ne cesse de déranger. Pourquoi?

Image principale de l'article Pour ou contre photoshop

C’était il y a un an. Ma patronne, qui signe chaque mois un billet d’opinion dans Clin d’œil (retrouvez-le à la page 21 du Clin d'oeil de mai) venait de partir en congé de maternité. En son absence, c’est à moi que revenait la responsabilité de rédiger sa chronique. En plus de devoir pondre un texte intelligent, il fallait un portrait de moi pour l’illustrer. Résultat: le choix de cette foutue photo me rendait beaucoup plus nerveux que l’écriture de mon article.

Je sais qu’il y a pire dilemme dans la vie. Mais je travaille dans un magazine de mode, une industrie où l’image est au cœur des préoccupations. Quel genre d’impression voulais-je donner avec ma photo? Celle d’un journaliste souriant? Sérieux? Looké comme un bobo tout droit sorti de l’émission de Marc Labrèche?

Je me posais ce genre de questions quand Lucie, ma vice-présidente, est passée par hasard à côté de mon bureau. Penché sur la photo que j’avais enfin choisie, je m’affairais à encercler les défauts que je voulais faire disparaître par mes collègues infographistes: rides du front trop prononcées à mon goût, chemise froissée, barbe dégarnie, pattes d’oie. «Tu as 32 ans, Jean-François! s’est exclamée Lucie en m’enlevant mon crayon rouge. Il serait bien qu’on ne t’en donne pas 18!»

Sans retouche

Retouche Clin d'oeil

 

Retouche extrême

 

La belle affaire

Ce n’est pas d’hier que la retouche photo est un sujet délicat. Dans le milieu de la mode, son utilisation est aussi courante que celle du marteau sur un chantier de construction. On s’en sert chaque jour sans trop s’en faire ni se poser de question.

«La retouche est critiquée par beaucoup de gens qui ne font pas partie de l’industrie de l’image, confirme Mariette Julien, professeure
à l’École supérieure de mode de Montréal. Mais on oublie que la photographie, surtout à ses débuts, servait à donner une image avantageuse de soi. Les premiers photographes professionnels étaient souvent des portraitistes. C’était à leur avantage de vendre de belles photos à leurs clients s’ils voulaient rester en affaires.»

C’est de cette façon que sont nées les techniques servant à magnifier les images. «On redessinait les traits des gens au pinceau et on ajoutait des couleurs aux clichés pris en noir et blanc, explique Vincent Lavoie, professeur d’histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal. La retouche était un secret d’atelier: jusque dans les années 1980, les photographes y avaient recours, mais sans trop en parler.»

Ce n’est qu’à partir des années 1990 que des logiciels comme Photoshop sont apparus. «La numérisation des techniques de retouche a permis de les démocratiser, affirme M. Lavoie. Avec les ordinateurs personnels, tout le monde a pu s’en servir.»

C’est ainsi que le voile a été levé sur les tours de passe-passe servant à embellir les photos des Linda Evangelista, Naomi Campbell et autres stars de la mode en vogue à l’époque. Les détracteurs de la tyrannie de l’image sans défaut venaient ainsi de se faire un nouvel ennemi: la retouche numérique des photos.

Le crime parfait

De nos jours, cette démocratisation est encore plus importante. Comme tout le monde, j’ai déjà appliqué un filtre Instagram aux photos de mon profil Facebook. Et je suis un adepte de l’application Hipstamatic, qui permet à mon téléphone intelligent de donner un look vintage à mes clichés. En quoi la retouche de mon portrait publié dans Clin d’œil était-elle différente? Ce n’était quand même pas la fin du monde!

Mais non, m’ont rassuré certains collègues. La fin du monde survient plutôt lorsque des magazines modifient tellement leurs images qu’on n’arrive plus à reconnaître les sujets. Quand Lady Gaga a posé pour la page couverture du magazine américain Vogue (ci-contre), en septembre dernier, sa silhouette était si exagérée qu’elle avait l’air d’un sablier dans sa robe fuchsia signée Marc Jacobs. Pourtant, quelques mois plus tôt, l’éditeur de ce magazine s’était engagé à ne plus embaucher de mannequins trop jeunes et de réduire l’utilisation de Photoshop. Pas étonnant que la photo ait suscité la controverse!

