©Getty Images
par :
Patrick Dion et Matthieu Simard
Jeudi 30 avril 2009
Sommes-nous trop exigeantes envers les hommes?
Le phénomène de la superwoman est plutôt récent. Par contre, l'idée selon laquelle les femmes cherchent l'homme idéal ne date pas d'hier... Nous réclamons la crème de la crème, rien de moins! En serait-il de même en ce qui concerne les hommes? Les auteurs Patrick Dion et Matthieu Simard se prononcent.
Au pied!
par patrick dion
Ça commence toujours quand tu viens enfin de t'asseoir dans le salon, après une journée complètement folle au bureau. C'est habituellement quand le score est de 0 à 0 et qu'il ne reste que cinq minutes à la troisième période qu'un cri strident retentit dans la cuisine: «Chériii! Viens m'aider, le lavabo est bouché!» T'as beau essayer de faire le sourd, implorer, expliquer que l'issue de la partie est une question de vie ou de mort, il n'y a rien à faire. Elle a besoin d'aide. Et tout de suite!
Mais tu n'es pas dupe. En réalité, il ne s'agit pas simplement de déboucher un lavabo. La vraie bête noire suivra. Tu te feras prendre dans ses filets et il n'y aura plus d'échappatoire. Tu devras malaxer le mélange à gâteau, changer l'ampoule qui vient de brûler, laver le plancher de la cuisine en sautillant sur une jambe et en lui disant à quel point elle est magnifique, attirante et unique... Tu sais tout ça. Mais tu te lèves quand même, parce que coudonc, c'est toi l'homme de la maison. Et si, par malheur, tu ne réussis pas à déboucher ce satané lavabo, c'est son père, le héros, qui viendra voler le peu d'honneur qu'il te reste en le débouchant les yeux fermés et les mains dans le dos.
Heureusement, ce soir, c'est ta chance. Trois ou quatre coups de siphon et hop! le tour est joué. Tu te pavanes avec tes plumes de guerrier pour lui montrer que c'est toi le plus fort. Tu te frottes un peu à elle, dégageant des effluves de testostérone bien sentis, espérant même attiser la flamme du désir en elle. C'est là qu'elle se place dos au comptoir de cuisine, effectue quelques pas de danse aguicheurs en te taxant gentiment de mâle en rut et t'embrasse goulûment en te promettant mer et monde pour la fin de la soirée. Plein d'espoir, tu retournes à ton match de hockey pour te rendre compte que la partie est terminée et que les Habs viennent encore de perdre. Finalement, ta BBD (Belle au bois dormant) s'endort la face dans son livre à 22 h alors que tu te brosses les dents.
Ça donne envie de redevenir célibataire, non? Eh bien, non, justement! Il est encore plus difficile d'être célibataire de nos jours. Les filles ne savent pas ce qu'elles veulent. Ou plutôt si: elles veulent tout avoir. Un bel éphèbe musclé qui cite Proust et Rafaële Germain; un grand mâle cultivé qui fait du sport et du plein air mais qui aime aussi se retrouver à la maison pour cuisiner comme Marcotte et déboucher les cuvettes comme Postigo; un jeune professionnel indépendant financièrement qui l'emmènera au restaurant, au septième ciel, puis en Martinique; un dieu de la salsa qui saura être humoriste, qui gossera des meubles en bois et acculera sa tendre bien-aimée dans un coin pour lui faire l'amour passionnément.
Les hommes ne savent plus où se garrocher! Coincés entre les enseignements maternels (politesse, respect, tendresse, attention, galanterie, art de la cuisine et de la couture) et les nouveaux désirs féminins (être traitées en égales, se faire faire l'amour sauvagement, se sentir en sécurité dans les bras de leur homme), ils hésitent à afficher leur position amoureuse et traitent les femmes comme des chums. En passant, Messieurs, une «bine» sur l'épaule, ce n'est pas sexy!
Alors oui, les femmes sont trop exigeantes. Faudrait être tout à la fois: homme avec un grand H, protecteur, amant incontrôlable, confident, ami, supporteur, cuisinier, partenaire de tâches ménagères et bum au grand coeur. Mais peut-être exigent-elles cela parce que nous exigeons la même chose en retour? Par chance, ce n'est pas mon cas. Je suis un père de famille monoparentale qui n'aime pas le hockey.
Patrick Dion est chroniqueur, recherchiste et blogueur. Il «sévit» sur le Web à l'adresse Patrick Dion
Le gun sur la tempe
par matthieu simard
J'en tremble au quotidien. J'en «insomnise» à longueur de nuit. Je souffre de toute cette pression, de tout ce poids sur mes frêles épaules, qui me rappelle quelque chose comme Guantanamo sans les suits orange.
Ma blonde est un monstre.
Tenez, l'autre soir, on était tranquilles à la maison, j'étais crevé, j'avais juste envie de relaxer. À RDS, c'était un Méchant Mardi Molson Ex. Eh bien, vous savez quoi? Ma blonde m'a obligé à regarder le match. Tout seul, écrasé dans le sofa. Elle a même poussé l'audace jusqu'à m'offrir de faire du pop-corn. Impitoyable, je vous dis.
Il y a pire. Jeudi dernier, elle m'a forcé à aller souper avec un chum que je n'avais pas vu depuis longtemps, en me faisant promettre de revenir à l'heure que je voulais. Quelques jours plus tard, elle m'a donné l'ordre de faire une sieste parce que j'avais l'air un peu fatigué, et que la vaisselle pouvait bien attendre. «Je m'en occupe, ne t'inquiète pas», a-t-elle dit. Ça m'a pris des minutes … oui, des minutes … avant de m'endormir. Pénible.
