Mélissa Désormeaux-Poulin: les yeux du cœur
Dès que je me suis attablée devant Mélissa Désormeaux-Poulin, j’ai compris que cette heure passée en sa compagnie n’allait pas être une entrevue traditionnelle, où les questions fusent dans un seul sens. C’était une vraie rencontre, un moment de partage pendant lequel on a rigolé, on s’est émerveillées, on s’est confiées en toute sincérité... et on a versé quelques larmes.
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Le jeu, un espace où tout est permis
Il se passe quelque chose de spécial quand on croise le regard de Mélissa. Le petit bambin assis avec sa maman à la table d’à côté, le matin de notre entrevue, pourrait aussi en témoigner ; lui qui, tout sourire, était charmé par la présence de l’actrice à proximité. La magie opère quand on se plonge dans ses yeux.
Je l’avais déjà réalisé quelques jours auparavant, lors de la séance photo de ce magazine : Mélissa a le talent rare qu’ont les vrais interprètes de pouvoir transmettre toutes les émotions du monde grâce à l’intensité de leur regard. Alors qu’on lui avait donné comme instruction d’explorer différentes émotions devant la caméra, des larmes se sont mises à couler sur ses joues, déclenchant une vague d’émoi chez tous ceux (moi y comprise) qui étaient dans les coulisses du photoshoot. D’un instant à l’autre, elle était capable de se laisser aller à cette émotivité à fleur de peau.
« Pour moi, ça, ce n’est pas ça, le “ vrai ” laisser-aller, précise-t-elle. Lors du shoot, on voulait explorer la tristesse. Ce n’est pas difficile d’aller là pour moi ; c’est une “ place ” que je connais. » Verser des larmes a quelque chose de presque mécanique pour elle. Et attention : elle n’est pas du genre à se replonger dans ses propres blessures pour pleurer. « Ça fait 35 ans que je fais ça. Ce serait un peu malsain si je puisais ces émotions à même mes bibittes. »
« Lâcher prise, pour moi, ça vient avec l’idée de ne pas avoir d’attentes. » Difficile pour la quarantenaire — elle aura 45 ans en juillet prochain — puisqu’elle est, selon ses dires, une « intense », qui aime être en contrôle. Mais elle apprend le lâcher-prise en vieillissant. « Je me rends compte que c’est dans ces grands moments de laisser-aller que je me suis sentie la plus heureuse. »
En parallèle avec la vie réelle, son métier d’actrice lui permet de s’abandonner à toute une gamme d’émotions en toute liberté. « Le jeu, c’est l’endroit où je me sens le plus en sécurité. J’ai le droit, dans des paramètres déterminés, de me laisser aller. C’est pour ça que je suis capable d’aller très, très loin, parce que c’est contrôlé. Ce n’est pas moi qui suis méchante ou qui commets un acte criminel, mais mon personnage. C’est exaltant d’explorer ces zones-là sans m’atteindre. C’est comme un jeu pour moi », remarque-t-elle avec enthousiasme.
Se laisser aller sur les planches
Alors qu’elle s’apprête à jouer au théâtre, Mélissa est justement en train de parfaire un outil de travail qui l’aide aussi à relâcher le stress et la pression : la respiration. Sur les planches, bien respirer est essentiel ; autant pour projeter sa voix que pour habiter pleinement son personnage. Après notre entrevue, elle devait d’ailleurs retrouver Luc Bourgeois, son coach de voix, dans la salle où elle se produira dans quelques mois, pour prendre possession de l’espace et apprivoiser les lieux. « C’est comme faire l’école de théâtre en concentré ; je ne fais que ça ! J’adore ça, mais j’ai l’impression d’avoir à nouveau 18 ans. Toutes les bases que j’ai, tous mes réflexes d’actrice... ce ne sont pas les bons au théâtre », rapporte-t-elle.
C’est la première incursion de la comédienne émérite dans cet univers. Et toute une ! Dans la pièce adaptée du roman d’Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo, et repensée par Serge Denoncourt, elle incarnera Mercédès Herrera, la fiancée du personnage principal, Edmond Dantès, interprété par Mikhaïl Ahooja.
