Catherine St-Laurent sur son rôle dans «District 31» et comment elle apprivoise sa vie dans l’œil du public | Clin d'œil
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Catherine St-Laurent sur son rôle dans «District 31» et comment elle apprivoise sa vie dans l’œil du public

Pas loin d’un quart du Québec la suit quotidiennement dans District 31. Pourtant son nom ne coule pas de source. Pas encore. Extraits d’un tête-à-tête avec une fille qui sait ce qu’elle veut.

Royal Gilbert

J’ai une petite boule au ventre en arrivant en avance à mon rendez-vous avec Catherine St-Laurent. Le café qu’elle a choisi est caché dans une forêt d’immeubles du centre-ville. Un bunker futuriste abrité par un tapis de plantes, un jour ensoleillé de septembre, froid pour la première fois. Qui est cette blonde polaire mieux connue sous le nom de Noélie St-Hilaire? Celle avec laquelle renouent chaque soir plus d’un million et demi de téléspectateurs dans la série policière District 31, diffusée sur ICI Radio-Canada Télé? Alors que la troisième saison a démarré en force, je me demande par où je vais commencer. 

On en trouve peu sur Catherine. Je ne sais presque rien d’elle. Mais la voilà qui arrive. Avec son chignon tiré haut sur la tête, son pull Calvin Klein violet et des baskets aux pieds, elle a la grâce d’une ballerine en streetwear! Elle me salue de loin et m’avoue qu’elle ne connaissait pas l’endroit. On se dirige ensemble vers le comptoir où le serveur, assis sur un tabouret, s’empresse d’aller lui chercher une bouteille de jus. Puis se rassoit... Apparemment, ma commande attendra! Mais ce détail en dit long: dans une pièce, on ne voit qu’elle.

Les débuts

Née et élevée à Québec, Catherine, 29 ans, me raconte ses premiers pas – en chaussons – dans le milieu artistique. « J’ai toujours dansé, en commençant par le ballet. Puis, j’ai fait de la compétition d’irish dancing. Mon école offrait un programme d’études collégiales en danse. Je me suis demandé si j’avais envie de faire ça chaque jour, huit heures par jour... mais j’ai adoré. C’est ce qui m’a amenée à déménager à Montréal pour intégrer l’École de danse contemporaine, où je suis restée quatre ans. » C’est au cours de ces années, en rencontrant des étudiants de l’école de théâtre, que l’idée de bifurquer vers cette voie fait son chemin. « J’avais fait un peu de théâtre au secondaire et tourné dans une pub à 13 ans. Ma première job était dans un club Vidéotron, parce que ça me permettait de voir des films gratuitement! Être comédienne, c’était un rêve lointain... Échanger avec des artistes dont c’était le métier l’a rendu concret. Je me suis dit: OK, ça se peut! » Et comme cela arrive parfois, le destin s’en mêle. Avant d’intégrer le Conservatoire d’art dramatique, Catherine se rend au casting du long métrage Tu dors Nicole – réalisé en 2013 par Stéphane Lafleur – qui sollicite des non-comédiennes. Elle est choisie et tout s’enchaîne. Le succès du film est tel qu’il la propulse au Festival de Cannes, puis au TIFF, en 2014. Des moments décisifs dans une carrière d’actrice, que la jeune étudiante vit en bloc et de façon surréaliste, en parallèle avec sa formation au Conservatoire: « Tout s’est un peu fait dans le désordre! Le tournage, les festivals, vivre tout ça pour la première fois... Je me suis dit: c’est sans aucun doute ce que je veux faire de ma vie. Quelque chose en moi s’est scellé. Mon chemin n’est pas traditionnel, mais je pense qu’il m’a aidée à trouver du travail en sortant de l’école. » Effectivement, depuis son diplôme, en 2016, Catherine a enchaîné les contrats, des films Bon Cop Bad Cop 2, La Faille ou Twentieth Century – récemment primé à Toronto – à des séries comme Blue Moon, Cheval-serpent, Jérémie puis District 31, qui l’a révélée au grand public.

