Comment les films des années 90 ont entretenu notre attirance pour les losers | Clin d'œil
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Comment les films des années 90 ont entretenu notre attirance pour les losers

Dans Stranger Things, Winona Ryder, qui joue Joyce, a un faible pour Jim Hopper, un policier bougon, agressif et bedonnant qui manque d’intelligence émotionnelle. En la voyant, je me suis mise à réfléchir à l’éternel double standard qui pèse sur les actrices.  

  

  

J’en suis venue à me demander si Winona Ryder n’était pas fatiguée elle aussi de jouer ces rôles de filles parfaites qui finissent avec des gars ordinaires, désagréables et/ou toxiques.          

Afin de vérifier cette hypothèse, je me suis (re)tapé les quatre comédies romantiques des années 90 que j’ai le plus regardées.         

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1. Réalité mordante  

Version française de Reality Bites, 1994
Avec Winona Ryder, Ethan Hawke et Ben Stiller         

  

  

C’est l’histoire de Lelaina (Ryder), une jeune vidéaste fraichement diplômée de l’université, qui cherche à percer dans le monde de la télévision. Son meilleur ami Troy (Hawke) squatte son appartement et ils entretiennent une tension sexuelle qui les pousse à se picosser constamment.          

Ils sont attirés l’un par l’autre, mais s’enfoncent dans le déni de leur attirance mutuelle par peur de gâcher leur amitié. Tous deux ont des vies et des ambitions diamétralement opposées: Troy est un musicien cynique qui se croit au-dessus de tout le monde, un slacker qui cumule les petits boulots et les aventures d’un soir, tandis que Lelaina, elle, bûche très fort pour accomplir ses rêves.         

Troy se montre jaloux quand elle se met à fréquenter Michael (Stiller), un jeune producteur accompli qui lui propose de diffuser son film sur une chaîne de type MTV. Lelaina lui en est très reconnaissante, mais le soir de la première, elle constate que son film a été dénaturé par les monteurs et elle se sent trahie par Michael. De retour à la maison, elle se fait consoler par son meilleur ami, qui lui exprime ses vrais sentiments.          

Puis, ils couchent ensemble et on se dit: «Enfin!» Mais Troy, en bon fuckboï, disparait le lendemain matin, puis évite Lelaina les jours suivants. Lorsqu’elle finit par le confronter, il lui sort des excuses de gars brisé qui ne croit plus en rien parce que ses parents ont divorcé. Il la prévient qu’il n’est pas fiable et qu’il va sûrement lui faire du mal.         

Puis, il disparait pendant plusieurs jours sans donner de nouvelles, cette fois pour être au chevet de son père mourant. Et elle l’attend en s’inquiétant pour lui. À son retour, il lui pleure dans les bras, bouleversé par le décès de son papa, et repentant. Il répète à Lelaina qu’il est amoureux d’elle.         

Et même s’il est incapable de faire son lavage ni de garder un emploi ET QU’IL L’A PRÉVENUE QU’IL ALLAIT LA BLESSER, elle le reprend parce que... il est sensible et extrêmement attirant malgré ses cheveux gras et sa peur destructrice de l’engagement.         

  

  

Avec le recul, je constate que c’est probablement ce film maudit qui m’a fait croire pendant si longtemps que mon ex, un artiste slacker, aurait pu changer et garder un emploi par amour pour moi.       

Si Lelaina avait choisi Michael ou le célibat, aurais-je compris plus tôt que les dudes sans ambition n’en acquièrent pas sous l’effet magique de l’amour? Qui sait?         

2. Les collégiennes de Beverly Hills   

Version française de Clueless, 1995
Avec Alicia Silverstone, Stacey Dash et Paul Rudd         

  

  

C’est une histoire librement inspirée du roman Emma de Jane Austen. Cher (Silverstone), le personnage principal, est une jolie blonde, riche et super¬ficielle, qui ne pense qu’à magasiner et à maintenir sa cote de popularité. Elle manipule ses professeurs et joue la matchmaker avec la petite nouvelle, la très grunge et perdue Tai Frasier, incarnée par Brittany Murphy.          

La meilleure amie de Cher, Dionne (Dash), sort avec Murray, un des garçons les plus populaires de l’école et ils sont toujours en train de se chicaner. Cher, elle, abhorre ses camarades de classe masculins, qu’elle compare à des chiens nerveux et crottés.          

Jusqu’au jour où arrive un nouvel élève: Christian. C’est un adonis d’une élégance absolue qui lui donne de l’attention. Elle en devient folle, mais oups, elle découvre qu’il est gai. Il semble que tous les personnages masculins qui sont cultivés et qui s’habillent bien sont systématiquement gais dans les comédies romantiques de l’époque. *SOUPIRS*         

Christian devient son ami, mais Cher tombe finalement amoureuse de Josh (Rudd), son propre demi-frère, qu’elle décrit au début du film comme un «loser brun» parce qu’il s’habille mal, se soucie de l’environnement et s’intéresse à ce qui se passe dans le monde.          

Elle le trouve bizarre, mais pense être la candidate idéale «pour prendre soin de lui» et rire de ses blagues «pas drôles». Et même s’ils n’ont absolument rien en commun, Josh finit par quitter sa petite amie, une intellectuelle de son âge au physique ordinaire, pour sortir avec sa propre demi-sœur parce que... elle est «jeune, populaire et magnifique».         

  

  

Aujourd’hui, je trouve ce film très creepy, et je soupçonne que c’est probablement à force de le voir en boucle pendant ma puberté que j’ai développé de manière précoce un penchant pour les gars bizarres qui ont besoin d’être maternés.         

