Katherine Levac: rire la vie

C'est hot !

Katherine Levac: rire la vie

Mardi 24 juillet 2018
Tout semble sourire à Katherine Levac. Celle qui a fait ses marques à SNL Québec, Like-Moi!, PaparaGilles et Code F se consacre maintenant à la tournée de son premier spectacle d’humour en solo, Velours, «et c’est bien assez pour le moment!» Discussion avec une jeune femme passionnée (et passionnante).

 

 

Comment se passe la tournée jusqu’à présent?

 

C’est un gros coup à donner! Depuis février dernier, c’est très intense. C’est super parce que les gens sont au rendez-vous, et on doit ajouter des supplémentaires. C’est inespéré! C’est une belle surprise pour moi.

 

 

Le titre Velours est une référence à ta vie que tu qualifies de «facile». Pourtant, tu pratiques un métier plein de défis! Dirais-tu que ton entrée dans le monde de l’humour s’est passée «facilement»?

 

J’ai l’impression que mon existence n’est pas difficile. Le secondaire, l’université, les différentes étapes... Tout est arrivé naturellement. Mais je sais que ce n’est pas dû au hasard. Je travaille très fort. Les gens me le font souvent remarquer! Pendant des années, je me suis concentrée seulement sur mon boulot. Ça a longtemps été ma priorité et ce l’est encore. Par contre, je suis très consciente que cette réussite est aussi possible grâce au soutien de mon entourage et de mes collègues.

 

 

Tu participes au grand succès de Like-Moi! sur les ondes de Télé-Québec. As-tu été surprise par la réaction très positive du public?

 

Non! Honnêtement, je m’attendais à ce bel accueil. Les textes me font énormément rire. Il faut dire que Marc Brunet, l’auteur de Like-Moi!, est hilarant. J’adore recevoir ses textes! Il y a cinq ans, je n’aurais jamais cru être assez talentueuse pour participer à une telle émission. Mais Marc m’a mise en confiance. Ça m’a même donné envie de m’impliquer dans d’autres projets en tant que comédienne. J’ai d’ailleurs eu plein d’offres intéressantes. Mais avec la tournée, j’ai dû faire des choix... Je me demande toutefois ce qui m’attend, un peu plus tard dans ma carrière!

 

 

Tu es aussi l’une des voix de Code F, sur VRAK, qui aborde mille et un sujets du quotidien. T’attendais-tu à devenir un modèle pour les adolescentes?

 

L’émission a vraiment changé mon rapport aux jeunes. Et je sens qu’elle a un impact positif. Chaque épisode vient avec son lot de messages sur les réseaux sociaux. Même des adultes me remercient pour tel ou tel conseil! Ce qui est bien avec Code F, c’est qu’on présente plusieurs points de vue. Et qu’on met de l’avant des filles ordinaires et toutes différentes. C’est le fun de voir des vraies personnes qui parlent de sujets pertinents! Si j’arrive à apaiser, à rassurer ou à faire rire quelques ados, ça vaut la peine.

 

 

 

 

Tu as par ailleurs décidé de ralentir les tournages pour la télévision afin de te consacrer à ton spectacle. Avais-tu l’impression que ton équilibre était fragile?

 

Je n’ai pas eu le choix. J’étais physiquement fatiguée. J’ai aussi un côté perfectionniste. Je ne veux pas faire les choses à moitié! C’est frustrant, parce que certaines personnes s’imaginent que je suis moins présente, que ma carrière stagne, lorsqu’ils ne me voient pas à la télé. Pourtant, en tournée, je ne fais que ça, voir des gens! (rires) C’est précieux, ces rencontres. Quand je fais des spectacles, je peux parler pour vrai à mes fans, ceux qui me permettent de faire ce que j’aime dans la vie!

 

 

As-tu toujours eu confiance en ton succès?

 

Mon plus grand défi a été d’accepter que j’allais véritablement être humoriste. Quand j’étudiais à l’École nationale de l’humour, je disais souvent que je ne faisais que perfectionner mon écriture. Je ne m’étais même pas encore avoué que je voulais devenir humoriste que déjà, des agences me contactaient pour m’offrir des contrats d’humour... J’ai dû prendre le temps de décider si je voulais vraiment en faire une carrière. Lorsque je me suis lancée, ça a tout de suite été facile. Rapidement, j’ai réussi à gagner ma vie de cette manière. J’ai eu beaucoup de chance.

 

 

Tu as déjà souligné en entrevue que les femmes ont droit à moins de reconnaissance que les hommes dans le monde de l’humour, notamment au Gala Les Olivier. Est-ce plus difficile pour une femme de percer en tant qu’humoriste?

