Instantané surprise, par Valérie Chevalier | Clin d'œil
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Instantané surprise, par Valérie Chevalier

Expériences marquantes, réflexions, fantasmes... 10 plumes de chez nous racontent dans leurs mots comment s’est forgée — et continue d’évoluer — leur perception de la beauté.  

  

Instantané surprise, par Valérie Chevalier  

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours cherché la beauté. Je me rappelle quand maman cueillait des fleurs dans le jardin et les posait dans un vase, au centre de la table. Je les observais longuement. Quand, au matin, le soleil entrait par les fenêtres et sublimait le bouquet, je courais chercher mon petit appareil photo et je captais ce moment, dans cette douce lumière. À l’époque, il n’y avait que 24 poses dans un film, alors on choisissait judicieusement le moment où l’on appuyait sur le déclencheur.

Les temps ont changé, les technologies aussi. Nous pouvons maintenant prendre 200 photos en quelques secondes. On a beau se promettre qu’on fera le tri (c’est surestimer ma patience et ma capacité à faire des choix; j’ai plus de 27 000 clichés dans mon téléphone et je ne trouve jamais le temps d’épurer ma collection!), on prend rarement le temps de replonger dans ces souvenirs numériques.

Je m’ennuie du temps où une photo était choisie et désirée. Je m’ennuie de la légère excitation au moment d’appuyer sur le déclencheur de l’appareil et celle, grisante, d’aller récupérer ses photos imprimées, en fini mat ou glacé, au comptoir de la pharmacie. Je m’ennuie de les glisser sous la pellicule plastique d’un album à la couverture rigide pour les protéger. Je m’ennuie du temps où l’on ouvrait les armoires du salon pour «regarder des albums». Je m’ennuie aussi du temps où tout n’était pas parfait.

Ce sont les moments qu’on saisissait. Aujourd’hui, les photos poussent la beauté au seuil de la perfection. Avec les outils dont on dispose, aucune raison de ne pas faire un sans faute! Pour un gala ou une séance photos, je peux passer deux heures à me faire coiffer et maquiller. Deux heures... Le temps que dure parfois une séance photos qui se déroule dans différents décors, avec différents vêtements... Puis les clichés sont retouchés, recadrés, peaufinés. Bien que je trouve souvent le résultat magnifique, il m’arrive de penser avec nostalgie à l’époque où, quand on faisait clic, les dés étaient jetés.

Le problème, c’est que, dans la réalité, on essaie d’atteindre cette perfection en suivant un modèle irréaliste. Des oreilles un peu décollées, des poils enthousiastes, des sourcils asymétriques, une dent qui sort un peu du rang: cette singularité est en voie de disparition, ramenée à l’ordre à coups d’aspiration harmonique et de tendances du moment. À trop vouloir trouver la beauté, je crois qu’on oublie parfois où elle se trouve: dans l’unicité. Dans la surprise. Dans ce moment où le soleil passe au bon endroit et sublime quelque chose. Pas parce que c’est parfait, non. Parce que c’est spécial, justement.

Valérie débute en juillet le tournage de la sixième saison de Cochon dingue, qui sera diffusée l’hiver prochain sur Télé-Québec.

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