«Culture du bannissement»: 4 questions à Judith Lussier | Clin d'œil
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«Culture du bannissement»: 4 questions à Judith Lussier

Brillante et audacieuse, cette chroniqueuse et autrice sait se prononcer comme personne d’autre sur les enjeux sociaux.

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DAPHNÉ CARON/C (J. LUSSIER)

À la veille de la sortie de son prochain essai sur la culture du bannissement, on a eu le bonheur de s’entretenir avec elle sur cet important sujet d’actualité.

Qu’est-ce que la culture du bannissement, et pourquoi avoir choisi ce sujet?  

De nombreuses discussions autour de ce thème – de plus en plus présent depuis 2018 – font appel à des éléments que j’avais déjà abordés dans mon livre On peut plus rien dire, parce qu’au fond, c’est un peu ça, la culture du bannissement: le sentiment qu’on pourrait être puni si on fait ou dit quelque chose de dérangeant. Je trouvais qu’il y avait des choses à nuancer. Critiquer, c’est aussi faire valoir sa liberté d’expression.

Comment vulgariser un concept aussi complexe?  

Il y a tellement d’éléments divers, en effet. Ça peut être un prof qui se fait reprocher d’avoir utilisé le mot qui commence par N à l’université, une personne accusée d’agression sexuelle et devenue persona non grata, bref, beaucoup d’histoires allant d’un extrême à l’autre. J’ai analysé plusieurs cas pour tenter de clarifier le phénomène tout en m’interrogeant. Qu’est-ce que ça dit sur notre société? Quelles leçons en tirer? Mais c’est si vaste que même ma propre idée a énormément évolué en cours de rédaction.

Quel est l’impact de la culture du bannissement dans nos vies?   

Elle est souvent présentée comme un phénomène qui pourrait nuire à la liberté d’expression. En réalité, elle nuit surtout à la gauche et aux personnes progressistes. Elle génère énormément d’anxiété, grandement alimentée par des réseaux sociaux que nous ne maîtrisons pas encore – ça ne fait que 10 ans que nous nous en servons autant – et qui contribuent à nous liguer les uns contre les autres. On arrive là avec nos émotions, nos opinions, et ce mélange peut être explosif!

En tant que journaliste, comment vous situez-vous dans ce contexte?  

C’est un défi, parce que le journaliste doit être sensible aux réalités sociales tout en restant au-dessus de la mêlée, pour montrer le plus de points de vue possible tout en tenant compte des dynamiques de pouvoir. On donne presque toujours la parole aux mêmes types d’individus, et lorsqu’on donne la parole à d’autres, ça peut devenir choquant, parce que nous ne sommes pas habitués à entendre ces voix. Le travail des médias est de ramener l’information à l’essentiel et donc de laisser tomber certaines nuances, des nuances qui sont primordiales, car elles évitent les raccourcis. C’est ce que je tente de faire.

Les coups de cœur littéraires de Judith Lussier:   

1. Là où je me terre, par Caroline Dawson - 23 $ chez Les Libraires

via Les Libraires

«J’ai tout aimé de ce roman. C’est le récit d’une enfant de l’immigration, ancré dans le contexte du Québec dans lequel j’ai grandi. Je me suis reconnue dans les références générationnelles. L’autrice est sociologue et ça transparaît dans l’analyse de son parcours.»

2. Mister Big, par India Desjardins - 23 $ chez Les Libraires

via Les Libraires

«J’ai toujours eu un très grand intérêt pour l’analyse en profondeur des sujets d’apparence légers (et vice versa!), ce que fait India Desjardins en creusant la question de l’impact de la série Sex and the City sur nos imaginaires amoureux.»

3. Combats et métamorphoses d’une femme, par Édouard Louis - 29 $ chez Les Libraires

via Les Libraires

«J’aime le côté dramatique qui nous réconforte par son effet cathartique. C’est le cas avec ce portrait de la mère de l’auteur, des violences misogynes et de classe qu’elle a subies, et de son émancipation qui finit par être lumineuse.»

À VOIR: Behind the scene - Christine Beaulieu pour Clin d’œil   

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