Lundi 1 novembre 2010
Faut-il changer d'homme pour changer de vie?
À l'ère de l'extrême égalité des sexes, alors que les femmes tiennent bien serrées les rênes de leur existence, je me demande tout de même ce que ce serait que de tomber dans l'oeil d'un riche héritier.
Poser publiquement ce genre de question équivaut à peu près à un suicide social (et amoureux), je le sais pertinemment. Mais je crois aussi que je ne suis pas la seule à me demander comment ce serait que de pouvoir changer de vie en changeant «tout simplement» de parti. Comme dirait l'autre: parfois, mieux vaut en parler que de le faire.
Material girl
Permettez-moi de me présenter: je suis une petite bête angoissée. Un exemple? Suffit que nos invités aient 10 minutes de retard pour que je m'imagine un cataclysme naturel qui aurait pris naissance dans l'estuaire et créé aussitôt un tsunami dans le fleuve. Ainsi, je visualise clairement la vague emportant Geneviève et Sébastien au moment où ils traversent le pont Jacques-Cartier pour se rendre à Montréal.
Mais ma plus grande source de stress, c'est l'argent. Rater un paiement d'hypothèque. M'acheter une robe de trop et que cette transaction fasse en sorte que je ne puisse plus payer les couches du petit. Ça, ce serait vraiment la merde. Alors oui, je budgète et je contrains Ti-Loup à faire de même. Et on y arrive pas mal du tout. Ça ne m'empêche pas de rêver d'une vie où l'argent ne serait plus du tout une source de préoccupation. Parfois (rarement, mais ça arrive), mes fantasmes mettent en scène des médecins, des avocats, de jeunes rentiers branchés et d'autres riches héritiers. Par contre, je ne sais pas pourquoi, mais m'imaginer en fille à papa, à la Ivanka Trump, ne m'est jamais venu à l'esprit. À choisir, je suis assurément plus du type Ivana que du type Ivanka.
Comprenez-moi bien, je ne manque de rien avec Ti-Loup. Surtout pas d'un corps chaud doublé d'une âme amoureuse et d'un cerveau sexy en diable. Je suis avec le mec avec un grand «M». La sécurité financière en moins. Je sais, on ne peut pas tout avoir, à moins de le créer soi-même, comme à Hollywood. M'enfin, faut être réaliste: je ne serai jamais indépendante de fortune. J'aurai toujours un revenu décent, surtout si je consens à travailler comme une demeurée pour rester au top. Mais Liberté 55 ne fait pas partie des plans. Et puis, j'ai beaucoup trop d'amour pour le métier de rédactrice pour penser un jour faire des opérations à coeur ouvert. Forcément, ça a une influence sur mon salaire.
Parce que je ne suis pas mauvaise en calcul (et non parce que je suis calculatrice), j'ai évidemment vite fait le décompte des avantages de ma situation de couple actuelle: jamais un héritage n'amènera les comptes à s'équilibrer autrement. Je suis amoureuse de Ti-Loup, un point, c'est tout. Et le plus beau de l'histoire, c'est qu'il m'aime aussi. N'empêche. Il me semble qu'un petit écrin de velours ou un voyage-surprise en Toscane, ça n'aurait pas son pareil pour exprimer certaines choses...
Pour d'autres, la question n'est pas du tout d'ordre financier. En quête d'une vie sociale épanouie ou de sensations fortes, plusieurs de mes amies sont allées voir ailleurs si c'était plus vert.
Je pense entre autres à une copine qui, en animal social fini, n'en pouvait plus de partager sa vie avec Ovila Pronovost. Oui, il était beau, ténébreux et, surtout, il savait alimenter le feu (en soufflant sur la braise au bon moment), mais le bougre perdait l'usage de la parole dès lors qu'il y avait plus de quatre personnes dans la pièce. Débandant lorsqu'on est une fille de gang, vous en conviendrez. Eh bien, figurez-vous qu'après avoir fait un petit tour du quartier et rencontré quelques party animals, cette amie est retournée se faire griller des guimauves dans le bois. La morale de cette histoire: ceux qui nous paient un verre un soir ne servent pas nécessairement les meilleurs jus d'orange frais pressés le lendemain matin.
Nos mecs sont-ils les dépositaires de notre bonheur/strong>
Dans ce numéro, on peut lire une entrevue que l'écrivaine et journaliste Marie-Hélène Poitras a réalisée avec l'éminent sociologue Jean-Claude Kaufmann (p. 145). Le monsieur, qui a le sens de la synthèse aussi développé que sa moustache, y rappelle à juste titre qu'«aujourd'hui, le couple est fragile. On est tout d'abord des individus qui cherchent à ne pas rater leur bonheur individuel et à ajouter, si possible, après coup, l'amour et, troisièmement, la famille». En qualité de simple observatrice du quotidien, j'ajouterais que la composante «amoureuse» ne doit aujourd'hui être, en aucun cas, une entrave à la réalisation de soi. Qui plus est, on exige parfois de notre tendre moitié qu'il devienne le principal commanditaire pas seulement financier de notre bonheur personnel. Et c'est pourquoi, parfois, je crois qu'on mélange tout: ce qu'on n'arrive pas à faire soi-même, on l'ajoute à la liste d'épicerie de Chéri. Il se transforme alors peu à peu en dépositaire de l'épanouissement de notre petite personne.
Ainsi, on se met à rêver d'une existence plus excitante dans d'autres bras, songeant qu'il doit forcément exister quelque part un mec plus ultra. Il aurait la tête de Jon Hamm, le grand coeur de mon père, la fortune de Jerry Jones et le cerveau de Clint Eastwood. Ce serait un être complet. Peut-être, en fait, serait-il si complet qu'il n'aurait besoin de rien... ni de personne.
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