Le patchwork: historique de cette tendance qui ne fait pas toujours l’unanimité | Clin d'œil
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Le patchwork: historique de cette tendance qui ne fait pas toujours l’unanimité

De Chloé à Etro, en passant par Marine Serre, Simone Rocha et Gabriela Hearst, les marques et les créateurs ont mis le patchwork au premier plan lors des défilés automne-hiver 2021-2022. Pleins feux sur une tendance dans l’air, pensée sur le plan de la durabilité.

Image principale de l'article Tout sur la tendance phare de 2022: le patchwork
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Lors du gala du MET, Kim Kardashian et sa tenue tête aux pieds ne sont pas les seules à avoir affolé la toile. En foulant le tapis rouge emmitouflé dans une cape surdimensionnée en patchwork qui avait tout l’air d’un édredon, A$AP Rocky a fait sensation...

Les internautes se sont amusés à comparer son manteau – créé par la griffe ERL, en collaboration avec l’artiste Zak Foster, et réalisé à partir de matériaux vintage et de seconde main – à un bol de céréales colorées Cap’n Crunch! La tenue de la star et le déjeuner en question présentent effectivement quelques similitudes mais, blague à part, le rappeur a eu le mérite de personnifier à la perfection le thème de l’événement cette année: In America: A Lexicon of Fashion («En Amérique: un lexique de la mode»). L’art du patchwork – qui consiste à coudre ensemble différents bouts de tissu de diverses formes, tailles et couleurs dans un but décoratif – est de fait indéniablement associé à la culture des États-Unis.

Un groupe de femmes
évacuées de la Beal Modern School, à Kent,
en 1940, réalisent une courtepointe pour les forces
militaires.

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Un groupe de femmes évacuées de la Beal Modern School, à Kent, en 1940, réalisent une courtepointe pour les forces militaires.

Son histoire aurait commencé il y a 5000 ans en Inde, en Chine et en Égypte, avant que les croisés, au Moyen Âge, ne rapportent de Palestine cette technique artisanale, qui se popularise dès lors en Occident. Quand les colons anglais débarquent en Amérique au XVIIe siècle, la tradition les suit. Le patchwork, qui permet de recycler de vieux vêtements en couvre-lit, est alors un passe-temps féminin, destiné à occuper l’esprit et les longues soirées d’hiver (Netflix n’existe pas encore) tout en servant à montrer son habileté à créer des motifs compliqués. Dès le XIXe siècle, les magazines féminins proposent d’ailleurs des patrons aux noms évocateurs (comme «la patte d’ours» ou «le chemin de l’ivrogne»), tandis que derrière certaines créations se cachent des codes: à l’époque du Chemin de fer clandestin, des patchworks servent de messages aux personnes qui fuient l’esclavage, en indiquant les endroits sûrs où se réfugier et les routes à emprunter pour retrouver la liberté.

Dans une optique durable  

Dans les années 1960 et 1970, le patchwork fait véritablement son entrée dans la mode. Il en profite pour délaisser son style granny pour un esprit... grano! À cette époque, les hippies privilégient l’artisanat, qu’ils perçoivent comme une façon d’exprimer leur individualité et de contester une société de consommation dont ils rejettent les valeurs. Cette technique de couture qui permet de confectionner des vêtements uniques trouve donc une place tout indiquée dans le vestiaire de cette jeunesse rebelle... avant de séduire les couturiers, d’Yves Saint Laurent et Adolfo, au cours des années 1960, à Vivienne Westwood, Christian Lacroix et John Galliano, dans les années 1990. Depuis, la tendance ne s’éloigne jamais vraiment des passerelles. Aperçue lors des défilés automne-hiver 2021-2022, elle affiche une nonchalance ultracool chez Etro et Libertine, tandis que Moschino et Zimmermann réussissent le pari de faire du patchwork un choix à la fois chic et décontracté.

Raquel Welch, vers 1970

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Raquel Welch, vers 1970

Mais c’est encore chez Coach, Collina Strada, Chloé, Gabriela Hearst ou Marine Serre que cette méthode artisanale se réconcilie avec sa vocation d’autrefois. Tout comme les couturières du XIXe siècle et la jeunesse hippie des années 1960, certaines griffes ont choisi d’utiliser la technique pour créer de nouveaux vêtements à partir de chutes de tissu ou de rouleaux de textiles invendus, dans un esprit de suprarecylage écoresponsable. C’est le même esprit qu’on retrouve au cœur de la griffe masculine Bode, qui a fait du patchwork sa marque de fabrique. Sa créatrice, Emily Adams Bode, utilise des rebuts et des matériaux vintage pour concevoir des vestes, des chemises et des pantalons que les célébrités – dont Jay-Z, Zayn Malik et Ezra Miller – s’arrachent.

Janet Jackson en 2002

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Janet Jackson en 2002

Tendance star 

Parmi les autres célébrités à avoir embrassé le patchwork? Gloria Vanderbilt et Raquel Welch dans les années 1970, Christina Aguilera et Janet Jackson au tournant du deuxième millénaire et, plus récemment, Chrissy Teigen, Zendaya, Bella et Gigi Hadid, toujours à la fine pointe des tendances. Mais la star qui a sans doute fait couler le plus d’encre pour sa tenue à motifs (à part A$AP Rocky) est encore Harry Styles. En 2020, le chanteur s’affiche dans un cardigan coloré de la griffe JW Anderson et enflamme la toile. La marque flaire le bon coup et propose un tutoriel YouTube pour recréer le vêtement pièce par pièce... Une foule d’imitations – plus ou moins réussies – inondent alors les réseaux sociaux!

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À VOIR: Behind the scene de notre numéro Rose, avec Mélanie Maynard et Rosalie Bonenfant  

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