Rencontre: Julie Le Breton sans réserve

C'est hot !

Rencontre: Julie Le Breton sans réserve

Jeudi 31 janvier 2019
Il pourrait sembler cliché de dire que la quarantaine apporte la sérénité, mais Julie Le Breton en est tout de même la preuve vivante. Lumineuse, l’actrice poursuit sur sa lancée en 2019: en vedette dans la troisième saison de «Victor Lessard», elle jouera également dans «La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé» au Théâtre du nouveau Monde ce printemps, en plus d’être à l’affiche du film «Tu te souviendras de moi». Discussion avec une femme assumée.

 

 

À 43 ans, comment vis-tu le fait de vieillir sous les projecteurs?

 

Très bien! Dès le début de la quarantaine, j’ai ressenti un nouvel élan. Je suis plus dans l’acceptation de moi-même. Ce sont les plus belles années de ma vie. Dans la vingtaine, on sème beaucoup. Dans la trentaine, on cultive tout ça, parfois avec difficulté. Dans la quarantaine, c’est la récolte. Ça se pose. Je suis beaucoup moins essoufflée et je ressens un contentement qui m’apporte une certaine confiance. Je sais qui je suis, je sais ce que je vaux. Je ne peux que mieux naviguer dans la vie.

 

 

Es-tu consciente de la richesse de ta carrière?

 

On m’en parle souvent, mais on dirait que je ne l’ai pas encore réalisé. Ça fait 20 ans que j’ai terminé l’école de théâtre! Dans ma tête, ça fait seulement cinq ans et une éternité à la fois. Je sens que j’ai réussi à installer une base solide. Plutôt que d’avoir été propulsée au-devant de la scène à 25 ans et de devoir travailler très fort pour rester dans la lumière, ma confiance s’est construite au fil de ma carrière. Toutefois, je suis consciente que j’approche un âge critique pour les actrices. J’essaie de rester lucide: ça se pourrait que le rythme décélère un peu. Par contre, au Québec, on est chanceux. La télévision appartient aux femmes! Il y a beaucoup de rôles écrits pour nous. Le théâtre aussi est très clément pour notre âge.

 

 

Tu joueras d’ailleurs Mireille Larouche dans La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé de Michel Marc Bouchard au Théâtre du Nouveau Monde ce printemps. Comment as-tu abordé ce rôle?

 

C’est un personnage hors du commun! (Rires) Mireille Larouche est thanatopracticienne, c’est-à-dire qu’elle embaume des morts. C’est une sommité dans son domaine. Elle revient dans le giron familial pour s’occuper du corps de sa mère décédée, et elle retrouve ses trois frères. Mireille est fascinée par le silence, l’inaction. Je ne sais pas encore comment je vais faire pour la jouer. J’explore plein de pistes en ce moment. Monter une pièce de théâtre, c’est un bel espace de réflexion. On y trouve plein d’humains qui s’interrogent sur un contexte différent du leur. Ça donne l’occasion de parler de philosophie, de psychologie, de science... C’est complètement éclaté et ça fait exploser les barrières. Je l’ai toujours dit: le théâtre fait travailler tous les muscles de l’acteur. Impossible de se reposer sur un regard intense qui passe bien à la caméra. Ça ne sert à rien!

 

 

Mais à la télévision, c’est différent! Tu es présentement en tournage pour la troisième saison de Victor Lessard, qui sera sur nos écrans au courant de 2019. Peux-tu nous en dire plus?

 

C’est un secret! (Rires) Tout ce que je peux vous dévoiler, c’est qu’on explorera les zones floues de l’enfance de Victor. C’est certain qu’on va rester dans le côté décalé de l’émission. On n’est vraiment pas dans un réalisme pur et dur! Dans cette nouvelle saison, Jacinthe et Victor joueront leur rôle d’enquêteur de manière différente. On va découvrir leur côté rebelle, même s’ils vont demeurer bienveillants. Ce sont toujours des héros!

 

 

Les deux personnages ont une très belle relation de travail, tout comme Patrice Robitaille et toi dans la vie. On vous a souvent vu jouer un couple à la télé ou au cinéma, tellement que certains ont cru que vous étiez amoureux en secret. As-tu été surprise par l’intérêt des médias et du public pour votre relation?

 

Oui, ça m’angoisse. (Rires) Ça a été si souvent répété qu’on travaille beaucoup ensemble que j’ai peur que les gens ne veuillent plus nous voir dans les mêmes projets. C’est un excellent ami. Je trouve que nos énergies se complètent super bien!

