Kim Lévesque Lizotte: guerrière assumée | Clin d'œil
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Kim Lévesque Lizotte: guerrière assumée

À la fois humoriste, chroniqueuse, scénariste, féministe engagée et maman, Kim Lévesque Lizotte multiplie les succès. Si elle est réputée pour sa plume acérée, sachez que sa langue l’est tout autant. Rencontre avec une femme de tête, de coeur... et d’opinions.

Leda & St.Jacques

Elle me dit être venue à vélo. Elle a pourtant le cheveu impeccable – un chignon de ballerine parfaitement lisse – et le chemisier sans un pli. On est loin de ce dont MOI, j’ai l’air quand je termine une ride à vélo... «As-tu beaucoup de questions?» me lance-t-elle, l’air excité. Un lunch en semaine ne sera jamais assez long pour tous les sujets que j’aimerais aborder avec cette femme que je regarde aller depuis plusieurs années, admirant son front de bœuf et sa parole militante libérée. Car tenez-vous-le pour dit: celle qui trouvera un sujet sur lequel Kim Lévesque Lizotte n’a rien à dire n’est pas encore née.

Kim, ces dernières années, tu as multiplié les réalisations, notamment en écriture: Les Simone, ton documentaire sur les dick pics, Allô, voici mon pénis, la série Virage, sans oublier ta série Avant le crash, qui sera en ondes cet automne... Dis-moi, te considères- tu comme une performante?

Non, pas du tout. C’est un concours de circonstances. Dans la vie, je me suis justement entourée de gens très exigeants, très performants, pour pouvoir me dépasser moi-même. Sinon, je pourrais me laisser aller et passer à côté de mon potentiel. Moi, je pourrais passer trois jours chez nous à jouer de la guitare en bobettes!

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Pourtant, quand on regarde ta feuille de route, on se dit que tu n’as pas dû en jouer beaucoup, de la guitare en bobettes...

Ces projets s’étalaient sur plusieurs années, mais tout a décollé en même temps.Trois séries et film en développement, un documentaire et des apparitions télé... Ça m’a forcée à travailler beaucoup. En période de pandémie, il n’y avait plus de garderie, plus de gardienne, plus de grand-mère. Ç’a été difficile. J’ai oublié que ça pouvait ne pas l’être... Tu sais, j’adore être une mère, j’aime cuisiner, m’occuper de ma fille, être à quatre pattes pour jouer avec des blocs et des Barbies. J’adore écrire, j’adore faire des shows, j’adore participer à plein de projets... mais pas tout ça en même temps.

Leda & St.Jacques

Le bon côté, c’est que j’ai tellement écrit, j’ai accompli tellement de choses pendant la pandémie, que plus rien ne me fait peur. Je me fais davantage confiance. Je réalise que l’expérience, dans la vie, simplifie les choses. Il y a quelque chose qui se dépose et qui se calme. Avant, j’étais plus self-conscious, les choses me stressaient davantage. Là, j’ai juste envie d’être dans le plaisir. Avant, j’avais encore des choses à prouver. Là, je n’ai plus rien à prouver. Je m’en fous.

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Il y a peut-être là-dedans un peu de la sagesse qui vient avec l’âge? Tu approches de la quarantaine. Comment vis-tu ça?

Moi, j’ai toujours une crise de la vingtaine ou de la trentaine ou de la quarantaine trois ou quatre ans avant. Alors quand ça arrive, c’est OK. J’ai 40 ans dans ma tête, et ce, depuis que j’ai 37 ans.

Reste que j’ai l’impression que la pandémie m’a arraché mes dernières années d’insouciante jeunesse. Entre 35 et 40, il y a une espèce de dernière envolée... C’est pas grave si tu pars en voyage sur un coup de tête! Les dernières années, ç’a été le confinement, le travail, la maternité, je n’étais pas du tout désinvolte. On dirait que ma trentaine a passé en deux ans. À cause de la pandémie... mais probablement beaucoup aussi à cause de la maternité. Ça n’a pas «feelé» comme 10 ans...

Savais-tu, à ta sortie de l’École nationale de l’humour, en 2009, que tu irais vers l’écriture?

Non, vraiment pas. Moi, je voulais être Louis-José Houde (rires)! C’était très clair. Il n’y avait rien d’autre. J’étais déterminée. J’avais déjà des numéros d’écrits... Je n’avais jamais fait de scène, c’était relativement nouveau. L’écriture, par contre, j’étais rodée. Et vite, à l’école, on m’a dit: «T’as une plume, ça va bien aller.»

Mais là, j’ai beaucoup écrit, je veux retourner dans la lumière. Je pense que je m’ennuie de la liberté de la scène. Je ne veux pas vendre 300 000 billets et être sur la route à longueur d’année, mais j’ai besoin de parler au «je», de bouger, de m’exprimer, de respirer devant des gens, de vivre une expérience de résonnance et de parler de mon époque, et pas seulement à l’écrit.

Leda & St.Jacques

Tu as coscénarisé la série Avant le crash – qui s’intéresse à l’impact de la société de performance sur les humains – avec ton amoureux, le comédien Éric Bruneau. C’était une première expérience d’écriture ensemble. Comment ça s’est passé?

Ç’a été un nouveau coup de foudre! J’ai travaillé avec d’autres, je sais à quel point la coscénarisation est difficile. C’est des hauts et des bas, des montagnes russes, des visions, des valeurs et des personnalités qui s’entrechoquent. C’est aussi difficile que de trouver l’amour.