«Je comprends les femmes lorsqu’elles disent que c’est exagéré», croit ma patronne Sophie Banford, directrice marques et contenus (secteur féminin et artistique) chez TVA Publications. «Quand on rétrécit la taille d’un mannequin, qu’on lui allonge les jambes, qu’on lisse son visage jusqu’à ce qu’on ne le reconnaisse plus, ça ne fonctionne pas.»

Oui pour nous, non pour vous

L’an dernier, le magazine américain Glamour a sondé ses lectrices pour connaître leur opinion sur le sujet. L’enquête a révélé que la plupart des répondantes ne s’opposent pas à une retouche légère, tant qu’elle sert à camoufler des imperfections et non à modifier la forme du corps. Près de 60 % des lectrices affirment même être d’accord pour qu’on retouche leurs propres photos, celles-là mêmes qui se retrouveront ensuite dans les médias sociaux ou sur les sites de rencontre (et qui causeront parfois de bien mauvaises surprises lors des premiers rendez-vous galants).

C’est quand les médias s’en mêlent que les choses se corsent. Selon le sondage réalisé par Glamour, seulement 43 % des répondantes sont d’accord pour que les magazines retouchent les photos qui tapissent leurs pages. Pourquoi cette différence d’opinion?

«Il y a un double discours, croit Mariette Julien. Dans le monde réel, on se fait soi-même des retouches:
on colore ses cheveux, on s’injecte du botox, on subit des chirurgies esthétiques... Comme il existe plusieurs façons de transformer son corps dans la vraie vie, les mannequins doivent être encore plus parfaits. Et c’est là que la retouche intervient. On achète un magazine de mode pour s’inspirer, et les mannequins sont des idéaux à copier.»

Tu veux ma photo?

Un magazine est donc là pour faire rêver. «Et il doit y avoir une distance entre ce rêve et la réalité, croit Sophie Banford. Après tout, on se maquille toutes avant d’aller travailler. Si on montrait un mannequin avec des cernes et des traits d’oreiller au visage, ce ne serait pas très inspirant.»

Mais jusqu’où peut-on aller? «L’image doit être réaliste, ajoute Sophie. Quand on magnifie une photo, ce doit être pour éliminer des rougeurs, des boutons ou des cernes. On ne transforme pas la personne. Le vrai travail de magnification, c’est le maquillage et la lumière qui le fait. La preuve: dans une autre publication que je supervise, on a fait une photo de Patricia Paquin de type “avant et après”. La différence est énorme, et il n’y a aucune retouche. Ce n’est que du maquillage et de la lumière!» Photoshop est donc un outil comme les autres. Suffit de ne pas l’utiliser de façon exagérée.

Et ma photo dans tout ça? Elle a été finalement retouchée... mais sans dépasser les bornes. Éric, notre chef de création, m’a «arrangé le portrait» juste assez pour que je sois satisfait et que Lucie soit en mesure de me reconnaître. Enfin! J’allais pouvoir me concentrer
sur mon travail: écrire mon texte. ■

 

21 trucs de pro pour être belle en photo... sans retouche

Propos recueillis par Andréa Sirhan Daneau

Pas besoin de Photoshop pour  avoir bonne mine devant l’objectif! Trois collaboratrices  de Clin d’œil vous  disent comment faire. propos recueillis par andréa sirhan daneau

 

Leslie-Ann Thomson

Leslie-Ann est maquilleuse-coiffeuse et participe à de nombreux shootings pour Clin d’œil. C’est d’ailleurs elle qui a réalisé la mise en beauté de notre séance photo publiée en page 126 du Clin d'oeil de mai.

➻Pour un lift instantané, utilisez un produit éclaircissant sur les points de lumière de votre visage: le haut des pommettes, l’arête du nez et le haut de la lèvre supérieure (l’arc de Cupidon).

➻Pour éviter des zones d’ombres peu flatteuses, appliquez un produit illuminant sous les yeux et les parties du visage plus foncées (rides ou taches pigmentaires).

Recourbez vos cils en vue d’ouvrir  le regard.

➻Pour éviter l’effet «double menton», appliquez une poudre bronzante sous le menton. (Vous pouvez aussi l’utiliser pour sculpter les parties du visage qui seraient trop rondes, comme les pommettes et le front.)

