Biotechnologie: la science au service de la beauté | Clin d'œil
/beauty/care

Biotechnologie: la science au service de la beauté

Créer des ingrédients en laboratoire sans exploiter les ressources limitées de la planète : voilà le crédo de la biotechnologie, un domaine à la fine pointe qui ne cesse d'innover dans l’univers des cosmétiques. 

En 2018, une entreprise suisse a réussi à créer le premier steak en laboratoire, à partir de cellules issues d’un échantillon de muscle de boeuf, sans qu’aucun animal ait été abattu dans le processus. Mais quel est le rapport entre un filet mignon et notre sérum hydratant? C’est le même processus qui s’invite de plus en plus dans nos crèmes et nos petits pots, sans qu’on soit forcément au courant. «La biotechnologie est un ensemble de méthodes et de techniques fondé sur la biologie. Elle utilise comme outils des organismes vivants – comme des cellules végétales ou bactériennes, ou encore des microalgues – ou des parties dérivées de ceux-ci (des enzymes) pour élaborer ou modifier des produits [cosmétiques]», explique Xavier Ormancey, directeur de la recherche et développement dermo cosmétique et Personal Care pour le groupe Pierre Fabre. «En d’autres termes, la biotechnologie est, d’une part, la maîtrise de la culture du vivant et, d’autre part, une technologie à grande échelle permettant de produire des molécules en quantité industrielle.» Nos cours de biologie nous semblent bien loin? Simplifions un peu: les scientifiques sont désormais capables d’extraire des cellules de racines, de bourgeons ou d’algues notamment, riches en vitamines et en minéraux, et de les répliquer en laboratoire grâce à divers procédés. Le but: cibler les composants actifs des végétaux qui ont un intérêt pour la peau et les synthétiser, voire décupler leurs effets sans utiliser les ressources de la nature. Et ça, c’est une bonne nouvelle pour notre routine beauté et pour le bien-être de la planète!

La biotechnologie

Produits «propres», «verts», naturels... Ces termes écolos, choisis avec soin par une équipe marketing, sont parfois vides de sens, la faute à un manque de régulation sur le marché. Car pour qu’un soin soit véritablement écoresponsable, encore faut-il que ses ingrédients naturels proviennent d’une source renouvelable, que les plantes dont ils sont extraits aient été cultivées de manière éthique et sans pesticides, et qu’elles aient été récoltées dans le respect de l’environnement, sans perturber ni détruire un écosystème. «De plus en plus de consommateurs vont se demander s’il est convenable de faire pousser des végétaux pour n’en utiliser qu’une infime partie comme ingrédient beauté, en se débarrassant du reste», évoque Jenni Middleton, directrice de la beauté à WGSN, une compagnie britannique spécialisée dans la prévision et l’analyse des tendances. Alors que les feuilles, les fruits ou les fleurs peuvent être récoltés sans mettre fin au cycle de vie de la plante, ce n’est pas le cas des racines, par exemple. La solution? La biotechnologie, évidemment! «C’est une option qui devrait devenir la norme, parce que plus douce pour l’environnement et plus écoresponsable», assure Jenni Middleton. Plus douce car, à l’inverse des cultures, elle permet de créer en laboratoire des ingrédients qui ne sont pas voraces en eau et en énergie, qui n’exploitent pas la terre, qui sont exempts de pesticides et qui n’ont pas besoin d’être transportés d’un bout à l’autre de la planète. «Ça permet aussi d’obtenir une constance de qualité de production [...], chose que les récoltes traditionnelles des plantes, soumises aux aléas des saisons et du climat, peinent à nous donner», renchérit Xavier Ormancey, du groupe Pierre Fabre.

L’entreprise française investit d’ailleurs beaucoup dans la biotechnologie. En laboratoire, elle fabrique notamment son célastrol, un ingrédient actif qui figure dans les produits Ducray, sa marque dermocosmétique. La raison? Dans la nature, le célastrol est présent en faible quantité au coeur des racines d’une plante sauvage d’Asie du Sud-Est, qui répond au doux nom de Tripterygium wilfordi (ou vigne du tonnerre divin, si l’on préfère). «Il faudrait couper et récolter l’équivalent de 10 terrains de tennis de plantes de 10 ans d’âge pour obtenir un kilo de célastrol... une méthode peu écologique et non durable!» déplore Xavier Ormancey. Pour résoudre ce problème de taille, le groupe Pierre Fabre a réussi à produire, après plus  d’une décennie de recherche, du célastrol in vitro – 100 fois plus efficace que l’original – à partir d’un simple bout de feuille de cette fameuse plante asiatique.