En plus de se tenir en bonne forme physique, Mélissa fait ces jours-ci une heure de vocalise chaque matin. « Le plus je vais être préparée, le mieux je vais me sentir », signale-t-elle. Elle relit également Le comte de Monte-Cristo. « J’ai la pièce avec moi constamment. Je m’y replonge dès que je peux. Je veux que ça devienne mon langage. »
Comment entrevoit-elle ce grand saut dans sa carrière ? « Comme un défi. J’ai senti que si je ne le faisais pas là, je ne le ferais jamais. » Pour être une actrice à part entière, Mélissa avait l’impression qu’elle devait ajouter cette corde à son arc. Elle a aussi eu envie de vivre ce trip de gang, celui du théâtre, en temps réel. « C’est super nourrissant de se voir dans les yeux de l’autre. J’ai hâte à ce moment-là, mais il ne faut pas brusquer les choses. Une chose à la fois ! (rires) »
Mélissa me l’avoue : elle a refusé plusieurs offres de rôles au théâtre, dans les dernières années, invoquant ses responsabilités de maman. Le metteur en scène du Comte de Monte-Cristo, Serge Denoncourt, a su la rassurer. « Je lui disais que j’étais autant stressée qu’excitée. Et lui m’a répondu : « Donne-moi ta peur, garde ton excitation. » Je me suis dit : “Au fond, qu’est-ce que j’ai à perdre ?” »
Laisser fleurir l’amour
Puisque Mélissa interprète la fiancée et amoureuse d’Edmond Dantès dans la pièce, j’ai eu envie de lui parler de son propre cocon amoureux, cette relation qu’elle cultive avec celui qu’elle aime depuis presque 30 ans. Au fil des années, elle a compris l’importance de continuer à se laisser impressionner par l’autre et de se faire rire mutuellement. Elle se dit émerveillée par cette intimité qui se construit avec le temps, cette connaissance de l’autre qui se tisse dans les relations longues.
À l’adolescence, Mélissa croyait qu’être en couple signifiait être en constante symbiose. Avec le temps, elle a réalisé qu’il fallait savoir laisser l’autre fleurir et s’épanouir à son rythme. « Il faut que ce soit deux personnes à part entière, qui se retrouvent pour construire quelque chose ensemble. » Pour se retrouver, justement, Mélissa et son amoureux n’hésitent pas à sortir de leur routine et à partir juste tous les deux, de temps en temps. Ces moments privilégiés en tête-à-tête leur permettent de revenir à l’essentiel : leur noyau amoureux. « J’adore ça ! Même après 30 ans, ça me fait encore des papillons, s’exclame-t-elle, les yeux brillants. C’est le fun ! »
Grandir ensemble
Avec son amoureux, Mélissa a eu deux filles : Léa, maintenant âgée de 20 ans, et Florence, 13 ans. À travers la maternité, l’actrice a compris qu’il faut savoir être flexible au quotidien, car des imprévus surviennent toujours. « Même si tu veux bien faire, même si tu veux tout prévoir, ça ne marche pas avec les enfants. Les plans peuvent changer et c’est correct. »
Malgré les aléas de la vie, impossible de se détacher complètement de ses enfants ; c’est un pan de sa vie duquel elle ne pourra jamais se dissocier. « Je suis la mère. Je ne vais jamais lâcher prise. » Avec le temps, elle a néanmoins appris — et continue d’apprendre — qu’être la mère de deux jeunes femmes implique de les laisser vivre de nouvelles passions... comme le jeu, qui a séduit Léa et Florence, même si Mélissa s’y opposait au départ, pour les protéger d’un domaine parfois dur pour l’estime de soi.
Mélissa et son conjoint ont alors décidé d’investir leurs énergies dans le parcours de leurs deux filles pour qu’elles puissent vivre cette aventure à fond. « Ce n’est vraiment pas un métier que je conseille à tout le monde. Il faut être solide. » La comédienne tente donc d’accompagner ses filles du mieux qu’elle le peut dans cet univers, pouvant aussi les faire profiter de son expérience. « Léa s’intéresse aussi à la communication en général. Il y a le jeu et il y a le journalisme. Il y a plein d’affaires qu’elle veut faire et réaliser. Florence est encore jeune, mais on essaie de cultiver plein de passions chez elle aussi. »
Le corps féminin sous pression
La veille de ma rencontre avec Mélissa avait lieu le gala des Oscars, à la suite duquel plusieurs discussions par rapport à la minceur — parfois extrême — à Hollywood se sont mis à surgir sur les réseaux sociaux. On semble y tenir un discours beaucoup plus désinhibé par rapport au fait d’avoir l’air jeune à tout prix. « C’est drôle, j’avais le feeling que c’était moins pire il y a quelques années. Et là, j’ai l’impression que la maigreur est revenue », observe Mélissa. Cette recherche de minceur se traduit également dans notre façon d’aborder l’alimentation, selon elle. « Manger, c’est un plaisir. Mais il faut aussi manger pour vivre, pour nourrir notre corps. J’ai l’impression qu’on est dans le contrôle extrême. »
Ce discours ambiant l’affecte, elle l’avoue, même si elle aimerait en être complètement libérée. Mais elle se console en réalisant qu’elle et son conjoint ont su transmettre à leurs filles une relation saine à l’image corporelle. « Je pense que j’ai réussi ça avec mes filles. Elles ont un rapport vraiment décomplexé à leur corps ; elles sont super à l’aise. On est comme ça : on se sent bien et en forme. »
La quarantenaire croit que le fait d’évoluer au Québec — et non pas à Hollywood — l’avantage, puisqu’on y est très inclusifs, que ce soit par rapport au poids ou à l’âge. « J’essaie de penser que si on est né avec ce corps-là, on n’a pas vraiment le choix, donc il faut en prendre soin. J’aime vieillir et je veux bien vieillir, mais ce n’est pas vrai que je vais avoir l’air de ma fille ! »
Sans écarter complètement la possibilité de changer d’idée dans quelques années, Mélissa souhaite prendre en âge le plus naturellement possible. Qui plus est, elle craindrait de modifier son visage outre mesure et de ne plus être capable de bien faire son travail : livrer l’émotion. Ce serait une grande peine pour elle. « Je veux être libre et reconnue pour ce que je fais et non pas pour ce dont j’ai l’air. Je pense que plus on est de femmes comme ça, plus ce sera un exemple pour tout le monde. J’aspire à être en paix avec moi-même et avec ce que je deviens. »
Émotions infinies
Le temps passe, et une familiarité s’installe entre Mélissa et moi. Je sens qu’elle possède une écoute rare et qu’elle fait preuve d’une curiosité sincère envers le monde qui l’entoure. Je lui demande ce qu’elle aimerait dire à sa fille de 20 ans au sujet de la carrière qui l’attend. « Toutes les avenues sont bonnes, il n’y a pas de mauvais choix. Il faut juste y aller à fond. » Visiblement émue, les yeux pleins d’eau, elle souligne que l’essentiel, selon elle, est d’apprendre à se faire confiance.