 

Je serais hypocrite d’affirmer que ç’a été dur pour moi... mais je suis très consciente du travail accompli pour que je puisse dire une telle chose. J’admire, je remercie et je salue les femmes, et les hommes aussi d’ailleurs, qui ont fait en sorte que je puisse avoir l’impression de courir pieds nus sur un sentier qui était pourtant pavé d’obstacles il y a quelques années. Quand le scandale de Gilbert Rozon a éclaté au grand jour, et surtout lors du mouvement #MeToo, j’ai frappé un mur. Je savais qu’il y avait encore du travail à faire, mais pas tant que ça! Ma façon de faire avancer les choses, c’est d’être la meilleure version de moi-même. De réussir en tant qu’humoriste.

 

 

 

 

Comment vis-tu avec l’insécurité inhérente à ton métier?

 

Ironiquement, ça me sécurise de ne pas savoir ce qui va m’arriver. Je suis loin d’être la fille à la retraite déjà planifiée! Je peux faire plein de trucs: radio, télé, cinéma... Ça me fait plaisir de penser que de beaux projets m’attendent. J’ai confiance en moi. Je ne crois pas être la meilleure humoriste du monde, mais je suis un humain qui a plusieurs talents et intérêts. Si ça ne fonctionne plus en humour, je sais que j’ai d’autres options. Je ne suis pas le genre à me dire que je dois travailler en humour ou en télé. Il y a plusieurs métiers créatifs au sein desquels je pourrais m’épanouir. Mais personne ne dépend de moi en ce moment. Si j’ai des enfants, ce sera peut-être une autre histoire...

 

 

Tu as habituellement peu tendance à parler de ta vie privée. C’est seulement au dernier Gala Les Olivier que tu as présenté ton conjoint de longue date. Qu’est-ce qui t’a donné envie de le faire?

 

Je ne suis pas encore certaine que c’était une bonne idée! J’avoue que je ne suis pas à l’aise avec cet aspect de la vie publique. Par exemple, je n’aime pas parler de mon amoureux en entrevue. Il y a certains trucs que je préfère garder juste pour moi.

 

 

Ta récente perte de poids a d’ailleurs beaucoup attiré l’attention. Tu as finalement décidé de te prononcer à ce propos sur le plateau de Tout le monde en parle en avril 2017. As-tu été surprise par la curiosité du public et des médias?

 

Vraiment! Je pensais sincèrement que ça allait passer inaperçu. J’ai tenu ma langue longtemps, mais on m’a fiché la paix dès que je me suis ouverte sur le sujet. Ça a été une leçon. Je donne souvent l’impression que je dévoile beaucoup d’aspects de ma vie privée, mais c’est une illusion.

 

 

 

 

Ton rapport à la vie publique a-t-il changé après cet épisode?

 

Oui, forcément. Je n’avais aucune idée de la façon de gérer cette situation, cette attention. Je me rends compte que si je vis quelque chose d’apparent – si je tombe enceinte ou malade, par exemple –, je dois en parler. J’ai réalisé que j’étais vraiment une personnalité publique à ce moment-là. aujourd’hui, mon défi est de trouver ma zone de confort dans tout ça. Pour moi, la relation avec le public est un lien comme un autre. Ça se développe, ça évolue. Mes fans apprennent à me connaître et de mon côté, j’apprends à m’ouvrir. Je garde certains sujets pour plus tard, comme mes parents, ma famille. Je ne pense vraiment pas dévoiler un jour les circonstances de ma rencontre avec mon amoureux ou vendre des photos de mon mariage, par exemple... Mais c’est difficile à prévoir. Je ne sais pas comment je vais me sentir dans quelques années!

 

 

Comment fais-tu pour garder les deux pieds sur terre?

 

Depuis que je suis en tournée, on dirait que je ne fais que me ressourcer! Je travaille avec mes frères, qui sont mes techniciens, et je me sens comme lorsque j’étais en vacances, toute petite. C’est un plaisir de faire la route avec eux! Après les spectacles, on rentre et on regarde The Office à l’hôtel. Ça m’aide aussi énormément de rencontrer mes fans, des personnes simples et passionnantes, qui me parlent de la vraie vie. Quand je ne suis pas en tournée, j’aime beaucoup rester chez moi, m’occuper de mes plantes, regarder des comédies romantiques, faire du sport... Ça n’a pas de sens comment je suis plate! (rires)

 

 

Quels sont les projets qui t’attendent dans les prochains mois?

 

Cet été, je vais me promener un peu dans les festivals. J’adore ça, c’est comme des vacances! On a aussi appris que Like-Moi! allait revenir pour une quatrième saison, alors les tournages vont reprendre bientôt. Cet automne, je repars en tournée! Ça risque d’être assez intense. Et sinon, j’ai déjà commencé à écrire de nouvelles blagues. Je suis en création de manière active et ça me rend très heureuse. Je suis vraiment ravie de ce qui s’en vient! 

 

 

 

Photos: Neil Mota | Stylisme: Jay Forest

 

Mélissa Pelletier