 

 

Ton conjoint, Guillaume Parisien, était d’ailleurs de l’équipe de production de la première saison de Victor Lessard. Travailler avec son amoureux, c’est comment?

 

Extraordinaire! On s’est d’ailleurs rencontrés sur le plateau de Paul à Québec. Dans ce métier, on a des horaires de fou, et c’est difficile de passer du temps ensemble. Je suis aussi belle-mère de trois beaux ados, ça occupe! Leur mère est très impliquée, mais j’essaie de soutenir mon chum quand les enfants sont avec nous. Ce sont des jeunes individus déjà très bien construits! J’ai souvent l’impression d’être une amie un peu intense qui leur demande de ramasser le tube de pâte à dents et la pinte de lait. (Rires) Quand je suis sur le même projet que mon amoureux, ça nous permet de nous voir davantage. J’aime beaucoup avoir son regard sur mon jeu. Sans s’en mêler trop, il me fait parfois des commentaires. C’est mon premier public!

 

 

 

 

Jacinthe Taillon, enquêteure homosexuelle très masculine, est loin d’être un rôle qu’on voit souvent à la télévision! Qu’est-ce que ça t’a apporté en tant qu’artiste de jouer un tel personnage?

 

Une très grande liberté! Comme actrice, comme femme, j’ai souvent eu à jouer des rôles empreints de douceur, de lumière: la blonde parfaite dans Les beaux malaises, la séductrice dans Mauvais karma, une jolie veuve dans Les pays d’en haut... Des personnages au côté féminin pas nécessairement cliché, mais plus convenu. Pour le rôle de Jacinthe, on me creuse le visage, on m’éteint. Ça me donne l’impression de ne pas avoir à être cute dans toutes les circonstances. J’adore ça!

 

 

Est-ce que tu sens une pression liée à ton apparence?

 

Mon rapport à mon corps n’a jamais été douloureux. Je n’ai jamais souffert de troubles alimentaires, par exemple. J’ai fait la paix avec le fait que je ne serai jamais très mince. J’ai cette carrure, cette musculature. J’ai plutôt commencé à me demander comment sublimer ce que j’ai. Je sais qu’en faisant du sport et en marchant beaucoup, je me sens bien. C’est super, puisque j’adore aussi manger. Mais ce n’est pas l’un ou l’autre: je n’irais pas nécessairement faire un jogging après avoir mangé un brownie. J’essaie juste de ne pas me flageller si j’ai mangé une poutine la veille, par exemple. C’est une question d’équilibre.

 

 

Est-ce que le fait de jouer plusieurs femmes très différentes influence ta perception de toi-même?

 

Quand on est une actrice, on se voit dans plein de positions bizarres. Parfois, on doit porter une robe trop serrée alors qu’on est ballonnée. Je pense qu’il faut juste s’aimer et se rappeler qu’on est la seule à se voir comme ça. Et si un bourrelet dépasse de mon jean, je serai, à la limite, un miroir plus réaliste pour les femmes. Quand je vois certaines actrices plus jeunes devenir des panneaux publicitaires pour des crèmes et des vêtements, j’ai l’impression que la beauté devient une obsession. Surtout quand on est dans l’oeil du public!

 

 

Parlant du regard des autres, quel est ton rapport aux réseaux sociaux?

 

Compliqué! (Rires) Les gens veulent du glamour, du rêve. J’essaie de ne pas nourrir ça. Je veux me respecter et publier des trucs qui me ressemblent. Je n’ai pas envie de partager mon intimité avec tout le monde! J’essaie d’être authentique. Mais c’est certain que j’ai beaucoup plus de «J’aime» si je publie une photo de moi très maquillée plutôt qu’un joli paysage. Aussi, j’ai dû faire un petit ménage dans les personnes que je suivais et je m’en porte vraiment mieux. Il y a des gens que j’adore qui m’angoissent totalement sur les réseaux sociaux. Ils sont toujours beaux, ont toujours du plaisir sur le plateau de tournage, sont toujours pertinents... C’est tellement superficiel.

 

 

Tu as d’ailleurs tourné dans Tu te souviendras de moi, l’adaptation cinématographique de la pièce de théâtre de François Archambault, qui raconte le difficile parcours d’un intellectuel constamment sollicité par les médias. Lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’Alzheimer, sa vie bascule... As-tu aimé ton expérience?

 

Absolument! Tourner dans un film, c’est un privilège. Un cadeau de la vie, même. Ce qui est extraordinaire, c’est le temps. Toute l’équipe est arrivée un peu stressée sur le plateau, habituée aux délais plus serrés pour la télévision. Le réalisateur Éric Tessier venait de terminer le tournage de Fugueuse. Assez rapidement, le producteur nous a dit de nous calmer, qu’on fait du cinéma. Tout le monde a le temps de faire son métier, c’est merveilleux.

