Voyage: Nashville, ville du country

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Voyage: Nashville, ville du country

Vendredi 13 juillet 2018
Si la ville de Nashville prenait la forme d’un être, elle serait la mère qui berce son poupon en fredonnant, le jour comme la nuit. L’ado prodige jouant de la guitare et faisant la fête sans répit. Le grand-père qui, avant de partir, lègue à sa descendance des coffres et des coffres de vinyles, chéris durant toute une vie. En trois mots: nourricière, insomniaque, immortelle.

 

 

J’étais à Chicago chez un ami quand ce dernier m’a lancé: «Quoi?! Toi, la grande mélomane, tu n’es jamais allée à Music City?» Nous sautions aussitôt dans sa voiture et, sept heures de route plus tard, nous y étions. Nashville, capitale du Tennessee. Nashville, berceau mondial de la musique country. 

 

De Montréal, par avion, le trajet dure cinq heures. Oui, on est à cinq heures de vol de PK Subban! Pas étonnant, d’ailleurs, qu’on retrouve fréquemment des Québécois venus encourager les Predators au Bridgestone Arena (501 Broadway), situé en plein centre-ville et reconnu comme étant l’une des patinoires les plus électrisantes de la Ligue nationale de hockey. Passionnés, les partisans ne se gênent pas pour faire du bruit. Et que dire de la puissante sirène de but de l’amphithéâtre! Dans les gradins, on a même aménagé une petite scène pour qu’il y ait de la musique live lors des arrêts de jeu... Les spectateurs ont parfois droit à des surprises peu banales: les musiciens invités sont carrément des légendes. Match de hockey et frénésie signée Alice Cooper? J’embarque!

 

Avec ses réputés studios d’enregistrement, ses influentes compagnies de disques et ses institutions, la ville – vivante comme Las Vegas, mais sans le clinquant – abrite un bouillonnement culturel plus que substantiel. Et même au quotidien, on n’y échappe pas: certaines rues ont été baptisées en l’honneur de grands noms de la musique! 

 

Pour les onze millions de visiteurs du monde entier qui y débarquent chaque année, un seul code éthique: prière de laisser la phrase «J’aime tous les genres de musique sauf le country» à la maison. À Nashville, le country est un mode de vie, un héritage, l’avenir. 

 

 

 

 

TOUS LES CHEMINS MÈNENT À BROADWAY

 

Direction Broadway, l’artère principale, où les nombreux bars et clubs ont la particularité d’être ouverts 365 jours par an, de 11 h à 3 h. Communément appelés les honky tonks (bars typiques du sud des États-Unis), ces établissements comprennent tous une scène sur laquelle des artistes des quatre coins de l’Amérique montent jouer à tour de rôle. Une vraie mine d’or pour les mélomanes! Dans chaque bar, des concerts s’enchaînent en continu dès le premier café du matin. Ou la première bière, c’est selon!

 

Autre fait particulier: pas besoin de billet ou d’invitation pour être de la partie. Les visiteurs entrent, sortent, restent, déposent dans la chaudière mise à leur disposition des pièces de monnaie ou quelques billets, à leur discrétion. Jusqu’à 18 h, même les enfants peuvent y être et danser. La musique must go on, cow-boy! Suffit de découvrir son honky tonk préféré. Mon favori? Pour le respect de la tradition et le haut niveau d’expertise des musiciens, le Robert’s Western World (416 Broadway B)! Une valeur sûre. 

 

 

 

 

COUP DE BLUE (GRASS)

 

À ceux qui ont envie de s’aventurer hors de l’avenue touristique: l’historique Station Inn (402 12th Avenue S), qui a ouvert ses portes en 1974, est reconnu pour ses rassemblements bluegrass. Hautement respecté, ce style musical développé dans les années 1930 – se jouant en groupe et ponctué de moments d’improvisation – est même enseigné dans certaines écoles primaires de la ville. J’aime bien qualifier le bluegrass de «musique classique de la musique country», tellement la maîtrise des instruments à cordes acoustiques est impressionnante. Aucun artifice, que du plaisir. 

 

Scène typique du Station Inn à laquelle on pourrait assister: la complicité entre un guitariste septuagénaire expérimenté et une gamine en apprentissage. C’est beau à en pleurer. Voir Dolly Parton entrer sans être annoncée (oui, oui! C’est déjà arrivé!) doit quand même aussi créer un petit buzz...