Le marathon de District

Pause forcée. Le speaker au-dessus de notre table crache un mélange assourdissant de jazz et de samba qui rend la conversation pénible. On jette un œil sur le long canapé en cuir derrière nous... Lorsqu’il se libère, Catherine s’y glisse. Elle se détend instantanément et ses yeux sans fards se plissent dans un sourire de contentement. À quoi ressemble son quotidien alors qu’elle tourne des épisodes de District 31 à un rythme effréné? « Je me lève à 5 h du matin. Ma routine matinale est courte: je mets un produit sur mes yeux pour qu’ils dépuffent, je bois mon café et je m’en vais! Ma pile de vêtements est prête, ma douche est prise, mes cheveux sont lavés. Le soir, je rentre et j’apprends mes textes pour le lendemain. Je suis un peu dans une bulle qui ne laisse pas beaucoup de place au reste. » 

Royal Gilbert

Une primeur sur ce qui nous attend à l’écran? « Je ne sais rien! On reçoit les textes au fur et à mesure et on découvre ce qui se passe en les lisant! C’est excitant pour nous aussi, parce qu’on a hâte de savoir où l’histoire s’en va », confie-t-elle dans un souffle. « Nous », c’est évidemment les comédiens avec lesquels elle partage la vedette. Alors que Noélie, son personnage, s’est progressivement assimilée au reste de l’équipe, je lui demande comment s’est déroulée sa propre intégration sur le tournage. « Ç’a été long. Mon personnage ne devait être là qu’une semaine, mais Luc Dionne, avec qui j’avais travaillé sur Blue Moon, a décidé d’étoffer mon rôle. En fait, mon parcours est similaire à celui de Noélie. Je suis arrivée comme une pièce rapportée au sein d’une famille habituée à ce rythme et à travailler ensemble, alors que c’était mon premier gros contrat. Mais aujourd’hui, je me sens vraiment à ma place! »

L’image publique

Il existe un autre volet du métier, avec lequel Catherine apprend à composer: les réseaux sociaux, outils aussi utiles que complexes. « Avant, il y avait le travail et les retombées médiatiques. Là, il y a le travail, la gestion des réseaux sociaux, de ton image, de ce que tu endosses... C’est comme un sous-travail connexe. J’aime Instagram, mais je fais en sorte que ça ne devienne pas un truc d’influenceur. Je m’en sers pour promouvoir mes projets ou ce que j’aime, comme la mode, mais je n’ai pas envie d’être une publicité ambulante; mon métier n’est pas de vendre du dentifrice et des chips! » Le message est clair. Ressent-elle de la compétition dans l’industrie? « Avec mes amies – Sarah-Jeanne Labrosse, Julianne Côté, Juliette Gosselin, Virginie Ranger-Beauregard et Sarah-Maude Beauchesne –, on se soutient mutuellement. Il n’y a ni animosité ni jalousie. Oui, ça existe dans le métier et on le ressent chez certaines. Mais on a choisi de ne pas rentrer là-dedans. » 

Royal Gilbert

À vrai dire, Catherine St-Laurent donne l’impression de ne pas rentrer dans quoi que ce soit! Jouer la game de la célébrité? Oui. Tant qu’elle dicte les règles. « Je fais mon métier parce que je l’aime, mais une visibilité à tout prix, ça ne me tente pas. J’ai envie de conserver une part de mystère, qu’on puisse me trouver crédible dans un rôle; qu’il ne soit pas teinté par une personnalité surexposée. C’est un choix. » Crédibilité et autoprotection aussi. Car sous l’aplomb se cache de la vulnérabilité, le besoin de sentir que sa vie ne lui échappe pas et qu’elle en tient les rênes. Alors Catherine évite les questions trop personnelles. « Je me préserve. Je n’ai pas envie de tout donner, de tout dire sur ma vie ou sur ma relation de couple, même si on veut donc ben que j’en parle! Je comprends, tout le monde aime bien potiner, mais je me garde cette partie qui n’appartient qu’à moi. » Son couple, c’est celui qu’elle forme avec le rappeur Loud, à l’ombre des projecteurs. Je risque un « quelle amoureuse es-tu? » Sa réponse est franche. « Ça a beaucoup changé. J’essaie de ne pas être dépendante. Je fais mes affaires et j’essaie de ne pas m’oublier. » « Ce qu’on a toutes fait », lui fais-je remarquer. « Ce que j’ai trop fait, ajoute-t-elle. J’ai une vision plus mature de l’amour, même si quand t’es en amour, t’es un peu gaga! »

