Mobidépendance: Au secours, je suis accro à mon téléphone! | Clin d'œil
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Mobidépendance: Au secours, je suis accro à mon téléphone!

Je m’apprête à prendre place sur le canapé pour écouter un film aux côtés de mon fils de 7 ans lorsqu’il me lance: «Sans ton téléphone, s’il te plaît.» Sur le coup, j’ai ri... Mais sa remarque a fait mouche. Suis-je mobidépendante, c’est-à-dire accro à mon téléphone?  

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Je ne suis pas la seule à vivre avec mon écran collé à la main; plus de 76 % des Canadiens possèdent un téléphone intelligent, selon une étude réalisée en 2016 par Statistique Canada. Et en une journée seulement, 71 % des Canadiens passent plus de 3 à 4 heures sur Internet. Ils seraient la moitié à l’utiliser dans la salle de bain et environ 60 % à le regarder lors des repas en famille... Ouch!  

Une histoire récente  

Comment en sommes-nous arrivés là? Et surtout, pourquoi? «Il ne faut pas oublier que ça ne fait que dix ans que l’usage du téléphone intelligent est commun», explique Magali Dufour, chercheuse à l’Institut universitaire sur les dépendances. «D’un point de vue scientifique, c’est insuffisant pour mesurer le phénomène, suivre l’évolution, comparer ou comprendre les impacts.»  

Inventé dans les années 1940 et commercialisé en 1983, le téléphone cellulaire s’est viterépandu comme une traînée de poudre. Mais ce n’est qu’au début des années 2000, avec l’arrivée de l’interface tactile et l’accès facile au web, que son utilisation a explosé. La firme américaine de recherche et développement technologique Gartner prédit qu’il y aura six milliards de téléphones intelligents sur la planète d’ici 2020. «L’outil s’est raffiné, dit Marie-Anne Sergerie, psychologue spécialisée en cyberdépendance. Avant, chaque opération était longue et laborieuse... Maintenant, c’est simple, convivial et extrêmement rapide.»  

Les fonctions de notre téléphone se sont multipliées.passer un appel? Élémentaire. On peut aussi communiquer via texto, courriel et Messenger. On peut échanger sur les réseaux sociaux, Facebook en tête de liste (les derniers chiffres parlent de 2,23 milliards d’utilisateurs par mois, soit 28 % de la population mondiale). Avec un téléphone intelligent, on organise notre vie à l’aide d’agendas, de calendriers... Et on se divertit grâce aux applications qui permettent d’écouter de la musique, de lire des livres, de visionner des films et des émissions (bonjour, Netflix).  

Notre téléphone intelligent sait tout faire – ou presque. «Il neremplace pas et ne remplacera jamais les vraies relations qu’on entretient avec nos proches», glisse Catherine price, auteure du livre How to Break Up With Your Phone (dont la version française intitulée Lâche ton téléphone! est arrivée en librairie au printemps dernier au québec). Selon cette journaliste scientifique américaine, le téléphone doit demeurer «un outil» dont on contrôle totalement l’utilisation de façon consciente, voire détachée. «Souvent, nous le prenons de manière impulsive, sans réfléchir, relate-t-elle. C’est un réflexe. Au bout d’un moment, on se rend compte qu’on a passé 45 minutes à regarder son écran. C’est une perte de temps incroyable.»  

Dépendance ou mauvaise habitude?   

La mobidépendance, en plus d’avoir le potentiel d’affecter nos relations avec les autres, peut mener à de regrettables distractions. frédérique, Montréalaise de 41 ans, confie qu’elle a raté le saut périlleux de sa fille lors d’un spectacle de patinage artistique: assise dans les gradins, elle écrivait un texto. «Je réponds en moins de deux minutes à tous mes messages. Je n’ai pas fait exception... Sauf que j’ai manqué le seul saut de la chorégraphie de ma fille.» Honteuse, Frédérique n’a pas avoué sa gaffe à son enfant. Mais le sentiment que cela a généré en elle l’a remuée: elle n’était peut-être pas «dépendante» de son téléphone, mais elle avait un sérieux problème de surutilisation.  

Perte de contrôle. Voilà l’un des éléments-clés qui peut indiquerque nous avons un «problème». Attention: «problème» ne veut pas dire «dépendance». La nuance est importante, selon Valérie Van Mourik, travailleuse sociale et chercheuse au Centre de réadaptation en dépendance de Montréal. «La dépendance, ou la mobidépendance, est une entité clinique distincte, souligne-t-elle. Il y a des critères connus et reconnus». bien sûr, si tous les critères sont réunis, il est possible qu’une dépendance se soit développée – mais sinon, on peut sans doute affirmer qu’on a pris de mauvaises habitudes, dont il est difficile de se défaire. Parmi les gens qui utilisent un téléphone intelligent, entre 1 % et 2 % souffriraient de cyberdépendance. «Ce sont les données les plus fiables», précise Mme Van Mourik.  

Est-ce que j’ai un problème, docteur?  

Première piste à explorer pour mieux comprendre notre relation avec notre téléphone: comment se sent-on lorsqu’on l’utilise? «Il faut tenter de voir à quel moment on se branche et à quel besoin ça répond», indique Marie- Anne Sergerie, psychologue. «Par exemple, se connecte-t-on dès qu’on n’a rien à faire? Est-ce qu’on devient irritable si on ne l’a pas et apaisé lorsqu’on se branche? Quelles sont les raisons qui nous poussent à balayer notre écran? Si c’est pour aller sur les réseaux sociaux, est-ce pour échanger avec les gens? Pour se comparer? Recevoir l’approbation des autres? S’évader?»  