Et si elle pouvait parler à la Mélissa de 20 ans, à propos de ce qui s’en vient pour elle ? Après avoir essuyé quelques larmes et pris une pause réfléchie, elle affirme qu’elle lui dirait également de ne pas avoir peur, de plonger, de voyager. « Plus que ce que je l’ai moi-même fait, dit-elle. Je voulais tellement travailler que je me suis empêchée de partir. »
Mélissa est heureuse de la carrière qu’elle a eue, mais aurait aimé explorer davantage le monde pour mieux se connaître. Touchée par cette réflexion, elle s’excuse d’être émotive. À mes yeux toutefois, elle n’a pas à rougir de ses larmes ; j’y vois plutôt un geste de confiance. Comme si elle m’en faisait cadeau.
Puis, à ma grande surprise, elle me retourne la question. Je lui raconte brièvement le décès de mon père à l’aube de ma vingtaine et celui de ma mère à la fin de celle-ci, les remises en question que ces pertes immenses ont générées, l’élan que j’ai ressenti de faire une différence dans le monde et, surtout, l’urgence de vivre. Elle m’écoute, ouverte et sensible à mon histoire. Les larmes qui s’invitent dans mes yeux répondent aux siennes. Elle qui a aussi perdu son père avant ses 30 ans et sa grande amie Val à 35 ans sait à quel point le deuil peut ébranler. « J’ai ressenti ce besoin de vivre à fond quand mon père est mort, puis quand Val est décédée. Mais là, ça s’est estompé, remarque-t-elle. C’était violent, ce désir de vivre. Ce n’était peut-être pas très sain. Je pense qu’il est plus doux maintenant. »
Ensemble, on se rappelle l’une à l’autre le positif qui émerge aussi de ces départs brusques : ils nous font réaliser la chance qu’on a de goûter à la vie. Toutes les deux émues de cette réflexion sur le deuil, notre conversation dérive ensuite vers la musique qui nous anime ces jours-ci. Avec ferveur, elle me parle d’un récent coup de cœur : Ne me quitte pas des yeux, des Louanges, qu’elle écoute sans arrêt depuis quelque temps. En quittant le café, j’enfile mes écouteurs et je lance cette pièce. Encore prise par l’émotion du moment, je marche en repensant à tout ce qu’elle m’a offert en une heure : sa présence, sa sensibilité, sa confiance. Et je me dis que, qu’elle habite un personnage au cinéma, à la télé, ou sur les planches, une chose est certaine : on ne la quittera pas des yeux.
Une collaboration tout indiquée
Depuis deux ans, Mélissa est l’égérie de la marque Personnelle Cosmétiques, offerte dans les pharmacies Jean Coutu et Brunet. Elle se dit particulièrement émue d’avoir été sollicitée par la compagnie québécoise. « C’est très touchant de se faire approcher par une marque de cosmétiques qui te signifie que ton visage correspond à ses valeurs, au message qu’elle a envie de véhiculer, mentionne la comédienne. Je ne suis pas une fille qui se maquille tout le temps — je suis très naturelle —, mais j’ai une passion pour ça. » Parmi ses produits chouchous, on compte l’huile à lèvres, disponible en plusieurs teintes, et le crayon Khôl, qu’elle applique sur la muqueuse de l’œil. « J’ai toujours utilisé le crayon Personnelle. Il est crémeux en plus d’avoir une excellente tenue. Et en plus, il ne coûte pas cher ! précise-t-elle. Parce que ça aussi, c’est important pour moi : en plus d’être bons, ce sont des produits accessibles. »
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