Orgasme au féminin : on discute avec des experts pour se réapproprier notre sexualité | Clin d'œil
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Orgasme au féminin : on discute avec des experts pour se réapproprier notre sexualité

La masturbation nous fait nous sentir bien... et, selon les scientifiques, elle nous fait paraître bien aussi! Les bienfaits beauté de l’orgasme sont prouvés, mais le mode d’emploi du plaisir au féminin ne se trouve dans aucun manuel, et l’ascension au sommet est semée d’embûches. On discute avec des experts dans le but de se réapproprier notre sexualité

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Boire deux litres d’eau par jour, manger des aliments riches en nutriments essentiels, faire de l’exercice d’intensité modérée au moins trois fois par semaine, dormir huit heures par nuit, porter un écran solaire, méditer avec son appli... On se donne un mal fou pour être bien dans sa tête et dans son corps. Or un facteur fort plaisant et relativement économique est souvent omis de la prescription typique de self care : avoir des orgasmes.

Des études scientifiques rigoureuses en ont répertorié les avantages, nombreux et variés. Dans le cocktail d’hormones sécrétées par le corps au septième ciel, on compte les oestrogènes, qui gardent la peau épaisse et hydratée. En outre, elle active la production de collagène pour conserver souplesse et fermeté. On bénéficie aussi d’une meilleure circulation sanguine au visage, qui procure le fameux éclat bonne mine, mais aussi au cuir chevelu, qui rehausse la brillance et la résistance des cheveux. Ensuite, il y a la sérotonine, la dopamine et la DHEA, des neurotransmetteurs essentiels au bonheur. Puis, l’ocytocine contribue à éliminer le cortisol, la principale hormone du stress, pour non seulement atténuer l’anxiété, mais aussi réduire le risque d’éruptions cutanées. Finalement, la prolactine favorise un sommeil réparateur.

Tout cela est très excitant (sans vouloir faire de jeu de mots). Sauf qu’atteindre l’orgasme est plus facile à dire qu’à faire. «Pendant des années, la religion nous a appris que le sexe sert uniquement à la procréation et qu’utiliser notre corps pour le plaisir, y compris la masturbation, c’est mal, dit Polly Rodriguez, PDG et cofondatrice d’Unbound, une marque de bien-être sexuel. Ce qui a contribué à propager l’idée, évidemment fausse, que les femmes ne sont pas sexuelles par nature.» Le plaisir féminin est non seulement «dépriorisé», il est également faussement représenté dans les médias. «Les tabous véhiculés par les générations précédentes sur le plaisir féminin sont encore bien présents, affirme Claire Kim, responsable de programme pour la plateforme éducative OMGyes. Plus de 40 % des personnes qui se considèrent comme femmes en Amérique pensent qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez elles, parce qu’elles ne ressentent pas de plaisir ou d’orgasmes comme les femmes dépeintes dans les médias.»

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Si l’on en croyait notre écran, toute personne possédant des organes génitaux féminins aurait des orgasmes cosmiques en quelques coups de pompe, sans préliminaires. On ne parle pas ici de réalité déformée, mais de pure fiction, selon Claire Kim: «Seulement 17 % des femmes peuvent atteindre l’orgasme uniquement par pénétration, alors que 75 % d’entre elles ont besoin d’une stimulation clitoridienne en même temps.» Et comme on peut l’imaginer, ce n’est pas plus reluisant pour les femmes trans, qui n’ont même pas le luxe d’être mal représentées, faute de représentation tout court. Sans surprise, une étude récente rapporte que 29 % d’entre elles éprouvent des difficultés à atteindre un orgasme. «Les conséquences de cette désinformation sont significatives, affirme Claire Kim. On croit qu’on devrait déjà tout savoir sur ce qu’on aime et ce qui “fonctionne”, alors qu’il y a toujours plus à découvrir et que le sexe devient meilleur avec l’expérimentation.» Ce qui est ironique, considérant les efforts qu’on met à peaufiner une recette de boeuf bourguignon ou à développer de nouveaux talents professionnels. «On a aussi l’impression que le “bon” sexe survient magiquement, sans guider son partenaire ou lui montrer ce qu’on aime, poursuit l’experte. À moins de maîtriser la télépathie, le sexe est beaucoup plus agréable et satisfaisant lorsqu’il est collaboratif.»