La chercheuse Magali Dufour recommande de faire un état des lieux.En téléchargeant une application (hé oui!) de contrôle d’utilisation (comme Moment, forest, App Detox ou unGlue), on peut en quelque sorte s’autoespionner et chiffrer le nombre de fois qu’on déverrouille notre téléphone quotidiennement... ainsi que le nombre d’heures qu’on passe les yeux rivés à l’écran. Les utilisateurs des modèles les plus récents d’iPhone ont d’ailleurs facilement accès à ces informations sans l’aide des applications.  

Le résultat nous semble excessif? «On essaie de prendre une pause, de mettre une distance entre notre téléphone et nous, dit-elle. On vérifi e si on est capable de tenir nos résolutions et, si on échoue, on se demande pourquoi ça se passe ainsi.»  

«J’ai fait l’exercice, révèle Lili, 28 ans. Je pensais l’ouvrir une vingtaine defois par jour, mais c’était plutôt 52. Et je croyais y passer une à deux heures, mais c’était plutôt entre trois et quatre.» Irritabilité, agitation, anxiété, isolement... En plus des problèmes psychologiques, nos mauvaises habitudes peuvent engendrer des symptômes physiques. Il faut les écouter, confirment les quatre expertes interrogées. Tendinite du poignet (ou syndrome du tunnel carpien), maux de tête, problèmes de posture, troubles du sommeil, perte d’appétit... Ces marqueurs sont à prendre en considération lorsqu’on fait notre bilan. «L’idée n’est pas de se débarrasser de son téléphone intelligent, fait valoir Catherine price. C’est un outil pratique et très utile! Mais c’est à nous de décider ce que nous en faisons; pas lui.»  

Sérénité  

On n’y arrive pas seule? pas de panique. «Cela ne veut pas nécessairement dire que c’est une dépendance, rappelle Dre Sergerie. Mais il est bien de consulter pour recevoir de l’aide.» Des services gratuits (évaluation, conseils, etc.) sont offerts dans les Centres intégrés de santé et de services sociaux des différentes régions du Québec. On s’informe!  

Et si nos démarches personnelles nous permettent d’établir unrapport plus sain avec notre téléphone, il est fort possible que l’on constate une différence dans notre vie de tous les jours. «Je suis plus zen, plus sereine, plus légère, dit frédérique, qui dit avoir coupé de moitié le temps qu’elle passe sur son téléphone. Je suis plus en contrôle, et c’est très satisfaisant.»  

Les 6 critères d’une dépendance à notre téléphone intelligent  

1. Notre mobile prend de la place dans notre tête.  

2. On est incapable d’en diminuer l’utilisation.  

3. Lorsqu’on ne l’a pas avec nous, on est en sevrage (agitation, irritabilité, anxiété).  

4. On ne se sent jamais rassasiée, on veut toujours l’utiliser.  

5. On continue cette utilisation même s’il y a des conséquences négatives (isolement, perte de productivité, difficulté d’engagement).  

6. On a moins d’intérêt pour des activités ou des loisirs qui nous plaisaient auparavant.  

Conseils et solutions pour décrocher  

Notre relation avec notre téléphone prend tropde place? On souhaite passer plus de temps de qualité en famille, reprendre la course à pied, lire davantage, se remettre au tricot, peu importe: il nous apparaît important de diminuer le temps durant lequel on a les yeux rivés à notre écran. Soit! Mais comment faire? par où commencer? Voici les recommandations de l’auteure Catherine Price... qui est elle-même passée par là.  

ON LIMITE LES NOTIFICATIONS.  

«Ce sont des tentations. Elles sont là pour nous attirer et nous inciter à passer du temps sur les réseaux sociaux ou les applications. On n’oublie pas que les entreprises l’ont compris.»  

ON MODIFIE L’IMAGE DE NOTREÉCRAN VERROUILLÉ.  

«On peut le rendre moins attrayant, du moins le temps de notre “réadaptation”. personnellement, j’avais mis un écran noir. J’ai déjà vu un écran surblequel on lisait: “Veux-tu vraiment m’ouvrir maintenant?”»  

ON RÉDUIT LES APPLICATIONSSUR NOTRE ÉCRAN D’ACCUEIL.  

«On y maintient uniquement les applications essentielles. On peut choisir, par exemple, d’accéder à nos comptes de réseaux sociaux et nos courriels uniquement sur notre ordinateur...»  

ON SORT NOTRE TÉLÉPHONE DE LACHAMBRE, SURTOUT PENDANT LA NUIT.  

«C’est très important! On le charge ailleurs que sur notre table de chevet.»  

ON TESTE NOTRE CAPACITÉÀ NOUS EN PRIVER.  

«On fait exprès de laisser notre téléphone à la maison une journée. On en est incapable? On le laisse dans la voiture quelques heures. On le met de côté lorsqu’on est au chalet ou en vacances. On s’entraîne à apprécier ces moments de “solitude”.»  

ON DEMEURE CONSTANTE...ET ON NE SE DÉCOURAGE PAS.  

«On y va un pas à la fois, sans être trop dure avec soi-même. C’est un processus et on l’a entamé: c’est déjà une belle réussite! On en parle autour de soi: on demande du soutien. Et on explique qu’on ne répondra plus dans la minute!»

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