Mélanie Maynard & Rosalie Bonenfant: unies | Clin d'œil
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Mélanie Maynard & Rosalie Bonenfant: unies

Voilà quelques jours déjà que j’écume mon fil Instagram en fin de journée. Vidée, mais incapable de décrocher. Des jours que tout m’écorche, que je n’arrive plus à combiner les rôles, que j’échoue à satisfaire mes exigences. Puis ce message dans ma boîte courriel.

On me propose une rencontre. Moi qui ai l’habitude de la fiction, qui invente, on m’offre de «raconter» de vraies personnes. Mélanie Maynard et Rosalie Bonenfant, mère et fille. Je dis oui, ça va de soi. Je dis oui, parce que secrètement, j’espère apprendre d’elles, de leur force, de leur expérience. Ouvrir une brèche. Et peut-être, du bout des doigts, caresser mon humanité rugueuse.

On a rendez-vous dans un café que j’ai souvent fréquenté avec ma poussette et mes nouveau-nés. Fébrile, je guette l’entrée de celles dont j’aime non seulement le travail, mais aussi la vivacité, la lumière. C’est Rosalie qui arrive la première. Je lui fais signe, timide. Ma première question déboule, m’échappe, je veux savoir comment elle fait pour multiplier les rôles, les projets, les registres. Pour supporter la pression. Franche, allumée, elle répond sans détour: «Mon secret, c’est que je n’ai pas de zone de confort. Je ne suis jamais confortable, je suis toujours en train de me poser des questions. Je suis hypersensible, je perçois le monde avec une grande violence. Alors, pour moi, même si un nouveau projet est super stimulant, c’est toujours terrifiant. J’ai développé ma mentalité, je me dis que si je ne combats pas ça, je ne vais rien faire dans la vie.» 

Photos: Leda & St.Jacques - stylisme: Florence O. Durand - direction mode: Anthony Mitropoulos - direction artistique: Elsa Rigaldies

Et pour combattre, elle combat. Dernièrement, Rosalie a coanimé le talk-show Deux hommes en or, collaboré à l’émission Sucré salé, de même qu’animé et scénarisé la série documentaire C’est quoi l’trip?. Cet hiver, on pourra la voir au cinéma dans Inès, de Renée Beaulieu. Je peux affirmer sans me tromper que Rosalie a du succès, beaucoup de succès. Le genre qui fait rêver. Mais s’il y a une chose que la publication de deux romans devenus best-sellers m’a apprise, c’est que la réussite professionnelle est toujours plus scintillante, plus nourrissante lorsqu’on la jauge de l’extérieur. Rosalie me confie: «J’ai l’impression que j’ai tout à prouver constamment. Tu vois, j’ai 25 ans, et je n’arrive pas à me souhaiter d’autres accomplissements. Je veux juste arriver à être fière de ce que je fais. C’est un sentiment qui m’est complètement étranger. J’essaie de tendre vers un peu plus d’indulgence, un peu moins de rigidité, de perfectionnisme. J’ai vu tellement de covers de magazines où des femmes de 50 ans disent avoir “enfin réussi à s’accepter”. Oh que non! Moi, ça va se passer bientôt, là, je ne vais pas gaspiller ma vie à ne pas me tripper dessus.» 

Photos: Leda & St.Jacques - stylisme: Florence O. Durand - direction mode: Anthony Mitropoulos - direction artistique: Elsa Rigaldies

Alors que je la questionne sur ses projets de télé, de scène, d’écriture, Mélanie, sa maman, se joint à nous. Elle sort tout juste de l’enregistrement de son émission de radio quotidienne sur les ondes de WKND 99,5 FM. Quand elle salue «sa Rosie», sa voix déborde de tendresse. «Bonne fête, mon petit chaton! Déjà 25 ans, cette affaire-là!» C’est l’anniversaire de Rosalie aujourd’hui. Un anniversaire qui la bouleverse, elle ne s’en cache pas. «C’est traumatisant pour vrai, ça m’a beaucoup habitée. Ça fesse quand même.» Je souris, je la comprends. La mivingtaine est un vertige. Un vertige qui s’apprivoise doucement.