Stocksy

Les innovations beauté

Le groupe Pierre Fabre n’est pas un cas isolé. De nombreuses marques se tournent aussi vers la biotechnologie, alors que les consommateurs sont de plus en plus soucieux de préserver la nature et de plus en plus avertis quant au coût écologique des produits qu’ils achètent. L’un des ingrédients phares recréés en laboratoire? L’acide hyaluronique! Eh oui! cet actif chouchou, antiâge et ultrahydratant qu’on trouve naturellement dans la peau, a longtemps été obtenu à partir de la crête de coq avant d’être, aujourd’hui, fabriqué de façon industrielle (et l’on est ravi de l’apprendre!). C’est la même idée qui a poussé Biossance à produire son squalane – un ingrédient hydratant aux multiples bienfaits – en laboratoire à partir de sucre de canne, plutôt que de l’extraire de l’olive... ou de l’huile de foie de requin, une technique qui est encore aujourd’hui prisée par certaines marques et qui contribue à l’extinction massive de cette espèce marine! Le pire, c’est que, sur l’étiquette, l’ingrédient continue d’être classé comme «naturel», peu importe sa source et son impact environnemental!

L’entreprise islandaise Bioeffect a trouvé le moyen de répliquer des molécules naturellement présentes dans la peau – qu’on appelle EGF ou facteur de croissance épidermique – qui ont le super pouvoir de régénérer les cellules de l’épiderme et de stimuler notamment la production de collagène et d’élastine. Plutôt que de les extraire de cellules animales ou humaines (ce qui aurait évidemment posé des problèmes environnementaux, éthiques et légaux), Bioeffect a réussi à recréer ces fameuses molécules de manière durable, à partir de la céréale d’orge, et à les encapsuler dans son produit vedette, le sérum EGF. D’autres innovations? La biotechnologie a notamment permis d’obtenir une molécule de collagène plus petite et capable de pénétrer la barrière cutanée. Grâce à elle, on peut maintenant fabriquer de l’huile de rose en laboratoire sans avoir besoin d’utiliser de vrais pétales, alors que le procédé traditionnel en nécessite 200 millions – soit l’équivalent de trois à cinq tonnes de fleurs – pour produire un kilo d’huile essentielle!

Des marques ont choisi d’aller plus loin en créant en laboratoire de nouveaux ingrédients, obtenus en combinant différents éléments actifs ou molécules. Avec Brightenyl, la société Induchem a entre les mains un antioxydant puissant, activé par le microbiome cutané, qui protège notamment l’ADN des cellules contre les rayons UV (un peu comme un vaccin qui combattrait les ultraviolets). Quant à la marque de beauté française Phytomer, pionnière en biotechnologie marine, elle s’intéresse aux bienfaits de la mer et de sa flore, qu’elle encapsule dans ses produits pour la peau. Parmi ses ingrédients phares? Le XMF, un sucre provenant d’un micro-organisme planctonique, répliqué en laboratoire et capable de lisser les rides en une heure, mais aussi des produits aussi innovants que SEASTEM, une association de molécules aux pouvoirs régénérants, et OLIGOMER, un «concentré d’eau de mer partiellement désodé qui renferme l’intégralité des composés actifs de l’eau de mer» et qui fait le succès de la marque depuis sa découverte en 1972!

Stocksy

L’avenir de la biotechnologie

Peut-on fabriquer n’importe quoi en laboratoire et créer de nouveaux super ingrédients qui feraient le bonheur des marques de beauté et des consommateurs? «Le champ des possibles est extraordinaire, mais les technologies actuelles ne permettent pas encore d’exploiter tout le potentiel de ces ressources, assure Xavier Ormancey. Les différentes espèces (plantes, bactéries, algues...) n’ont pas toutes la même facilité à se multiplier [en] laboratoire et les méthodologies de mises en culture sont spécifiques à chacune d’entre elles.» Il faut en effet trouver les conditions de culture optimales pour chaque cellule, afin de réussir à la répliquer en quantité significative. Un processus plus facile à dire qu’à faire...!

«Dans un avenir proche, nous verrons une croissance de la biotechnologie blanche (issue de la levure, des bactéries et des moisissures), ainsi que de la biotechnologie bleue (provenant du milieu aquatique), qui séduira particulièrement les consommateurs, puisque les ingrédients marins aux bienfaits antiâges et hydratants ont une longue histoire avec l’industrie de la beauté», prédit Jenni Middleton. Pourrat-on un jour synthétiser la peau ou créer un actif capable de «vacciner» l’épiderme contre le vieillissement cutané? Toutes les pistes sont possibles mais, pour l’instant, les biotechnologies ont en tout cas le super pouvoir de limiter l’impact environnemental de nos produits de beauté, tout en offrant des formules naturelles et efficaces. C’est déjà pas mal, non?

Sur le même sujet

À lire aussi

Et encore plus