Les femmes sacrifiées sur l’autel du star-système | Clin d'œil
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Les femmes sacrifiées sur l’autel du star-système

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Elles sont nombreuses, ces femmes que les médias ont espionnées durant leurs jours sombres et qui ont connu un destin tragique. Voici celles qui ont vécu – la plupart du temps contre leur volonté – sous l’œil toujours plus gourmand de paparazzis, qui n’hésitaient pas à les malmener.

Marilyn Monroe, enfant chérie de l’Amérique, meurt à 36 ans, en 1962, dans des circonstances toujours nébuleuses. Alys Robi, première vedette internationale québécoise, voit sa carrière brutalement interrompue, au début des années 1950, lorsqu’elle est hospitalisée contre son gré dans un hôpital psychiatrique, où elle subit une lobotomie. Lindsay Lohan, Britney Spears, Miley Cyrus: des enfants-stars adorées du public dans les années 2000 dont le passage à l’âge adulte connaîtra de nombreux heurts qui nourriront abondamment les tabloïds. L’écrivaine Nelly Arcan, traînée dans la boue à la télévision, s’enlève la vie en 2009. Whitney Houston, prodige de la chanson pop aux capacités vocales exceptionnelles, meurt en 2012, à 48 ans, noyée dans son bain, vraisemblablement à la suite d’un abus de drogues. La liste pourrait encore s’allonger...

Saintes ou sacrifiées ? 

Je lis avidement depuis des années tout ce que je parviens à trouver sur ces femmes, voulant comprendre pourquoi leurs vies fastueuses ont connu de si grands accès de détresse, quand elles ne se sont pas brusquement arrêtées de façon tragique. Dans mon salon, au milieu de mes petits objets de décoration, trône un cierge que m’a offert l’une de mes meilleures amies. Au lieu d’une figure de la Vierge Marie ou d’une sainte, il est orné du visage de Britney Spears. J’ai toujours trouvé que cet objet métaphorisait quelque chose du rapport qu’on entretient avec la chanteuse de Baby One More Time. Comme les saintes, Britney et toutes celles qui ont vu leurs noms salis dans les médias ont subi bien des épreuves, parfois fatales. Or, comme dans les histoires de saintes, celles de ces personnalités déchues sont récupérées, non pas par l’Église, mais par des empires médiatiques. Après les avoir fait couler, les avoir ridiculisées, les médias et leurs fans cherchent à réhabiliter ces artistes. Britney, à qui le New York Times vient de consacrer un documentaire qui a fait couler beaucoup d’encre, Framing Britney Spears, en est un exemple parfait. «Sa dégringolade a été un sport national cruel», souligne le synopsis de présentation de ce film. Pendant des années, les paparazzis l’ont poursuivie, et on s’est interrogé sur sa vie sexuelle (était-elle vierge ou non? A-t-elle trompé Justin Timberlake?) et sur ses compétences maternelles. Britney étant considérée comme incapable d’assumer ses responsabilités, c’est son père qui, légalement, prend le contrôle juridique de ses finances en 2008. Aujourd’hui, raconte le film, ses fans dénoncent le traitement qui lui a été réservé.

Sont-elles sacrifiées, ces femmes issues du large registre du vedettariat, quand elles sont dénigrées par le discours social? Quand elles disparaissent trop jeunes à la suite d’accidents ou d’abus de drogues? C’est la question que j’ai posée à Sandrine Galand, chargée de cours en études féministes à l’IREF, qui a récemment soutenu une thèse de doctorat sur les femmes de Hollywood. «Étymologiquement, le mot “sacrifice” nous renvoie à ce qui est donné aux dieux, me répond-elle. Être dans le star-système, c’est déjà être du côté du divin.» En effet, Galand fait allusion ici à la traduction de «star system» (en français, littéralement, «système des étoiles»), qui place les vedettes du côté des constellations et aussi, par extension, d’une certaine religiosité. Appartenant déjà aux cieux de leur vivant, les vedettes ne seraient pas, tout comme nous, de simples mortelles. Est-ce pour cela qu’on ne leur pardonne pas lorsqu’elles accomplissent certaines choses que le discours social a du mal à cautionner? Devraient-elles être des modèles irréprochables en tout temps? Une chose est sûre, dit Galand: on s’attend à ce que les femmes, plus que les hommes, ne commettent pas d’écart. Régime patriarcal oblige.