➻Afin de faire ressortir l’iris, appliquez subtilement un  eye-liner en gel directement sur la ligne des cils du haut et du bas.

➻Pour des lèvres qui ont l’air plus pulpeuses, tracez-en le contour avec une couleur neutre en débordant un peu. Ensuite, remplissez toutes les lèvres avec un crayon et superposez-y un rouge à lèvres.

Assurez-vous d’avoir une belle ligne de sourcils en remplissant les zones dégarnies: c’est idéal pour structurer le visage!

Appliquez un produit illuminant (en cire, en poudre ou en spray) sur les jambes, les bras et le décolleté en vue de produire un effet Photoshop «bas de nylon».

➻Pour donner l’illusion d’un buste un peu plus volumineux, sculptez le décolleté à l’aide d’une poudre bronzante mate.

 

Marie-Hélène McCormack

Représentée par l’agence Folio, à Montréal, Marie-Hélène est apparue plusieurs  fois dans nos pages. Des photos d’elle ont fait notre couverture en juin et en juillet 2012.

➻Pour paraître plus élancée, demandez à vous faire prendre en photo à partir d’un point de vue plus bas (idéalement au niveau des hanches).

➻Au lieu de faire directement face à l’appareil photo, placez votre corps légèrement en angle, pour affiner  votre silhouette.

➻Afin d’avoir l’air plus réveillée, fermez les yeux et ouvrez-les juste avant le déclic.

Un regard tourné vers le bas est toujours flatteur.

Pointez le menton vers le bas et avancez-le un peu: vous éviterez ainsi l’effet «double menton» et des narines trop révélatrices.

➻La rumeur veut que les jumelles Olsen prononcent le mot «prune» avant une photo: ça relâche les muscles du visage et ça fait une moue parfaite!

Sortez les fesses (mais sans exagérer!) pour affiner vos jambes.

 

Anick Redburn

À titre de rédactrice en chef mode de Clin d’œil, Anick orchestre tous nos shootings mode. La photo, elle connaît ça: elle est elle-même ex-mannequin!

Placez une jambe vers l’avant et levez légèrement le talon: cela créera une tension dans la cuisse et l’amincira considérablement.

➻En photo, montrez toujours un «vrai» sourire: faites du bruit en riant ou expirez par le nez... L’important, c’est que ce soit vrai!

Sourire avec ses yeux est capital: on garde l’œil vivant pour un extra oumph.

➻Pour avoir un port de tête droit, imaginez qu’un fil sort du milieu de votre crâne et que quelqu’un tire dessus vers le haut.

Détendez-vous! Si vous êtes coincée, vous aurez l’air artificielle... même si vous suivez tous nos conseils à la lettre!

 

L’engagement de Clin d’œil

On ne vous mentira pas: à Clin d’œil, on utilise la retouche numérique. Par contre, on s’engage à s’en servir de façon raisonnable et contrôlée. Ce qui veut dire:

Qu’on s’en sert seulement  pour magnifier une image, sans jamais changer l’essence et la morphologie d’un mannequin. On atténue des défauts, mais on ne les efface pas.

Qu’on utilise la retouche comme du «maquillage numérique». Le maquillage traditionnel ne permet  pas de lifter un visage, d’amincir des cuisses ou d’aplatir un ventre. Même chose  pour les retouches.

➻Qu’on continue à embaucher des mannequins de formes et de nationalités variées. Clin d’œil a d’ailleurs signé la Charte  pour une image corporelle saine et diversifiée et refuse de publier des photos de filles  trop maigres ou trop jeunes.

jesigneenligne.com

 

Débat de taille

Le magazine Vogue a-t-il poussé trop loin en déformant Lady Gaga pour son numéro de septembre dernier? À vous de décider!

Concours de beauté

En 2007, le site jezebel.com a offert 10 000 $ à ceux qui lui enverraient les versions non retouchées de photos ayant servi à faire la couverture de grands magazines. Après avoir analysé les versions «avant» et «après» des clichés qu’il avait reçus, le blogue a dressé un Top 10 des retouches les plus exagérées. Au sommet du palmarès: une photo de la chanteuse Faith Hill en couverture du magazine Redbook (ci-dessus). L’équipe de Jezebel y avait dénombré 11 modifications!

Jean-François Légaré

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