La réussite

C’est lorsqu’on discute de carrière et d’envies professionnelles que Catherine se révèle le plus. Elle a l’humilité de ceux qui débutent, patinée de l’ambition de ceux pour qui tout est encore possible. « Qui ne rêve pas d’être Cate Blanchett ou Nicole Kidman? Elles ont le luxe de choisir leurs projets, elles en créent, en produisent... Développer une belle idée, avoir un regard créatif sur le processus, s’entourer de la meilleure équipe et s’impliquer pleinement, c’est quelque chose que j’aimerais explorer un jour. » Dans l’immédiat, quel serait le luxe professionnel ultime? « Ce serait surtout que plus de temps et d’argent soient consacrés aux projets. On fait des miracles avec ce qu’on a et on est chanceux d’avoir des téléspectateurs fidèles. Notre industrie vit très bien d’elle-même avec son microcosme de talents et son star-système, chose que n’a pas le Canada anglais, mais la menace des shows  étrangers au contenu de qualité exceptionnelle plane quand même. » Et dans la vie? « Le vrai luxe serait de réussir à trouver l’équilibre entre l’amitié, l’amour et ma carrière. Je fais un métier intense où on donne beaucoup, avec des horaires chargés et le temps de ne rien faire sur une période donnée; c’est suivi de phases creuses, avec l’impression que tout le monde nous a oubliés. Avec District 31, je suis dans un marathon pendant huit mois et c’est correct de ne faire que ça, car je ne pourrais pas me diviser sur un autre projet, mais ça va inévitablement s’arrêter. Et c’est dur pour moi d’imaginer un rythme de travail plus calme... J’aimerais être capable de voguer à travers ça sereinement. » La jeune femme qui me fait face a les deux pieds bien sur terre. Et un œil sur les étoiles. La preuve?

Royal Gilbert

L’ambition

Je dégaine ma question joker. « Y a-t-il une chose qu’on ne te demande jamais et dont tu voudrais parler? » Catherine rétorque sans sourciller: « Non, mais il y a une question qu’on me pose tout le temps et qui m’énerve! » (rires) Je prie fort pour ne pas l’avoir déjà posée. « C’est quand on me demande si les gens me reconnaissent depuis District 31 et ce que ça me fait? À chaque fois, je suis mal à l’aise. Que dire? Oui, je suis dans la télé des gens et il m’arrive de prendre des photos dans la rue. Et après? Je ne sais pas si c’est de l’humilité, mais ça me gêne de parler de ça. » Je reviens donc à la charge: y a-t-il un sujet qui lui tient à cœur? Catherine réfléchit, puis se lance dans une longue tirade; une ouverture en guise de conclusion. Alors le mot de la fin lui appartient, au même titre que les mystères qu’elle emporte avec elle... « Ce n’est pas par rapport à moi, mais ça me chicote. Au Québec, on a un immense complexe. Le succès et l’argent sont un gros tabou. Des artistes comme Xavier Dolan ont ouvert la porte, sauf qu’il a été perçu comme quelqu’un de pédant, alors que c’est une immense vedette pleine de talent; c’est comme s’il fallait avoir du succès ailleurs pour que ce talent soit reconnu ici! Et si on célébrait les gens qui réussissent? Oui, ils font des sous; ça fait partie de la réussite d’avoir une compensation monétaire, mais on dirait qu’il faut toujours écraser ça, ne pas en parler. Ma génération est-elle la seule à le ressentir? En tout cas, j’ai envie d’être ailleurs, de dire bravo, d’être libre d’avoir des ambitions qui dépassent nos frontières, d’avoir le droit de vouloir plus! Et je pense que beaucoup de gens s’empêchent de le dire par peur de manquer d’humilité. Au contraire, je trouve ça humble de dire “j’ai envie de plus que ça”. Il n’y a aucune raison de se contenter de peu dans la vie. Il faut voir plus grand. On a envie de créer, de faire valoir notre héritage artistique et de le faire rayonner pour qu’il touche le plus de gens possible. Il faut oser aller loin. »

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