 

 

 

 

Avec tous ces rôles qui s’enchaînent, as-tu déjà eu l’impression d’être submergée?

 

Oui! C’est loin d’être facile de se rendre au théâtre tous les soirs, surtout quand je suis en tournage. Après deux années extrêmement intenses pendant lesquelles les plateaux, les entrevues, la promotion et les spectacles s’accumulaient, j’ai pris la décision de ne faire qu’une pièce par année. Je dois souvent refuser de super belles offres, mais je me dois d’être conséquente. Une des raisons pour lesquelles je travaille autant, c’est parce que je suis agréable sur un plateau. (Rires) Si je me mets à être lourde parce que je suis trop fatiguée, ça ne sera utile à personne!

 

 

Comment fais-tu pour te ressourcer à travers toutes tes obligations?

 

Je m’écoute plus! Pendant très longtemps, je voulais partir en voyage dès que je le pouvais. J’avais souvent envie d’évasion. Maintenant, je marche beaucoup avec mon chien, Adèle. Pour moi, c’est vraiment de la méditation active. Même quand il pleut, avoir un chien m’oblige à sortir. Je m’entraîne, je fais de la boxe... J’essaie de voir les gens que j’aime. En vieillissant, les amitiés sont moins intenses et fusionnelles. Mais quand ça fait presque six mois que tu n’as pas vu ta meilleure amie, c’est important de faire signe. Il faut cultiver nos relations!

 

 

Tu fais d’ailleurs partie des fées d’Anik Lemay, c’est-à-dire toutes les femmes qui l’aident dans son combat contre le cancer du sein...

 

Dans les limites de ses besoins, oui. Anik a enfin terminé son dernier traitement de chimiothérapie. Elle tenait à vivre ça seule. Anik, c’est un vrai rayon de soleil dans la neige. Elle est inspirante, hot et forte. Même dans la maladie, elle a trouvé le moyen de m’aider en prenant soin de mon chien quand j’étais dans le jus. Elle est extraordinaire! C’est dégueulasse, ce qu’elle a vécu. C’était la première personne très proche de moi qui souffrait de la maladie. La violence du cancer et de ses traitements n’a aucun sens. C’est une véritable onde de choc.

 

 

Est-ce que cette situation t’a fait angoisser par rapport à ta propre santé?

 

Non, mais ça m’a fait réaliser à quel point la vie est fragile. C’est hallucinant. J’ai beaucoup de chance d’être en santé. Je suis encore plus reconnaissante de me lever et de me coucher tous les jours sans avoir mal nulle part. Par contre, ce qui m’angoisse actuellement, c’est l’état de la planète.

 

 

Tu as signé Le pacte pour la transition, avec plus de 400 artistes et personnalités, initiative qui a pour but de sensibiliser au réchauffement climatique et à l’empreinte écologique individuelle. Certaines personnes n’étaient pas convaincues par ton geste et te l’ont fait savoir sur les réseaux sociaux. Comment as-tu pris ces commentaires?

 

J’ai été très surprise par les réactions! Je réalise que certaines personnes n’ont aucune envie de se faire dire quoi faire par des artistes. Autant ces gens aiment les stars, autant ils leur disent clairement de garder leur place! Il y a des personnes qui pensent que les artistes vivent dans un monde très glamour, se promènent en Hummer et habitent dans un château à Boucherville. Pourtant, quand on regarde le salaire moyen de l’Union des artistes, c’est loin d’être la réalité... Par contre, j’ai aussi eu droit à des commentaires très positifs de citoyens qui ont envie de s’engager, de s’impliquer dans le changement. Ce qu’il faut garder en tête, c’est que ce pacte est une initiative positive et trippante.

 

 

Comment entrevois-tu ton avenir?

 

J’ai vraiment envie d’être à la genèse de mes projets. Je ne veux plus subir mon métier. J’ai besoin de m’impliquer autrement. J’admire beaucoup Sophie Lorain, par exemple. Elle joue, réalise, produit... Elle a trouvé une façon de créer à l’extérieur de l’interprétation. J’ai l’esprit ouvert à plein de possibilités. Aujourd’hui, je suis enfin bien. Je suis très à l’aise avec les racines que j’ai créées. J’ai trouvé mon X. Je ne suis plus une adepte de la fuite vers l’ailleurs. Advienne que pourra!

 

 

Par: Mélissa Pelletier | Photos: Neil Mota | Stylisme: Olivia Leblanc