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Tout sur l’eczéma et comment le traiter

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Il débarque sans avertissement et exige qu’on se plie à tous ses caprices. On passe en revue son curriculum pour mieux le reconnaître et apprendre à lui clouer le bec.

Il y a deux catégories de Québécois: ceux qui attendent impatiemment de sortir leurs skis et ceux qui redoutent l’arrivée de l’hiver. Les personnes qui souffrent d’eczéma font partie de la deuxième catégorie, mais pas seulement pour le désagrément occasionné par les chaussettes pleines de gadoue et la quête des clés tombées dans la neige. Le mercure sous zéro et l’air sec de la saison froide sont deux des principaux déclencheurs de cette maladie cutanée. Ils sont loin d’être les seuls, d’ailleurs. Pour une partie des quelque 230 millions de personnes dans le monde aux prises avec la dermatite atopique, c’est l’humidité estivale qui leur rend la vie infernale, et pour d’autres, la mauvaise qualité de l’air. Les moins chanceux cochent solennellement la case «toutes ces réponses».

«La dermatite atopique, aussi appelée eczéma, est une maladie inflammatoire chronique très courante. Plus de 17 % des Canadiens en souffriront à un moment dans leur vie», dit le Dr Peter Lio, professeur adjoint d’enseignement clinique au Département de dermatologie et pédiatrie de l’Université Northwestern, Feinberg School of Medicine, ainsi que cofondateur et codirecteur du Chicago Integrative Eczema Center. «Elle présente des lésions cutanées dites eczémateuses, soit des plaques rouges et sèches, parfois épaisses, ou des cloques avec suintement et croûtes, poursuit-il. Elle provoque en outre de très fortes démangeaisons. Bien qu’elle affecte majoritairement les zones de flexion, comme les plis des coudes et l’arrière des genoux, elle peut sévir à n’importe quel autre endroit du corps.» Sa cause exacte n’est pas encore connue, mais on sait que l’eczéma est une maladie multifactorielle impliquant la génétique, le système immunitaire, une déficience de la barrière cutanée et un déséquilibre du microbiome. Et, tout récemment, l’hygiène s’est ajoutée au portrait, explique le Dr Lio: «La forte augmentation du nombre de cas suggère que la vie moderne y est pour quelque chose... Tout porte à croire que nous sommes trop propres! Des études suggèrent même que de grandir dans une ferme offre une protection contre cette maladie cutanée.»

Une foule de facteurs peuvent aggraver ou déclencher l’eczéma. En plus des variations de température, on compte certains cosmétiques, certains tissus, le stress, les infections cutanées et le manque de sommeil. Et pour compliquer les choses, les facteurs aggravants varient d’une personne à l’autre. Naviguer à travers les risques du quotidien prend l’allure d’une partie de roulette russe sans fin, et tenter de mettre le doigt sur le coupable peut rendre presque fou. Pour Alexandra, une jeune professionnelle de 33 ans, une poussée d’eczéma peut encore survenir à n’importe quel moment, même si les manifestations se sont atténuées au fil des ans: «Ce sont mes mains qui sont le plus durement touchées. C’est comme si ma peau se craquelait sur toute sa surface, parfois jusqu’au sang. La sensation de sécheresse et de tiraillements est terrible. C’est une zone particulièrement difficile à traiter avec des soins topiques, alors je marche constamment sur des oeufs quand je touche aux produits ménagers et cosmétiques.»

Vivre avec l’eczéma  

Le premier geste à poser lorsqu’on soupçonne la présence d’eczéma est de consulter un dermatologue. La douleur et les démangeaisons peuvent diminuer de beaucoup la qualité de vie. Elles perturbent le sommeil, nuisent à la concentration et causent parfois de l’anxiété. Elles peuvent même conduire à la dépression. Bien qu’il n’existe pas de cure, on peut les contrôler, notamment à l’aide de corticoïdes topiques lors des éruptions. Le spécialiste pourra également recommander des soins adaptés pour maintenir une hydratation optimale de la peau. Il faut lutter contre la sécheresse, qui ouvre la porte aux risques d’éruptions. Par exemple, en utilisant un nettoyant doux sans savon, on élimine les irritants et allergènes tenaces sans perturber le microbiome cutané. En appliquant une crème sur l’épiderme encore humide, on emprisonne l’eau dans les tissus pour renforcer la barrière cutanée. «Lorsqu’une poussée survient, le mieux est de prendre une pause des soins ciblant tout autre problème cutané pour se concentrer sur l’hydratation, indique le Dr Peter Lio. Une fois l’eczéma traité, on réintègre des soins adaptés en faisant d’abord un test sur une petite zone, compte tenu de la réactivité de la peau eczémateuse. Par exemple, pour atténuer les signes de l’âge, je priorise la vitamine C, qui est mieux tolérée que les rétinoïdes topiques sur les peaux sensibles. Et pour traiter l’acné, je recommande généralement l’acide azélaïque, qui est plus doux que le peroxyde de benzoyle.»