La bonne nouvelle, c’est que le vent est en train de tourner. Tout comme on affiche désormais fièrement nos aisselles velues, nos vergetures et nos cheveux naturels, on semble prêtes à achever la révolution sexuelle commencée par nos prédécesseures. «Les gens sont de plus en plus ouverts au sujet de ce qui leur plaît ou pas, indique Claire Kim. Pour accélérer ce passage au réalisme sexuel, il faut encourager les conversation franches et ouvertes. On y arrivera en rendant accessibles des renseignements exacts, pratiques et reproductibles pour produire du plaisir.» Parmi ces informations cruciales à faire circuler, il y a la définition de «bon» sexe. Dans son livre intitulé Why Good Sex Matters, la sexologue et neuroscientifique Nan Wise, qui étudie le plaisir et le cerveau féminins, le décrit ainsi: «Avoir du “bon” sexe, c’est profiter de l’expérience; il s’agit d’une connexion harmonieuse avec soi-même en tant qu’être sexuel. Il n’y a ni formule ni règle.»

L’épanouissement sexuel n’est pas conditionnel à la pénétration, à la stimulation clitoridienne, à l’obtention d’un orgasme, à la présence de partenaire(s) ou à l’identité de genre; l’essentiel est d’être satisfaite de l’expérience. «Au-delà des bienfaits des orgasmes pour la santé, prendre en charge notre propre plaisir sexuel est une forme d’amour de soi, dit Polly Rodriguez. Je pense que la masturbation est l’une des façons les plus valables d’affirmer qu’on est digne d’éprouver du plaisir.»

On prend les choses en main (littéralement)

C’est bien connu; on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Si certaines ont découvert leur sexualité de façon plus intuitive, il n’est jamais trop tard pour faire les premiers pas. Les jouets conçus spécialement pour le plaisir féminin sont de merveilleux outils pour apprivoiser ou explorer davantage sa sexualité, mais ils font eux aussi l’objet de mythes persistants. 

«L’un des plus courants est que les jouets sexuels créent une dépendance, en grande partie à cause de la représentation du vibromasseur lapin dans la série Sex and the City, affirme Polly Rodriguez. Alors qu'un des épisodes utilisait l’humour pour montrer les vertus incroyables des vibrateurs, beaucoup de femmes cis et trans craignaient de ne plus ressentir de plaisir autrement si elles commençaient à en utiliser un. Chez Unbound, on compare les jouets sexuels aux garnitures de crème glacée; ce n’est pas parce qu’on met des pépites de chocolat sur son sundae de temps en temps qu’on n’apprécie plus la crème glacée à la vanille.»

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Les boutiques inclusives regorgent d’informations pour nous aider à trouver chaussure à notre pied, et il ne faut jamais hésiter à les contacter directement, assure Polly Rodriguez. L’experte nous explique les critères de base à considérer lors de notre séance de magasinage: «On choisit des matériaux sans danger pour le corps, comme le silicone de qualité médicale et l’acier inoxydable de qualité chirurgicale, et on évite les matières poreuses qui risquent de se dégrader avec le temps. On choisit un design qui nous met à l’aise. Non seulement les jouets d’aujourd’hui sont ergonomiques, mais ils se déclinent en une variété de looks [tous les godemichets ne ressemblent pas à des pénis de stars pornos]. Même chose pour la taille. Il n’y a rien de mal à commencer petit! Les vibromasseurs (comme l’iconique Magic Wand d’Hitachi) sont géniaux, mais les bullets et autres formats mini sont tout aussi efficaces. Enfin, on doit respecter son budget; un vibrateur de plus de 100 $ ne garantit pas un meilleur orgasme.»

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