Solidaires dans la lutte

Si je suis ici, c’est aussi parce que j’ai une mission, celle d’aborder la délicate, mais incontournable question de la lutte contre le cancer du sein. Je sais que pour Mélanie, la maladie – qui touche environ une femme sur huit – est beaucoup plus qu’une statistique. Cet été, elle a perdu sa grande soeur, Sylvie, emportée par le cancer alors que quelques mois plus tôt, on l’en croyait délivrée. Pour moi aussi, le sujet résonne. Le cancer du sein a tué ma grand-mère à l’âge de 44 ans et a bien failli me prendre ma mère il y a 10 ans. Je me sens impuissante devant ce fléau. Ça m’apparaît comme une fatalité, et je ne vois pas ce que je peux y changer. Mélanie me fait voir les choses autrement. «Pour moi, c’est vraiment dans la continuité de la solidarité qui nous unit en tant que femmes. C’est une grosse aberration qu’on n’ait pas encore trouvé de solutions pour guérir le cancer du sein, parce qu’il manque encore des fonds et parce qu’il n’y a pas suffisamment de gens qui s’y intéressent.» 

Photos: Leda & St.Jacques - stylisme: Florence O. Durand - direction mode: Anthony Mitropoulos - direction artistique: Elsa Rigaldies

Sa remarque me rappelle un article sur lequel je suis tombée dernièrement. En gros, on y disait que la santé des femmes est négligée en recherche et que les inventions biomédicales des 35 dernières années ont beaucoup plus porté sur les besoins de santé des hommes. Rosalie ajoute: «Comme pour beaucoup d’injustices qui touchent les femmes, c’est souvent à nous de nous sortir du pétrin.» Elle me raconte que, plus jeune, elle se souvient d’avoir apporté ses vieux soutiens-gorge à l’école secondaire afin de collecter des fonds pour la recherche sur le cancer. «Pourquoi c’est à nous, à 14 ans, d’y aller à coups de 2 $ en nous disant: “J’espère que ça ne m’arrivera pas un jour”? Pourquoi personne de haut placé au gouvernement n’investit dans la recherche? Je trouve que c’est propre à la condition féminine, alors que tout le monde devrait s’intéresser à cette cause-là, parce qu’on a besoin des femmes et qu’elles sont importantes.» Mélanie poursuit: «Il y a un manque de connaissances et d’informations, et c’est triste parce que ça fait tellement longtemps qu’on en parle qu’à un moment donné, on ne nous entend plus. Mais c’est encore aussi légitime. Le sein incarne un symbole puissant; il nous a nui autant qu’il nous a aidées. Parce que c’est lui qui nourrit nos enfants, parce qu’il est devenu un objet sexuel, et là, ça nous tue. Au-delà du cancer, le fait que ce symbole aussi représentatif de la féminité soit attaqué, je trouve ça fort.»

Se construire sur ses failles

Mélanie a une présence rassurante, une attitude décomplexée. Bonne élève, je lui avoue avoir lu, regardé et écouté à peu près tout ce que Rosalie et elle ont pu faire dans les dernières années. Une phrase m’est restée en mémoire. Elle dit avoir «bâti sa personnalité sur ses failles». Ma question est simple, accepter ses failles, on fait ça comment? «Plus jeune, on m’a souvent dit que je ne valais rien. J’avais un TDA non diagnostiqué. Ça me prenait plus de temps que la moyenne pour assimiler certaines matières. J’avais tellement peur qu’on se moque que j’ai commencé à rire de moi avant que les autres le fassent. C’était ma façon de me présenter – de la manière la plus nulle qui soit – parce que j’avais peur de décevoir. Mais à partir du moment où je l’ai assumé, c’est devenu ma signature, ça m’a rendue sympathique. Et j’ai réalisé que ça fait énormément de bien aux gens de ne pas avoir devant eux une image parfaite.» 

