Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur... le baiser! | Clin d'œil
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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur... le baiser!

Un bisou, un bec, un baiser, s’embrasser, frencher, necker, rouler une pelle, etc. On ne manque pas de vocabulaire pour désigner cette marque d’affection et d’amour qui continue d’alimenter nos fantasmes, nos interrogations et nos craintes.

Petit tour d’horizon d’une pratique presque aussi vieille que l’humanité.

Histoire, biologie et chimie

Le baiser est vieux de plusieurs millénaires. Environ 1500 ans av. J.-C., un texte en sanskrit décrivait déjà une pratique similaire qui consistait à renifler la bouche d’un partenaire. Peu longtemps après, toujours dans ce qui est l’actuelle Inde, un autre texte parle d’amants qui «posent leur bouche l’une contre l’autre». C’est ce que rapporte notamment la chercheure en biologie et rédactrice scientifique Sheril Kirshenbaum dans son livre La science du baiser: ce que nos lèvres nous révèlent, publié en 2011. Mais pourquoi s’embrasse-t-on? 

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Si les scientifiques n’arrivent toujours pas à expliquer clairement les raisons de l’origine de cette pratique et de sa pérennité, les hypothèses sont nombreuses: moyen de communication,symbole de révérence, manière de vérifier le potentiel de compatibilité sexuelle dans un but de procréation, etc. L’humain n’est d’ailleurs pas le seul à embrasser. Les grands singes, par exemple les bonobos, semblent également utiliser le baiser pour montrer leur affection. Des animaux domestiques, comme les chats et les chiens, ont également tendance à frotter leur museau sur celui d’un autre animal de leur espèce, ce qui peut s’apparenter à certaines de nos habitudes humaines. 

Très fortement connoté émotionnellement, l’acte d’embrasser pourrait également améliorer notre système immunitaire en augmentant la diversité des bactéries présentes dans notre bouche. Un seul baiser permettrait effectivement le partage de 80 millions de bactéries entre les partenaires! Autre avantage non négligeable: le baiser accroîtrait le taux d’ocytocine et la libération de dopamine tout en diminuant le taux de cortisol dans le sang. En résumé, embrasser réduirait le stress tout en provoquant une légère euphorie. Voilà des arguments assez convaincants pour s’en donner à coeur joie et s’embrasser à bouche que veux-tu!

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Si le baiser comme pratique culturelle demeure partiellement un mystère, on ne peut nier son omniprésence dans nos sociétés occidentales.

Dans l’imaginaire collectif

Nombre de films se concluent sur un baiser, qui scelle à la fois l’intrigue et permet aux spectateurs d’imaginer un avenir radieux pour les protagonistes. L’équivalent cinématographique du «Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants» des contes de fées. Ce n’est pas un hasard si seul un baiser d’amour pur permet de rompre le mauvais sort et de réveiller Aurore dans les versions contemporaines de La Belle au bois dormant. Pas surprenant, dans les circonstances, qu’on y accorde une importance capitale dans notre vie de tous les jours et dans notre quête du partenaire idéal, comme si un simple baiser pouvait nous révéler l’issue de la relation, confirmer qu’on a ENFIN trouvé le grand amour.

Il y a quelques semaines, après avoir justement regardé une comédie romantique se terminant sur le fameux baiser espéré depuis la rencontre des deux personnages sympathiques et maladroits (un autre cliché!), ma fille préadolescente m’a confié que ses amies et elle discutaient régulièrement du premier baiser parfait. Pour l’une, il aurait lieu pendant des feux d’artifice par une belle soirée d’été, pour une autre, sous la pluie d’octobre, au coucher du soleil. J’ai souri. Je me souviens très bien avoir eu ce genre de fantasme au même âge. Pour cette raison, je n’ai pas pété sa balloune et je ne lui ai pas révélé que mon premier vrai baiser s’était déroulé sous les néons de la station de métro Berri-UQAM, à l’heure de pointe, avec un gars qui venait de manger un sandwich aux sardines. Pouet, pouet, pouet... 

«C’est un sujet qui revient chez les jeunes et moins jeunes, et il y a souvent une peur de “mal embrasser”. Le bon baiser de l’un est le cauchemar de l’autre. Le meilleur conseil pour tout le monde, c’est de respirer, d’être à l’écoute et de se laisser aller. Il est toujours possible de s’améliorer par après», m’écrit Geneviève Labelle, sexologue et psychothérapeute. Même son de cloche chez Lory Zephyr, doctorante en psychologie: «Il est normal de rêver du baiser parfait, mais il faut se rappeler que c’est avant tout un geste qui signale notre intérêt et notre affection. Ainsi, on se dégage de la performance pour prioriser l’aspect relationnel.»

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Lorsqu’on cesse de s’embrasser

Un rapide sondage de mon entourage confirme ce que je pressentais: lorsque le couple bat de l’aile, les amoureux ont tendance à abandonner, ou du moins à limiter, les rapprochements physiques, y compris les baisers. C’est d’ailleurs un signal d’alarme pour plusieurs, comme le confirme ma collègue Marie-Hélène: «On n’avait pas réellement de conflits, mais on s’éloignait lentement, mais sûrement, depuis un moment. C’est en écoutant une amie me parler du bonheur de frencher avec sa nouvelle flamme que j’ai calculé rapidement que ça faisait des mois que mon chum et moi ne nous étions pas embrassés. Je suis rentrée à la maison pas mal déprimée, mais surtout convaincue qu’il fallait agir avant qu’il ne soit trop tard.» Marie-Hélène et son conjoint en ont discuté et ont décidé de consulter un thérapeute.