 

 

 

 

NASHVILLE VINTAGE

 

Retour sur Broadway, le mythique magasin de disques Ernest Tubb Record Shop (3930, 417 Broadway), fondé en 1947, possède une collection exceptionnelle. Le chanteur Ernest Tubb – premier artiste country à avoir joué au Carnegie Hall de New York – se faisait demander en tournée: où peut-on acheter de la bonne musique country? Plus de 70 ans plus tard, la boutique conserve sa simplicité d’origine. Earlene Huff, qui y travaille comme disquaire depuis 40 ans, raconte: «Je crois que les touristes viennent à Nashville pour l’authenticité, pour l’expérience du country. Ici, ils trouvent the real thing.» 

 

Pour ce qui est de la bouffe, qu’on se le tienne pour dit: ce n’est pas sur Broadway qu’on mange des repas équilibrés. C’est à peine s’il y a une feuille de laitue dans le burger de minuit... Pour se sustenter d’autre chose que de bière et de sauce barbecue, c’est dans le quartier Germantown, East Nashville et sur 12th South qu’il faut aller. 

 

 

 

 

LE GARS LE PLUS COOL EN VILLE: JACK WHITE

 

Si le Ernest Tubb Record Shop est un lieu phare pour la transmission de la mémoire vivante, la boutique Third Man Records (623 7th Avenue S), elle, se tourne vers la modernité. Située sur une rue industrielle du microquartier artsy Pie Town, il suffit de franchir sa porte pour entrer dans un monde complètement unique, celui du musicien visionnaire Jack White. C’est comme si on atterrissait dans un vidéoclip des White Stripes! L’espace minuscule, mais ô combien riche, au super design, fait jouer et présente de nouveaux talents qui ont été enregistrés chez monsieur White. À la caisse, la jeune employée vêtue d’un costume rappelant notre Expo 67 explique: «Le studio d’enregistrement est dans l’arrière-boutique, avec le studio photo et les bureaux du label. Jack reçoit des démos de partout dans le monde et, quand il a un coup de cœur, il invite l’artiste à travailler avec lui. Il vient souvent faire son tour, d’ailleurs. Il aime jaser avec les clients.»

 

Comme si tout ça n’était pas déjà assez cool, Third Man Records abrite également une salle de concert! Le plus? Si on a adoré notre expérience, on peut se procurer le vinyle du spectacle qu’on vient tout juste de voir. Et si on aperçoit un camion vintage Third Man dans le stationnement, non, ce n’est pas un food truck! C’est un camion rempli de vinyles qui se déplace partout en Amérique, autant dans les festivals que dans les cours d’écoles secondaires. Puisque les jeunes ne fréquentent plus les magasins de disques comme avant, White a compris qu’il fallait simplement les emmener jusqu’à eux! 

 

 

 

 

UN DÉTOUR EN GRÈCE ANTIQUE

 

En marchant dans un parc à l’ouest du centre-ville de Nashville, j’ai aperçu le Parthénon. Je n’avais jamais lu sur le sujet avant d’en faire la découverte par hasard, alors imaginez ma réaction: je croyais halluciner! Ce qu’on appelle le Parthénon de Nashville (2500 West End Avenue) – construit en 1897 pour l’Exposition internationale du centenaire du Tennessee – est une réplique grandeur nature du Parthénon d’Athènes. À l’intérieur: un musée et la déesse Athéna... Pas banal. 

 

 

 

 

LA CADILLAC DANS LA CADILLAC

 

Le country est si fort à Nashville que les Nashvillois peuvent se permettre de consacrer des musées entiers à UNE seule légende du genre: le Patsy Cline Museum, le Willie Nelson and Friends Museum, le Johnny Cash Museum. Mais s’il y a un musée à ne pas manquer pour avoir une réelle vue d’ensemble de l’histoire et de l’ampleur du country aux États-Unis, c’est le Country Music Hall of Fame and Museum (222 5th Avenue S), un gigantesque temple dont la façade extérieure est remplie de symboles (fenêtres ressemblant à des touches de piano, forme de clé de fa vue du ciel, etc.). Une visite ne suffit pas, et les fervents du country voudront certainement y retourner! Les plus néophytes peuvent aussi y trouver leur compte. Les amoureux de la mode, à titre d’exemple, se pâmeront devant les fabuleux costumes de scène rétro, excentriques à souhait. Le clou de la virée? La fameuse Cadillac rose du King Elvis, à l’étage, qui donne envie de continuer notre périple musical... jusqu’à Memphis. On reprend la route?

 

 

 

 

Photos: Melissa Maya Falkenberg, iStock (rue de panneaux lumineux, guitares, musée)

 

Melissa Maya Falkenberg