Photos: Leda & St.Jacques - stylisme: Florence O. Durand - direction mode: Anthony Mitropoulos - direction artistique: Elsa Rigaldies

Ça part de la peur de décevoir. Est-ce plus féminin comme sentiment? Quand je regarde les femmes autour de moi, le feeling de ne pas en faire suffisamment me paraît assez répandu. «J’ai l’impression que c’est dans notre éducation. On était quatre gars et quatre filles chez nous, et je voyais déjà tous les privilèges que les gars avaient et cette espèce d’assurance qu’ils ne remettaient jamais en question. Et je le constate encore aujourd’hui. Je travaille avec des gars et, même si j’ai 15 fois plus d’expérience qu’eux, je me prépare mille fois plus. C’est toujours cette insécurité-là, d’avoir le sentiment qu’il faut en donner plus pour arriver au même niveau.»

En faire assez

Quand je la questionne sur son emploi du temps, Mélanie me répond: «Depuis que je fais de la radio, j’ai ralenti les autres projets. Je m’étais tannée de la télé. Là, j’ai de plus en plus envie d’y revenir parce que j’ai l’impression d’avoir quelque chose de différent à dire. Mais pour l’instant, je me concentre sur la radio, et j’en suis fort contente.» Justement, on parlait de trop en faire. Quand est-ce assez? «C’est drôle, je vois Rosalie embarquer dans le bateau où j’ai déjà été. Ce sont des années que je regrette maintenant, où j’avais 15 jobs en même temps parce que j’étais trop anxieuse et que j’avais l’impression qu’enfin, on me choisissait. Je me souviens que c’était pour moi un gage de fierté de montrer mon agenda surchargé, alors qu’aujourd’hui, je trouve que j’étais bien épaisse. Je dis toujours à ceux qui commencent à négocier leurs contrats: “Arrêtez de vous battre pour le salaire, battez-vous pour les vacances!”» Ça fait réagir Rosalie: «Oui! Parce qu’il faut vivre, surtout pour créer, c’est ça que je réalise. Je travaille beaucoup sur être plutôt que faire. Je me suis séparée dans la dernière année, et j’ai voulu remplir mon agenda pour ne pas penser et pour me prouver que, malgré tout, je réussissais quelque chose. Je travaillais chaque jour, mais tous les soirs je me couchais quand même en pleurant. En fin de compte, je pense que c’est plus important de choisir des projets ou de créer des occasions stimulantes que de tout accepter. Il faut vouloir davantage être entendue qu’être vue.»

Photos: Leda & St.Jacques - stylisme: Florence O. Durand - direction mode: Anthony Mitropoulos - direction artistique: Elsa Rigaldies

Plus tard, face à mes contradictions, à mes limites, je repenserai à notre entretien, et ça deviendra évident. Dans la lutte contre le cancer du sein comme ailleurs, nous sommes soeurs. Nous sommes ensemble.

Fondation du cancer du sein

Depuis sa création en 1994, et avec l’aide de donateurs, employés, bénévoles et professionnels de la santé, la Fondation a contribué à augmenter le taux de survie et la qualité de vie des personnes atteintes par le cancer du sein en finançant la recherche, la sensibilisation et le soutien aux patientes ainsi qu’à leurs proches. En tout, elle a investi plus de 54,4 millions de dollars dans sa mission! On continue d’aider la cause, notamment grâce à nos bijoux Rose Clin d’oeil, crées en partenariat avec Jean Coutu et Brunet et offerts du 14 octobre au 25 novembre. Une partie du prix de vente sera remis à la Fondation.

À VOIR : Behind the scene de notre numéro Rose, avec Mélanie Maynard et Rosalie Bonenfant 

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