Mon chum et moi, on a des personnalités si opposées que je n’aurais jamais pensé qu’on s’entendrait aussi bien dans le travail. Il y avait une admiration commune... et comme j’avais plus d’expérience que lui en écriture, il m’écoutait, me respectait et me faisait confiance.

C’est explosif créativement, nous deux. On est sanguins, on défend nos opinions, on se fait rire... Je trouve qu’il a souvent de bonnes idées, mon chum. Et on a quelque chose de formidable, tous les deux: quand je ne suis pas d’accord avec son idée et qu’il n’est pas d’accord avec la mienne, eh bien, on travaille ensemble jusqu’à ce qu’on en trouve une meilleure!

Je suis très fière de ce qu’on a réalisé. Quand je me suis rendu compte qu’on travaillait super bien ensemble, je n’ai pas arrêté de lui dire qu’on venait de se donner un autre 10 ans! Ça allait déjà vraiment bien nous deux, on avait un enfant, on était amoureux, mais là, je me suis dit: «Wow! On ne s’ennuiera jamais ensemble.»

Leda & St.Jacques

Toi qui t’exprimes ouvertement sur les enjeux féministes, dis-moi: est-ce difficile d’être une femme en humour? Est-ce que ça l’était en 2009, à ta sortie de l’École, et est-ce que ç’a changé depuis?

La société valorise la femme qui est à sa place et qui essaie de plaire. Alors que quand tu es un stand-up, tu es dans l’antiséduction. Il y a 10 ou 15 ans, c’était vu comme un geste arrogant. Parce que faire rire l’autre, c’est «craquer ses codes» et lui dire: «Je suis plus fort que toi.» Si c’est une femme qui dit: «Je suis plus forte que toi, tellement que je vais te faire rire», c’est sûr qu’il y a quelque chose de déconcertant et de «challengeant» là-dedans.

Alors, je pense qu’il y a 10, 15, 20 ans, ç’a été difficile pour beaucoup de filles de faire de la scène, de faire le circuit des bars, parce qu’on ne les accueillait pas. Pour être drôle, il faut se sentir accueillie, il ne faut pas se sentir jugée. Je pense qu’en ce moment, quand une Mariana Mazza arrive, on lui permet d’être ce qu’elle est. Aujourd’hui, on permet beaucoup plus aux femmes d’être ce qu’elles sont, dans toute leur folie et leur liberté.

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Et sinon, comment va ton féminisme par les temps qui courent?

Je suis sortie du documentaire Allô, voici mon pénis avec une main tendue vers l’autre, avec une empathie pour les hommes, pour le manque d’éducation, pour la pression qu’on met sur la masculinité. Je voulais recentrer mon militantisme sur une réconciliation hommes- femmes... et là, ce n’est plus ça du tout.

Est arrivé le procès de Johnny Depp et Amber Heard, le droit à l’avortement a reculé, ensuite l’histoire de Hockey Canada... et là, ma main est revenue dans ma poche. C’est revenu m’éclairer sur tout le chemin qu’il reste à faire, ne serait-ce que pour garder nos acquis. Ce n’est même pas la militante en moi qui s’est réveillée, c’est la guerrière.

Leda & St.Jacques

Ça semble un sujet assez émotif pour toi. Ça t’affecte beaucoup au quotidien, ce genre d’événements?

Amber Heard, ça m’empêche de dormir la nuit. Toute cette misogynie... Il y a quelque chose de profond à changer dans notre système de justice. Et si vous ne voulez pas le faire – je vais m’enrager –, si vous ne voulez pas le faire, il y en aura encore des #MeToo. Si on ne donne pas de ressources et de lieux aux femmes pour obtenir justice, il y aura une vague de dénonciations tous les deux ans. On n’aime pas ça, mais on n’aura pas d’autre option. C’est quoi vos VRAIES solutions pour que ça cesse?

Il y a des gens qui sont éco-anxieux, moi je suis féministe-anxieuse! Quand je vois les droits des femmes reculer... J’ai une fille, alors je pense à elle, je pense à sa vie, je pense à ses droits! C’est ça. Alors que je croyais m’en aller vers un féminisme doux avec la main tendue vers les hommes, là, je suis dans un état où je me dis «guerrière jusqu’à la fin pour ma fille».

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La route est encore longue, selon toi, vers une vraie égalité hommes-femmes?

Les femmes ont beaucoup emprunté les codes des hommes. On s’est permis d’être libres et ambitieuses comme eux mais les hommes n’ont pas fait le chemin inverse.

Je pense que l’égalité hommes-femmes, ça ne passera pas par les femmes qui pètent un autre plafond de verre. Je pense que ça va passer par le fait de permettre aux hommes de venir nous rejoindre dans nos valeurs de cœur, de «prendre soin» au lieu d’être tous une gang d’ambitieux qui veulent faire le plus d’argent possible avec le plus de Botox possible dans la face!

On ne permet pas aux hommes de prendre des congés de paternité, de rester auprès des enfants, de mettre la job sur pause. On ne valorise pas les hommes en éducation. Vous me direz qu’il y en a, des gars qui restent à la maison, qu’il y en a, des gars qui sont profs de maternelle, oui... mais la société pose un regard négatif sur eux. Comment tu veux qu’ils s’épanouissent et qu’ils s’émancipent??

Le jour où on va valoriser les hommes qui prennent un autre chemin, là, l’égalité hommes-femmes va faire un bond.

Leda & St.Jacques

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