Les insaisissables 

Les femmes sacrifiées par les tabloïds ont aussi en commun de ne pas se laisser saisir facilement. On connaît les vieux archétypes de la vierge, de la mère et de la putain... On demande souvent aux femmes de correspondre à l’un ou à l’autre. Que faire lorsqu’elles échappent à ce cantonnement ou que, pire encore, elles ne respectent pas les normes, les codes, et ne font pas ce que l’on attend d’elles? Framing Britney Spears montre que le parcours de la chanteuse contient plus d’un paradoxe. Comment une jeune fille qui s’habillait de manière aussi sexy pouvait-elle déclarer qu’il faut attendre le mariage avant d’avoir des rapports sexuels? On la disait ingénue, et pourtant elle gérait sa carrière et son personnel d’une main ferme. D’autres femmes qui ont, comme elle, connu la chute sont difficiles à classer. Afro-Américaine au teint clair, Whitney Houston était souvent vue, comme l’explique le documentaire Whitney: Can I Be Me (2017), comme étant trop blanche par les personnes noires et trop noire par les personnes blanches. Nelly Arcan, étincelante d’intelligence, ne correspondait pas au statut de victime qu’on fait souvent porter aux travailleuses du sexe. On a voulu «[r]éduire Nelly Arcan à son corps et ainsi lui faire honte, prendre plaisir à la voir tête baissée, la renvoyer sans cesse à son image de femme publique», écrit l’auteure Martine Delvaux dans le collectif Je veux une maison faite de sorties de secours, consacré à l’œuvre d’Arcan.

Photo : Agence QMI

Si on les tolère en quelque sorte quand elles sont inclassables, mais remplissent leurs engagements, c’est lorsqu’elles trébuchent, autant métaphoriquement que littéralement parfois, que les vedettes deviennent des cibles idéales pour les médias. Lorsque, en 2007, Britney se rase les cheveux devant la caméra en souriant de manière inquiétante, on la dépeint comme hystérique. Aujourd’hui, on pense plutôt qu’elle faisait une dépression post-partum. Lorsque Whitney multiplie les tournées alors que sa consommation de drogue est hors de contrôle, qu’on la filme dangereusement maigre, les médias se moquent d’elle au lieu de se préoccuper de sa santé chancelante. Alys Robi souffrait, elle, d’un trouble bipolaire. Le discours public n’est pas tendre à l’égard des femmes malades.

Photo d'archives du Journal de Montréal

Prendre soin d’elles 

Or, depuis peu, le vent semble tourner. C’est peut-être que, comme le pressent Sandrine Galand, la démocratisation des médias sociaux permet aux stars de prendre les devants quant au récit de leurs propres histoires. Désormais, plus besoin de passer par la lorgnette des journalistes pour se raconter: il suffit d’ouvrir Instagram ou de se créer un compte TikTok. C’est d’ailleurs par l’entremise des médias sociaux que s’est répandu le hashtag #freebritney: des milliers de personnes demandent que la tutelle du père de Britney Spears soit levée. Elles accordent leur soutien à la star qui lutte juridiquement pour reprendre les rênes de son existence. Plus encore, nous vivons à une époque où les discours qui militent pour plus de bienveillance envers soi et les autres sont légion. On cherche de plus en plus à déstigmatiser les maladies mentales. Est-ce pour cela que, pris de culpabilité, nous nous intéressons à ces vedettes qui ont vu leur image ternie alors qu’elles traversaient une période difficile? Pour racheter notre lâcheté? Ou alors en parlons-nous parce que nous nous identifions à ce qu’elles ont vécu? Toujours est-il qu’aujourd’hui, de la chanteuse Billie Eilish à Claudie Mercier d’Occupation Double, de nombreux personnages publics parlent de leur maladie mentale, désamorçant ainsi les tentatives de les tourner en ridicule.

C’est Marie Darsigny – une amie auteure qui réfléchit beaucoup à la souffrance des femmes dans ses écrits, notamment dans Trente, récit dans lequel elle fait résonner les mots de Nelly Arcan, d’Angelina Jolie, de Sylvia Plath, des étoiles parfois survivantes et parfois sacrifiées de la vie médiatique – qui m’a parlé d’un article de Cat Marnell, publié sur la plateforme xoJane, qui avait fait grand bruit en 2012. Marnell, femme mondaine new-yorkaise et écrivaine controversée, y relate sa réaction au décès de Whitney Houston. Répondant aux gens qui la critiquent d’évoquer sa consommation de drogue dans ses articles, elle rétorque (et je traduis): «Vous me dites que je partage trop de choses sur moi. J’appelle cela l’instinct de survie. Parce que, regardez comme c’est facile, même quand vous êtes Whitney Houston, bordel, de vous taire, de prétendre que vous êtes une bonne fille et de ne jamais avouer que vous consommez. De glisser silencieusement sous l’eau. De disparaître.»

Photo : Getty Images

Parler de Whitney, dans cette optique, mais aussi de Nelly Arcan, d’Anna Nicole Smith, de Virginia Woolf, et de tellement, tellement d’autres, est peut-être une façon de prendre soin d’elles, au moins a posteriori. Cette parole nous incite aussi à lever le voile sur des tabous sociétaux, comme la drogue et la maladie mentale. Parler de ces femmes, c’est les écouter enfin, ne pas les laisser tomber et, peut-être, faire en sorte que celles qui souffrent des mêmes maux se sentent aujourd’hui juste un peu moins seules.

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