Yama Laurent: talent brut

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Yama Laurent: talent brut

Jeudi 4 octobre 2018
Quand elle a remporté La Voix 6, Yama Laurent était loin de s’imaginer qu’un drame était sur le point de ternir son bonheur. Alors que l’artiste d’origine haïtienne de 27 ans était en pleine tournée promotionnelle aux quatre coins du Québec pour l’album «La Voix 6 - Les 4 finalistes», elle a appris le décès de son père, avec qui elle entretenait une relation très complexe. Après une courte pause professionnelle, celle qui a survécu au tremblement de terre de Port-au-Prince en 2010 est maintenant de retour pour reprendre le fil de sa carrière artistique. Entrevue avec une femme résiliente au parcours fascinant.

 

 

Tu as parcouru le Québec cet été pour rencontrer tes fans avec les trois autres finalistes de La Voix 6, Miriam Baghdassarian, Yann Brassard et Jonathan Freeman. Comment as-tu trouvé ton expérience?

 

C’était vraiment extraordinaire de rencontrer les fans! Ils étaient contents de nous voir. On s’est rendus à Laval, Chicoutimi... On a pris des centaines de photos, on a parlé à plein de gens intéressants. C’était merveilleux de comprendre ce qui a plu au public. Certains m’ont même donné des textes en m’invitant à les chanter sur mon album. J’ai aussi réalisé que j’avais des admirateurs plus jeunes. J’ai d’ailleurs rencontré des triplettes, trois petites filles très mignonnes! J’ai été marquée par ce moment.

 

 

Tu travailles sur ton premier album solo. Ça se passe bien?

 

Oui! J’ai beaucoup avancé avec l’équipe de Musicor! Je me suis concentrée sur mes influences, sur ce qui m’accroche en tant qu’artiste. J’ai défini mon univers musical, qui est un mélange de classique, ballade, jazz, soul et gospel. J’ai aussi écrit quelques textes! En ce moment, ça tourne autour de plusieurs thèmes: l’amour, la vie et les drames mélancoliques. Je n’ai jamais été fière de mes écrits... J’ai lutté pour trouver la confiance de les présenter aux autres. C’est un grand accomplissement pour moi.

 

 

Tu as eu l’honneur d’être l’une des chanteuses invitées à pousser la note avec Jean-Pierre Ferland sur son nouvel album Les femmes de ma vie, qui sera dans les bacs en octobre. As-tu hésité avant d’accepter?

 

Pas du tout! (rires) Le bonheur est en train de m’apprivoiser de plus en plus, je sens que je peux m’abandonner plus facilement, et accepter de nouveaux défis... Je ne connaissais pas beaucoup Jean-Pierre Ferland avant d’interpréter un duo avec lui. J’ai fait ma petite recherche, et j’ai réalisé que c’était une légende de la chanson québécoise! Je sors de nulle part et boum! Je peux chanter avec lui et d’autres personnalités tout aussi importantes. Je ne sais pas quoi dire, vraiment. Sur le disque, je chante Au fond des choses le soleil emmène au soleil. Ce texte me fait voyager. Et je ris tellement avec Jean-Pierre! Il a toujours un geste ou un mot qui me fait m’esclaffer. Ça me rend vraiment heureuse.

 

 

Du jour au lendemain, tu es devenue très connue au Québec. Comment vis-tu cette soudaine célébrité?

 

Mon premier contact avec le public québécois est extraordinaire. Et inespéré! Les gens ont pris le temps de m’écouter dès le début. Quand je sors dans la rue, les passants me saluent. L’autre jour, j’étais avec une amie dans un parc à Terrebonne, et une fan m’a reconnue même si j’étais de dos. La popularité est assez fascinante pour moi. Tout le monde me dit des paroles très gentilles, des choses que je n’oserais jamais dire de moi! (rires)

 

 

 

 

Face à toute cette attention, as-tu parfois besoin de te ressourcer?

 

Certainement! (rires) J’ai plus souvent envie d’être chez moi, dans ma petite vie. Aussitôt que je sors, même si c’est pour aller au dépanneur, je sais que je vais me faire aborder. J’ai pris l’habitude de mieux me vêtir, parce que je sais qu’on va me prendre en photo! Je me prépare un peu plus avant de passer le pas de la porte.

 

 

Qu’est-ce qui t’a amenée vers la chanson?

