La p’tite Marie-Claude | Clin d'œil
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La p’tite Marie-Claude

Par Marie-Claude Savard

 

Du plus loin que mes souvenirs remontent, j’ai toujours été la petite Marie-Claude. Dès la maternelle, quand on se mettait en rangs pour entrer dans la classe, j’étais la première en avant. Je n’ai jamais eu de «poussée» de croissance dans ma jeunesse, j’ai toujours été petite.

 

Cette différence corporelle, plutôt anodine et à la limite amusante, a quand même teinté la femme que j’ai été au fil des époques de ma vie.

 

À l’adolescence, je trouvais mes mollets trop gros, mes bras trop courts, mon torse trapu, et j’ai flirté dès l’âge de 12 ans avec les régimes amincissants. Je ne voulais pas maigrir, je voulais GRANDIR.

 

Début vingtaine, une fois «le gras de bébé» fondu et l’arrivée dans ma vie d’une bonne couturière, je me suis faite à l’idée que je ne serais jamais de type standard. Vers la fin de cette décennie, ma taille m’ennuyait pour une tout autre raison. On aimait bien la «p’tite Marie-Claude» mais on ne lui confiait pas de gros mandats. J’étais toujours deuxième ou troisième dans une équipe.

 

La petite sœur, la petite compagne de travail, efficace, qu’on prend en affection, qu’on protège à la limite, mais qui n’est pas très imposante. À 30 ans, la «p’tite» a décidé d’en découdre. Alors que je faisais mon entrée dans le milieu des sports à titre de journaliste, j’ai commencé à jouer du coude.

 

JE NE SUIS PAS QU’UNE PETITE FILLE!

 

C’est ce que j’avais d’écrit dans le front et j’ai fini par faire ma place. Le problème est devenu plus pratico-pratique. Pour les caméras, il est difficile de cadrer une fille de 5 pieds 1 pouce et trois quarts avec un athlète de 6 pieds 7.

 

À mon arrivée à TVA, on m’avait confectionné une boîte portative que je traînais partout. Même à Salut, bonjour!, le plancher de mon côté de la table était surélevé pour «tricher» sur ma grandeur. Ça faisait rire tout le monde, sauf MOI. Ensuite sont arrivés les commentaires du genre: «Faut faire attention quand on est petite pour ne pas prendre de poids. Cinq livres sur un frame de chat avec la loupe de la caméra, ça paraît plus que sur une grande.» Oui, on me l’a dit. Plus d’une fois.

 

Il y avait aussi les commentaires du genre «les bottillons, c’est fait pour les grandes minces, ça coupe la ligne de la jambe, alors ça accentue le côté «ti-boutte» et le classique «Marie-Claude est quand même proportionnée, malgré tout». C’était la trame de fond de mon quotidien. Tricher, faire attention, compenser pour un type corporel qui n’est pas standard.

Puis est arrivée sur la scène médiatique Kim Kardashian. Oui, je sais, on pourrait discuter longuement de la valeur de KK en tant que modèle de vie, mais pour moi, ça a changé bien des choses. Une fille de 5 pieds 1 et trois quarts qui devient une sorte de modèle de beauté avec des courbes en prime! Tout d’un coup, pour moi, plus question de me dire que je dois sans cesse faire attention. Kim Kardashian s’en sort très bien avec son modèle voluptueux. Son arrivée m’a fait le plus grand bien du monde. Une fille de mon gabarit sur la première page du magazine Vogue. Jamais je n’y aurais cru.

 

On ne peut jamais sous-estimer l’importance des modèles de beauté qui nous sont présentés. Si j’avais trouvé une Kim Kardashian alors que j’avais 12 ans, j’aurais peut-être moins détesté mes mollets, ça aurait peut-être augmenté mon degré de confiance et j’aurais probablement été en mesure de prendre ma place plus naturellement.

 

Chose certaine, je n’aurais pas traîné de boîte de pommes. C’est pour cette raison que le virage entamé par Clin d’œil est loin d’être anodin et il ne concerne pas que le poids. La diversité corporelle, c’est aussi dans les formats, les grandeurs et l’ethnie.

 

Aujourd’hui, à 43 ans, je peux vous dire que ça concerne aussi l’âge! Bref, merci à toute l’équipe de rédaction d’avoir eu la brillante idée d’aller de l’avant avec ce changement de cap révolutionnaire et à toutes les petites de l’univers, vous êtes parfaites telles que vous êtes! Rock on!

 

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