Devrait-on fouiller dans les affaires de son chum ou de sa blonde ? | Clin d'œil
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Devrait-on fouiller dans les affaires de son chum ou de sa blonde ?

D'emblée, je réponds NON. Pourtant, plusieurs le font, même si peu l'avouent.

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Lionsgate

Qui n'a pas déjà fouillé dans le portefeuille ou les poches de pantalon de son chum ou encore lu ses courriels?

J'ai toujours été curieuse... mais pas foui­neuse. Demandez-moi ce qui se cache dans le grenier d'une maison abandonnée, et je n'hésiterai pas à monter. Cependant, si vous désirez que je regarde ce qui se cache dans le cellulaire de mon chum alors qu'il est parti faire pipi, je ne bougerai pas d'un iota. M'immiscer dans la vie personnelle des gens sans leur consentement? Jamais! Voilà ce qu'a toujours clamé ma raison. Irrespect, jalousie, viol de l'intimité: autant de mots qui «poppent» dans ma tête quand on aborde ce sujet avec moi. Pourtant, lorsque des copines me confient qu'elles ont fouillé dans les choses de leur amoureux, une question me brûle les lèvres: «Et puis? Qu'as-tu trouvé?» C'est ce qui me vient à l'esprit en premier, avant même que je pense à leur demander pourquoi elles l'ont fait.

La psy Francesca Sicuro m'a rassurée. Selon elle, cet élan de curiosité est tout à fait naturel. Ça explique probablement pourquoi, en Angleterre, une personne sur deux avoue lire les SMS de son conjoint. En Suède et en Australie, c'est une sur trois, et en France, une sur quatre. En Italie, la quasi-totalité des infidélités, soit 9 sur 10, est découverte grâce au cellulaire.Toutefois, entre désir et assouvissement, le pas est risqué parce que chercher, ça peut signifier trouver, et ce, au-delà de nos désespérances. En France, 73 % des fouineux et des fouineuses disent avoir découvert des choses qu'ils auraient préféré ne pas savoir... et 10 % d'entre eux ont fini par rompre. Si l'on veut fouiller, mieux vaut avoir de bonnes raisons de le faire...

De bonnes raisons? Euh... ça existe? Moi, je n'en voyais aucune... jusqu'à ce que deux amies me racontent leur histoire. B. vivait en couple avec M. Après un an, tout ce qu'elle savait de lui relevait des confidences de son meilleur ami: M. avait la réputation d'être un coureur de jupons au passé trouble, et il avait une fille de 11 ans. Rongée par le doute, B. a essayé différentes tactiques douceur, humour, agressivité , sans succès. En dernier recours, accompagnée du spectre de la honte, elle a timidement fouillé dans les papiers et l'ordi de son chum... Qu'y a-t-elle trouvé? Rien de bien concret: juste une vidéo sexy mettant une ex en vedette. Cependant, ç'a été suffisant: elle a compris qu'elle était en train de renier les valeurs de respect d'autrui et d'honnêteté au profit d'une relation sans réciprocité. À ce moment, elle a fait sa plus belle trouvaille: le courage de quitter son copain! Quant à J., elle a écouté son intuition avant de fouiller dans les «Éléments envoyés» de la boîte courriel de son homme. Ce n'était donc pas un élan émotif: elle savait ce qu'elle faisait et était prête à composer avec ses trouvailles éventuelles. Elle a eu droit à toute une découverte: son chum avait un enfant et échangeait une correspondance très chaude avec la maman. Cependant, imaginez que mes amies aient été prises sur le fait un risque à envisager ou qu'elles aient été poussées à l'action par une jalousie irrationnelle. L'âcreté des répercussions combinée avec un arrière-goût d'estime de soi lésée aurait sûrement rendu leurs découvertes plus difficiles à avaler!

Naïvement, je croyais que ce type d'histoire était rare. En effet, toutes les autres à qui j'avais posé la question m'avaient répondu que JAMAIS elles ne fouilleraient dans les affaires de leur conjoint à son insu. Dans ce cas, comment se fait-il qu'en «googlant» à ce sujet je sois tombée sur des contenus ahurissants? Forums de fouineuses qui se déculpabilisent en choeur, idées pour fouiller sans se faire attraper ou pour savoir si on est cocue, trucs pour mieux tromper, mouchards pour cellulaires ou boîtes courriel, service de création d'alibis pour amateurs de p'tites folies... sans compter les sites de rencontre réservés aux mariées! Ces nombreuses découvertes m'ont fait réaliser une chose: les technologies sont vraiment partout, y compris dans les problèmes de couple.

Dans cet océan de virtualité, il devient facile de jouer les détectives. Avant, le fait de fouiller était un procédé tangible (parcourir un journal intime, vider des poches, filer quelqu'un), teinté de la peur d'être pris en flagrant délit. Aujourd'hui, s'il est toujours possible d'être pris sur le fait ou de laisser des traces, la fouille virtuelle semble estomper, voire effacer la ligne de l'éthique... La froideur des nouvelles technologies aseptise les actions qui y sont associées et donne une illusion de surpuissance. Cachée derrière mon écran, je peux vivre une second life, décortiquer le profil Facebook/Instagram de mon amant, me créer un profil wannabe sur les réseaux sociaux, disparaître si un «prospect» fraîche­ment accosté ne correspond pas à mes critères... Non seulement ces contenus sont publics et accessibles, mais je peux aussi les fouiller sans sentir le poids de la responsabilité. Je ne suis pas moi, je suis mon clone virtuel!

Cela dit, au-delà du risque de se faire coincer par les autres, il y a celui de se laisser prendre à son propre jeu. Selon une étude, Facebook peut transformer les gens en monstres... de jalousie! Tous les renseignements qu'on trouve sur ce réseau peuvent, s'ils sont considérés hors de leur contexte, faire naître le doute. Devenir une obsédée du décortiquage de profils? Très peu pour moi. Et puis, je me dis que, si certaines technologies facilitent la fouille anonyme, le Web favorise également les tromperies... de manière tout aussi anonyme. Pendant que les moyens des unes (les fouilleuses) s'améliorent, les stratégies des autres (les trompeuses) se raffinent! Ai-je vraiment envie de vivre ma vie comme un thriller sentimental dans lequel passions et mensonges se bousculent? Traitez-moi de romantico-idéaliste si vous le voulez; je préfère fermer doucement mon ordinateur et me laisser bercer par les images de Coup de foudre à Notting Hill. Pas vous?

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