 

Ça a commencé à l’université, un peu par hasard. J’étudiais en médecine à l’Université de Santiago, en République dominicaine. Les étudiants organisaient souvent des petites soirées pour souligner les fins de session. À cette époque, j’écrivais des poèmes sur tout et n’importe quoi, parfois même des trucs romantiques, et je les lisais lors de ces partys. C’était vraiment long à lire, alors on m’a conseillé de les chanter. Et voilà!

 

 

Quand tu as remporté le World Championship of Performing Arts, à Los Angeles en 2016, on t’a offert un visa pour le Canada afin que tu puisses t’inscrire à d’autres compétitions. Avais-tu déjà dans la mire de gagner La Voix 6?

 

Non, pas du tout! (rires) Sincèrement, je pense que personne ne peut s’attendre à ça. Quand j’ai participé à mon premier concours, beaucoup m’ont encouragée à continuer de chanter. En arrivant au Canada, je me suis inscrite à plusieurs compétitions. Je me suis simplement dit que je voulais partager cette joie, cette nouvelle passion...

 

 

Lors de moments plus sombres de ton enfance, les chansons de Garou t’ont souvent permis de retrouver du courage. Comment as-tu réagi en réalisant qu’il allait être l’un des coachs de La Voix 6?

 

C’est un rêve devenu réalité, vraiment. Quand j’ai passé les préauditions, je ne savais pas qu’il était juge. Lorsque j’ai lu ça dans le journal, un peu plus tard, je me suis pincée. C’était incroyable! À mon audition à l’aveugle, je n’avais qu’un but: qu’il se retourne. Et c’est arrivé.

 

 

 

 

De l’idole, Garou est passé au rôle de coach dans ta vie. Il dit d’ailleurs souvent que c’est lui qui est fan de toi, et pas le contraire. Comment as-tu vécu cette transition?

 

Je pense qu’il exagère un peu. (rires) Garou est super gentil. Il est à l’image de la personne que j’avais l’impression de connaître depuis toujours. Ça m’a pris un moment pour réaliser que je ne rêvais pas, que je pouvais discuter avec lui de toutes sortes de sujets, me confier...

 

 

De quelle façon as-tu évolué en tant qu’artiste durant La Voix 6?

 

J’ai énormément appris. Par exemple, Garou m’a vite expliqué qu’au Québec, c’était mieux de regarder les gens dans les yeux. En Haïti, on me disait le contraire. Avant mon passage à La Voix 6, je ne connaissais rien de la technique vocale. Je ne savais pas comment respirer, quoi manger... Je suis vraiment privilégiée d’avoir pu apprendre à mieux gérer ma voix, mon instrument. Cette expérience m’a aussi permis de découvrir Daniel Bélanger, Daniel Lavoie, Roch Voisine, Alex Nevsky... J’ai même chanté avec Ginette Reno, une femme que ma mère aime beaucoup!

  

 

D’ailleurs, comment ta mère, avec qui tu as vécu de touchantes retrouvailles après le tremblement de terre de 2010 en Haïti, a-t-elle vécu ta victoire?

 

Elle est très contente pour moi! Elle me donne des conseils, du soutien... Par contre, je dois la convaincre encore aujourd’hui que c’est moi qui chante. (rires) Elle ne réalise pas du tout ce qui se passe! Elle ne m’a jamais connue chanteuse, ce qui rend toute cette histoire bien floue pour elle. Elle me demande souvent si le micro a été truqué ou si la voix de quelqu’un d’autre a été enregistrée. Il faut dire que, dans ma famille, on ne chante pas du tout...

 

 

Avant de connaître la célébrité au Québec, tu envisageais de devenir médecin. Est-ce toujours le cas?

 

Le chant et la médecine sont deux passions pour moi. Je ne vis que du bonheur, que je sois en train de chanter ou d’étudier. Je suis une personne très curieuse, qui aime lire sur tous les sujets: la religion, la société, l’art, la littérature... J’ai l’impression que le temps va m’apporter bien des réponses. Il m’a menée vers la chanson... Je saurai quand ce sera le moment de prendre une décision ou d’aller dans une autre direction.

 

 

Quels sont tes rêves?

 

J’aimerais beaucoup chanter avec une chorale d’enfants. J’en ai vu une sur scène récemment, et c’était si beau. Je voudrais également collaborer avec Garou, Corneille, Zaz... Elle est extraordinaire. J’ai adoré le texte de sa chanson Si. Ce serait tout un honneur de chanter avec elle!

 

 

Par: Mélissa Pelletier | Photos: Neil Mota | Stylisme: Florence O. Durand