Ne reste plus qu’à étudier sa peau! Tout le monde est différent; il s’agit de trouver les produits que notre épiderme daigne tolérer. Généralement, plus la crème hydratante est épaisse, meilleure est la protection qu’elle procure, et les ingrédients comme l’acide hyaluronique, le beurre de karité, la glycérine, la niacinamide et les céramides sont de bonnes pistes de solution. Pour reconnaître les éléments déclencheurs, l’expert suggère d’éviter les extrêmes et de tendre vers le minimalisme: «L’eau très chaude a tendance à enflammer la peau et à retirer ses huiles naturelles essentielles à sa défense, tandis que l’air trop sec l’assèche. Les tissus doivent être doux. Les fibres naturelles, comme le coton, causent moins de problèmes. Les détergents doivent être conçus pour les peaux sensibles, sans parfum, et les vêtements doivent idéalement être rincés deux fois au lavage.»

Sur le plan des cosmétiques, c’est un véritable casse-tête. On fait fausse route en ne diabolisant que certains des ingrédients. Il faut prendre en compte l’ensemble des composants d’une formule. En règle générale, on devrait éviter les fragrances, les huiles essentielles, les acides exfoliants, le propylène glycol et les alcools asséchants. Et ça ne concerne pas seulement nos petits pots! «Un certain nombre d’ingrédients dans les shampoings et les revitalisants peuvent provoquer des dermatites au contact de la peau lors du rinçage», affirme le Dr Peter Lio. Malheureusement, ici aussi, il faut procéder par élimination: «Pour les avoir essayés, je sais que telle marque d’assouplissant me fait réagir, mais pas celle de son compétiteur, dit Alexandra. C’est ainsi que j’ai appris que mes soins pour la peau ne devaient pas contenir de fragrances et que les pommades et crèmes très riches sont les plus efficaces pour soulager mes symptômes.» Pour nous aider à faire le tri, on consulte la liste des produits portant le sceau d’acceptation de la Société canadienne de l’eczéma ou de la National Eczema Association, qui ont tous subi une évaluation scientifique par des dermatologues.

Et puis il y a le reste du cheminement à faire, celui-ci se situant entre les deux oreilles. Il faut accepter notre impuissance par rapport à cette maladie imprévisible: on aura beau tout faire parfaitement, jusqu’à refuser de poser les yeux sur une étiquette portant la mention «sulfates», on ne sera jamais complètement à l’abri d’une poussée d’eczéma à l’improviste. Dans les moments difficiles, il faut se rappeler qu’on n’est pas seuls et que l’avenir est prometteur. «Plus de 100 nouveaux traitements sont en cours de développement, déclare le Dr Peter Lio. Nous entrons dans une période très excitante pour les personnes atteintes d’eczéma!»

Ressources  

Société canadienne de l’eczéma : eczemahelp.ca

National Eczema Association : nationaleczema.org

Au rayon maquillage  

Ce n’est pas l’eczéma qui va nous empêcher de nous exprimer par le maquillage! Voici les cinq commandements pour déjouer les éruptions:

• Les formules minérales, mieux tolérées par les peaux sensibles, sont nos amies.

• On applique nos fards et crèmes avec les doigts propres au lieu d’un pinceau sale qui traîne au fond du tiroir. D’ailleurs, on ne lésine pas sur le nettoyage des outils, qui accumulent la saleté et les bactéries, les ennemies jurées de notre peau réactive.

• On porte notre parfum sur nos vêtements, pas sur notre peau.

• On préfère les gels, crèmes et huiles capillaires aux vaporisateurs. Avec ce mode d’application peu précis, les produits peuvent atteindre le cuir chevelu.

• On a les paupières «en feu»? On fait comme Elle Fanning, qui affichait fièrement son eczéma comme un fard rosé sur Instagram, l’automne dernier.

À VOIR: Behind the scene de notre numéro Rose, avec Mélanie Maynard et Rosalie Bonenfant    

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