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Je voulais m’appeler Léo, par Léa Stréliski

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Crédit : Andréanne Gauthier

Expériences marquantes, réflexions, fantasmes... 10 plumes de chez nous racontent dans leurs mots comment s’est forgée — et continue d’évoluer — leur perception de la beauté. 

Je voulais m’appeler Léo, par Léa Stréliski 

Je m’étais fait couper les cheveux courts. Très courts. Je voulais que la coiffeuse me transforme en garçon.

Je sentais bien que ma mère tentait un peu de contrôler de loin les coups de ciseaux. Elle aurait sûrement préféré un entre-deux, que sa fille ressorte de là avec une coupe qui ne la forcerait pas à répéter «non, c’est une fille». Et puis, peut-être qu’elle s’inquiétait pour moi. Que je regrette mes beaux cheveux. Après tout, qu’est-ce qu’on sait de son identité à quatre ans?

Je voulais que l’on m’appelle Léo. Je faisais pipi debout. J’ai même déjà demandé à ma mère, au restaurant, si je pouvais aller dans les toilettes des hommes. Je ne voulais plus être une fille. J’avais décidé. Rien de tout ça n’était une question de genre. Je n’ai jamais eu l’impression de naître dans le mauvais corps. Oui, à l’adolescence, j’ai parfois voulu être plus mince. J’ai été déçue aussi de ne pas grandir plus. D’abandonner à 1,60 m. Mais consciemment, rationnellement, quand j’étais petite, je voulais être un garçon pour la liberté que ça procurait. 

Je ne me reconnaissais pas dans ce qui s’adressait à moi comme petite fille. Je n’aimais pas les Barbie (ma voisine et moi l’avions d’ailleurs clamé haut et fort en les plaçant dans un pot et en leur faisant pipi sur la tête: le message était clair), je n’aimais pas les robes, les pouliches, je n’aimais pas les barrettes que l’on me mettait sur la tête, je détestais toutes ces filles braillardes que l’on m’imposait dans les dessins animés. Je ne me voyais pas dans les pubs, je ne me voyais pas dans les livres ni à la télévision. Où étaient les filles qui aiment les aventures, grimper dans les arbres, rêver, chercher dans la terre, s’inventer des histoires? 

Les curieuses n’étaient nulle part. Alors si je n’étais pas une fille, je devais forcément être un garçon. Peut-être que si j’étais l’autre sexe, on me laisserait être tout ça. À quoi ça tenait, au fond? À mon prénom? À ma coupe de cheveux? À ma manière de faire pipi? Tout ça se réglait assez facilement. En tout cas, ça valait la peine d’y croire.

Léo ne fut qu’une courte phase. Une phase dont on peut maintenant parler dans ma famille comme d’un lointain souvenir. Je me rappelle mes motivations, ma détermination, ma soif d’exister dans plus de liberté. Une sorte de renoncement aux codes qui m’étaient imposés. Heureusement, nous avons fait du chemin. La beauté n’impose plus ses codes de manière aussi stricte. La quête peut être plus libre. Les modèles sont plus variés. Ne sous-estimons pas la capacité des enfants à observer... et à vite comprendre qu’ils sont différents.

On suit Léa sur Twitter @LeaStreliski.

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