3. Ce soir, tout est permis   

Version française de Can’t Hardly Wait, 1998
Avec Jennifer Love Hewitt, Ethan Embry, Lauren Ambrose, Seth Green et Peter Facinelli        

  

  

C’est l’histoire de deux amis, Preston (Embry) et Denise (Ambrose), qui assistent à un party de graduation qui dégénère. Preston est follement amoureux d’Amanda (Love Hewitt), la fille la plus populaire de l’école. Celle-ci vient de se faire laisser par son petit ami Mike (Facinelli), une brute qui intimide tout le monde.          

Preston veut conquérir le cœur d’Amanda, même s’il ne lui a jamais parlé de sa vie, parce qu’elle est BELLE et qu’elle aime les Pop-Tarts, comme lui. Il passe donc la soirée à lui tourner autour sans pouvoir l’aborder parce qu’elle se fait cruiser et harceler par TOUS les gars du party, y compris son petit cousin.         

Pendant ce temps, Denise, l’amie rousse un peu joufflue de Preston, renoue avec son copain d’enfance Kenny (Green), devenu trop cool pour elle au secondaire. C’est un petit blanc, riche, chétif et superficiel qui parle et s’habille comme un rappeur et qui veut à tout prix perdre sa virginité.          

Denise se retrouve malencontreusement enfermée avec lui dans une salle de bain, où ils finissent par se rappeler de bons souvenirs, régler leurs comptes et avoir une relation sexuelle très brève. On le devine parce qu’on les voit s’embrasser tout juste avant que le plan coupe, puis on les retrouve ensuite en train de fixer le plafond dans un moment de grand malaise.         

Denise, qui a de l’expérience, fait savoir à Kenny que la relation sexuelle aurait pu durer plus longtemps et cette remarque le vexe. Il lui rétorque qu’elle n’a «pas de saveur», que ce n’est pas de sa faute à lui si elle n’est pas bonne. Elle se fâche, mais il s’excuse et hop, ils forment un couple dès le lendemain matin!         

  

  

De façon générale, ce film rempli de blagues sexistes et homophobes encourage les filles à sortir avec les premiers gars qui leur manifestent de l’intérêt, même s’ils sont extrêmement ordinaires, trouillards, superficiels, stupides et/ou vides à l’intérieur.         

Aussi, je pense qu’il a potentiellement renforcé ma croyance que les gars ne pensent qu’à baiser et que tout ce qui compte à leurs yeux, c’est l’apparence physique.         

4. Ménage à trois  

Version française de Threesome, 1994
Avec Lara Flynn Boyle, Josh Charles et Stephen Baldwin         

  

  

Deux étudiants dans la vingtaine, Eddy (Charles) et Stuart (Baldwin), partagent un appartement sur un campus universitaire.          

Stuart n’a aucun tact et ne pense qu’à baiser – OUI, ENCORE, SURPRISE! C’est un sportif très musclé et plutôt vulgaire, mais sympathique, qui croit que «le sexe, c’est comme de la pizza, et que même si c’est mauvais, c’est quand même bon». Eddy, lui, ne s’intéresse pas au sexe et passe son temps à lire. À force de se côtoyer, ils se lient d’amitié malgré leurs différences.         

Puis, arrive Alex (Flynn Boyle), une étudiante en art dramatique qui emménage avec eux par erreur: c’est ainsi que commence leur ménage à trois. Stuart est obsédé par Alex au point de lui voler ses petites culottes sales pour les renifler. Il mange aussi son yogourt sans sa permission et quand elle se fâche, ça l’excite.          

Mais Alex ne veut rien savoir de lui, car c’est plutôt Eddy qui l’intéresse. Elle en pince pour son vocabulaire étoffé et sa grande culture générale, mais Eddy est «ambivalent sexuellement» envers les femmes et c’est en fait Stuart qu’il désire. L’histoire repose donc sur la tension sexuelle qui grandit au sein de ce triangle amoureux.         

Des quatre films que j’ai revus, celui-ci est mon préféré. D’abord parce qu’Alex n’est pas dépeinte en tant que simple objet sexuel, mais aussi et surtout en tant que sujet.        

Elle assume son désir envers Eddy et n’a pas peur de le manifester, ce qui donne lieu à l’une des scènes les plus chaudes du film: celle de la bibliothèque, où Alex le rejoint alors qu’il étudie. Elle monte sur la table devant lui et se tortille tout habillée, lui demandant de lui faire la lecture et de répéter des mots compliqués parce que ça l’émoustille. Elle lui dit: «Je trouve les bibliothèques vraiment excitantes. L’odeur des vieux livres, le silence, les longues allées, se perdre dans les rayons...» Puis, elle jouit, là, dans un endroit public.         

Plus tard dans le film, on la voit aussi se faire donner un cunnilingus par Stuart, qu’elle chasse de sa chambre après avoir atteint l’orgasme. Cette scène vaut son pesant d’or considérant que la grande majorité des ¬films pop de l’époque mettent presque exclusivement de l’avant le désir et les orgasmes masculins. En contraste, la majorité des scènes excitantes de Threesome sont plutôt égalitaires.         

Le film n’a pas de happy ending; les trois amis se séparent à la fin. Et bien qu’Alex soit attirée sexuellement par Stuart, elle préfère rester célibataire plutôt que de se mettre en couple avec lui. Alex est un personnage féminin fort qui sait ce qu’elle veut et qui a besoin d’être à la fois stimulée intellectuellement et attirée sexuellement par un homme pour en être amoureuse. She won’t settle for less, comme on dit.          

  

  

Et j’aurais voulu en voir plus, durant mon adolescence, des personnages comme elle et des histoires d’amour et d’amitié remplies de tendresse qui exposent la magie du désir dans toute sa complexité.    

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