«Un couple qui ne s’embrasse plus n’est pas nécessairement en déclin. Ça dépend de la signification et de la fonction qu’a le baiser pour ce couple. Ça peut cependant effectivement être un signe que l’intimité est moins présente. Lorsque ça arrive, c’est une bonne idée d’en parler pour comprendre ce qui se passe», nuance Geneviève Labelle. Lory Zephyr renchérit: «Pour pouvoir se réapproprier le baiser, on pourrait croire qu’il suffit d’y revenir petit à petit. Ça peut certes aider certains couples, mais il est selon moi nécessaire de se demander d’où vient le blocage: manque d’amour? Fatigue? Un des deux n’a jamais vraiment aimé embrasser, mais voulait faire plaisir à l’autre? Bref, l’important n’est pas la fréquence, mais bien de trouver un équilibre entre les besoins et les désirs des partenaires.»

Bref, on comprend qu’il est plus pertinent de chercher les causes du changement que de s’attaquer simplement aux symptômes, et qu’on peut très bien être heureux en couple sans passer ses journées à s’embrasser. «Je frenchais par habitude, pour faire plaisir, mais je ne trippais pas tant que ça. Un jour, j’en ai eu assez et je l’ai dit à ma conjointe. Tu sais quoi? Elle non plus ne trippait pas, elle le faisait parce qu’elle pensait que c’était important pour moi!» éclate de rire mon amie Ève, dont la vie de couple se porte toujours bien, quatre ans après ce qu’elle appelle désormais, à la blague, son plus gros coming out.

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Et en famille?

Nous avons été nombreux à assister en direct au baiser sur la bouche échangé entre François Legault et sa soeur, une certaine soirée électorale de 2018. Plus récemment, Joe Biden a également embrassé sa petite-fille lors d’un rassemblement politique en Iowa. Dans les deux cas, les réseaux sociaux se sont enflammés: «Dégoûtant!», «Complètement inapproprié!», «De la perversion!» J’ai moi-même embrassé mes parents sur la bouche jusqu’à l’âge de sept ou huit ans, j’ai également embrassé ma fille de cette façon pendant sa petite enfance, et j’ai été estomaquée devant les statuts et les tweets qui qualifiaient le geste d’indécent. Avais-je erré en tant que parent? Embrasser sur la bouche des membres de sa famille, et plus particulièrement ses enfants, est-ce vraiment problématique?

«Les lèvres sont une zone érogène, et c’est pourquoi plusieurs vont associer ce geste à de l’inceste. Pourtant, ce n’est pas vu comme un acte sexuel par ceux qui le font. Tout dépend de la société dans laquelle nous vivons, car celle-ci influence nos perceptions. En ce moment, au Québec, le baiser sur la bouche est majoritairement réservé aux amoureux, alors embrasser son enfant semble transgresser les normes socialement acceptées, mais ça ne veut pas dire que c’est une pratique nocive», rappelle Lory Zephyr. Geneviève Labelle opine: «Culturellement, pendant longtemps les membres d’une même famille se sont embrassés, et je n’y vois aucun problème.» Fiou!

Les deux professionnelles s’entendent pour dire qu’il est primordial que tout le monde se sente à l’aise. Il faut rester à l’écoute des messages verbaux et non verbaux des enfants. À la puberté, plusieurs enfants pourraient effectivement ne plus désirer ce geste affectueux autrefois apprécié. Inversement, le malaise pourrait venir du parent. «Dans ce cas, on peut prioriser les câlins et les becs sur la joue. Les marques d’affection sont toujours présentes, elles sont simplement exprimées différemment. Ni l’enfant ni le parent n’y verra alors de rejet», conseille Lory Zephyr.

L’intimité en pandémie

La COVID-19 a grandement modifié nos habitudes et nos comportements sociaux, incluant nos relations intimes. En septembre dernier, la Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, transmettait ses recommandations aux citoyens. Parmi celles-ci: «Évitez de vous donner des baisers et faites en sorte que vos visages ne se touchent pas ou ne soient pas près l’un de l’autre.» La spécialiste en maladies infectieuses conseillait même le port du masque pendant les relations sexuelles. Nous étions nombreux à ne jamais avoir envisagé le couvre-visage comme accessoire érotique de base...

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Comment remplacer le baiser? Quels autres contacts devrait-on privilégier pour montrer notre affection et notre désir d’intimité?«La pandémie est cruelle pour les besoins humains. Je ne crois pas que le baiser se remplace, mais prendre le temps de développer une relation sans contact peut être très, très intime», selon Geneviève Labelle. Les célibataires pourraient ainsi profiter de cette période de distance pour s’investir dans la relation d’un point de vue émotionnel plutôt que physique. «Prendre le temps de parler un long moment à quelqu’un qu’on vient de rencontrer, se regarder dans les yeux, etc., cela permet de développer une intimité relationnelle, en attendant la levée des mesures sanitaires», conclut Lory Zephyr.

Symbole de l’amour et de l’affection, expérience d’un langage quasi universel, le baiser sur la bouche fait partie de nos habitudes relationnelles, et il ne nous laisse pas indifférent, peu importe notre âge, qu’on l’espère, qu’on l’encense ou qu’on le refuse. Un sujet qui n’a pas fini de faire couler de l’encre... et de la salive (scusez-la!).

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