Alors on danse (en patins) : le retour marquant du roller dance | Clin d'œil
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Alors on danse (en patins) : le retour marquant du roller dance

C’était en juillet dernier. Je tombe par hasard sur une courte vidéo de la berlinoise Oumi Janta, une pro du patin à roulettes.

En la voyant danser et glisser en musique, au soleil, c’est une évidence: je veux absolument apprendre à faire ça! Je n’étais pas la seule. Gros plan sur un raz-de-marée à roulettes. 

Depuis l’été 2020, difficile d’aller sur Instagram ou TikTok sans voir passer des vidéos de jeunes femmes roulant avec grâce dans les rues de Los Angeles. Ça fait rêver. Mais ça n’a rien de nouveau. Si l’esthétique de ces capsules et l’insouciance qui s’en dégage ont énormément contribué à (res)susciter un engouement général pour le roller dance, cette activité existe tout de même depuis les années 70. Elle est née aux États-Unis, avant de se propager un peu partout dans le monde.

On pourrait remonter plus loin dans le temps, avec l’invention du patin, au 19e siècle, et la volonté initiale d’imiter les patineurs artistiques, mais concentrons-nous sur l’explosion de la danse en patins à roulettes, étroitement liée à l’apogée de la musique disco et aux pistes d’aréna aussi lisses qu’une boule de billard. Le roller dance fait partie intégrante de la culture noire américaine. Malgré cela, la ségrégation a maintenu la communauté noire en dehors des patinoires intérieures ou roller discos. Les rues de Venice Beach se sont alors transformées en berceau de la discipline telle qu’on peut l’apprendre aujourd’hui, dans les innombrables tutoriels offerts sur YouTube.

Une activité très «pandémique»

Pourquoi ce retour en force après une nette retombée de sa popularité dans les années 80? Avec la pandémie et le confinement, trouver une activité extérieure qui se pratique aussi bien en solo qu’à plusieurs – en respectant la distanciation sociale – est une aubaine. Par ailleurs, c’est un véritable exercice physique qui ne coûte rien, si ce n’est une paire de patins. De la musique, une surface plane, de la détermination, et hop! C’est, entre autres, ce qui a convaincu Rubina Bernabe de se lancer. Cette trentenaire native de Los Angeles – qui n’avait jamais enfilé une paire de patins avant juillet dernier – a décidé de documenter son apprentissage sur Instagram en créant @rollercoastinrubes. Elle compte désormais plus de 40 000 abonnés qui suivent ses progrès pas à pas. «2020 est l’année qui nous aura tous incités à trouver de nouvelles façons de divertir notre corps et notre esprit. Alors quand ma soeur, Kristine, a rapporté deux paires de patins d’un petit magasin local, on s’est dit que si d’autres filles parvenaient à patiner aussi bien en quelques mois, pourquoi pas nous?» C’est vrai que ça a l’air facile. Les mouvements fluides, les pirouettes qui s’enchaînent, le tout avec un perpétuel sourire aux lèvres qui donne envie de croire que tant qu’on roule, les soucis nous glissent dessus... «Le plus gros défi est de ne pas se comparer, ajoute-t-elle. 

On ne part pas toutes du même point. Notre corps et notre background sportif jouent évidemment un rôle dans la rapidité des progrès. Mais j’ai réalisé que se comparer aux autres – de façon générale – vole de la joie! J’y vais à mon rythme, je tombe parfois, mais je me relève et je ne lâche pas. C’est le plus important. Et c’est grisant de voir le chemin parcouru», ajoute-t-elle.

Une communauté cool et accueillante

La peur de tomber et de se faire mal est la plus commune de toutes et un frein particulièrement puissant, surtout lorsqu’on n’a plus l’inconscience et le corps malléable d’un enfant. Je frise les 40 ans, et je ne suis pas sportive. Pourtant, une semaine après avoir vu la fameuse vidéo d’Oumi Janta, j’achetais des patins. Précisons ici que j’ai eu de la chance de pouvoir m’en procurer une paire aussi vite. Au cours des semaines suivantes, les stocks étaient épuisés! Et pas qu’au Québec. Pourtant, seule sur mes jambes chancelantes et gênée de m’exercer à la vue de tous, mon enthousiasme est progressivement retombé. Jusqu’à ce bel après-midi où je traversais le parc La Fontaine, à Montréal. J’ai d’abord entendu la musique, un mélange réjouissant de disco et de funk. Puis je les ai vus: Max Toupin, le DJ, et les danseuses, Joanie et Danielle, ondulant sans effort sur les mélodies.

Les passants étaient hypnotisés, comme moi. Je n’ai pas osé leur parler ce jour-là. Mais chaque fin de semaine ensoleillée, le groupe était invariablement présent, et ses rangs grossissaient peu à peu d’autant de débutants que de danseurs émérites en quads (autre nom des patins à roulettes) ou de simples curieux. De 7 à 77 ans, tout le monde y était accueilli à bras ouverts, encouragé à bouger à son rythme et guidé dans l’apprentissage des pas de base. «Le groupe est une initiative de Danielle, qui nous a invités – Max et moi – à nous joindre à elle en 2019 afin de répéter régulièrement au parc, précise Joanie, 36 ans.

Mais l’été passé, ça a explosé! Nous avons donc redéfini notre mandat, qui est d’initier les gens au roller dance, sur une musique liée à son essence, tout en gardant une atmosphère intime et agréable pour tous.» Pour Val, 32 ans, ç’a été le coup de foudre: «Jour 1 dans ce groupe et j’étais accro! La musique et la vibe sont incroyables! C’est un workout intense, mais vraiment amusant; un mélange de rythme, d’équilibre et de persévérance qui me fait me sentir libre sur mes patins!» Danielle a 57 ans. Elle a découvert l’activité à la fin des années 90, à New York, et en a appris les rudiments là-bas. Aujourd’hui, elle les enseigne à son tour, dans la décontraction et la bonne humeur. Si vous passez par le parc dès ce printemps, allez admirer Robert, 55 ans, Chloé, 34 ans – ex-slalomeuse freestyle et joueuse de roller derby –, et tous les autres. Et si le coeur vous en dit, osez chausser des patins et entrez dans la danse! Ça fait beaucoup de bien. 

Pour s’équiper de la tête aux pieds, on recommande lowlifemtl.com.

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