Et ça, c'est sans compter les mots doux qu'elle me laisse dans mon lunch (que je DOIS lire), les câlins qu'elle me fait le matin (que je DOIS subir) et les moments où elle me laisse tranquille (dont je DOIS profiter). Trop exigeante? Vous n'avez même pas idée.
Alors que moi, je suis si doux, si compréhensif.
Depuis qu'on est ensemble, pas une fois je n'ai exigé quelque chose d'elle. Je me contente de suggérer des activités. «Chérie, t'es certaine que tu n'as pas envie de recommencer à aller au gym?» Pas une fois je ne lui ai mis de la pression. Je me contente de lui poser des questions. «Est-ce que t'as fait le lavage, finalement?» Je lui offre des occasions. «Si ça te tente de venir me chercher au bureau, ça serait swell.» Je la couvre de petits commentaires cutes: «Grosse patate.»
Je suis un ange.Et elle, elle me met le gun sur la tempe. Tout le temps. Ce n'est pas une vie.
Un peu de sérieux.
À part le gars sur la page d'à côté, y a-t-il encore quelqu'un qui trouve que les femmes sont TROP exigeantes envers les hommes? Exigeantes, peut-être. Mais trop?
Généralisons. C'est tellement à la mode de généraliser. Les femmes sont exigeantes, oui, mais les hommes aussi sont exigeants. Half-and-half, de nos jours, mettons. Un genre d'équilibre. J'ai de la misère à concevoir que l'homme qui, depuis toujours, a obligé sa femme à faire un paquet de niaiseries, puisse trouver que le balancier a tellement basculé que la femme est rendue dans la zone «trop». Un miroir, quelqu'un?
Il y en a bien quelques-unes qui exagèrent. Vous en connaissez. Moi aussi. La fille au chum soumis qui la suit au Salon de la mariée en soupirant. Celle qui refuse que son mari écarquille les yeux en voyant une photo de Scarlett Johansson. Celle qui s'attend à ce que son homme comprenne tout, tout le temps. Elles existent, comme l'inverse existe aussi, mais ce sont des déséquilibres exceptionnels. Des gens qui cherchent ça, qui s'assemblent pour ça. Des roughs avec des victimes. Des softs avec des leaders.
Mais en général? Nah. Parce que, en général, les femmes sont aussi fines qu'on est fins, aussi dures qu'on est durs, aussi bitchs qu'on est caves...
Matthieu Simard est romancier et blogueur. Suivez-le sur son blogue Matthieu Simard
par patrick dion
Ça commence toujours quand tu viens enfin de t'asseoir dans le salon, après une journée complètement folle au bureau. C'est habituellement quand le score est de 0 à 0 et qu'il ne reste que cinq minutes à la troisième période qu'un cri strident retentit dans la cuisine: «Chériii! Viens m'aider, le lavabo est bouché!» T'as beau essayer de faire le sourd, implorer, expliquer que l'issue de la partie est une question de vie ou de mort, il n'y a rien à faire. Elle a besoin d'aide. Et tout de suite!
Mais tu n'es pas dupe. En réalité, il ne s'agit pas simplement de déboucher un lavabo. La vraie bête noire suivra. Tu te feras prendre dans ses filets et il n'y aura plus d'échappatoire. Tu devras malaxer le mélange à gâteau, changer l'ampoule qui vient de brûler, laver le plancher de la cuisine en sautillant sur une jambe et en lui disant à quel point elle est magnifique, attirante et unique... Tu sais tout ça. Mais tu te lèves quand même, parce que coudonc, c'est toi l'homme de la maison. Et si, par malheur, tu ne réussis pas à déboucher ce satané lavabo, c'est son père, le héros, qui viendra voler le peu d'honneur qu'il te reste en le débouchant les yeux fermés et les mains dans le dos.
Heureusement, ce soir, c'est ta chance. Trois ou quatre coups de siphon et hop! le tour est joué. Tu te pavanes avec tes plumes de guerrier pour lui montrer que c'est toi le plus fort. Tu te frottes un peu à elle, dégageant des effluves de testostérone bien sentis, espérant même attiser la flamme du désir en elle. C'est là qu'elle se place dos au comptoir de cuisine, effectue quelques pas de danse aguicheurs en te taxant gentiment de mâle en rut et t'embrasse goulûment en te promettant mer et monde pour la fin de la soirée. Plein d'espoir, tu retournes à ton match de hockey pour te rendre compte que la partie est terminée et que les Habs viennent encore de perdre. Finalement, ta BBD (Belle au bois dormant) s'endort la face dans son livre à 22 h alors que tu te brosses les dents.
Ça donne envie de redevenir célibataire, non? Eh bien, non, justement! Il est encore plus difficile d'être célibataire de nos jours. Les filles ne savent pas ce qu'elles veulent. Ou plutôt si: elles veulent tout avoir. Un bel éphèbe musclé qui cite Proust et Rafaële Germain; un grand mâle cultivé qui fait du sport et du plein air mais qui aime aussi se retrouver à la maison pour cuisiner comme Marcotte et déboucher les cuvettes comme Postigo; un jeune professionnel indépendant financièrement qui l'emmènera au restaurant, au septième ciel, puis en Martinique; un dieu de la salsa qui saura être humoriste, qui gossera des meubles en bois et acculera sa tendre bien-aimée dans un coin pour lui faire l'amour passionnément.
Les hommes ne savent plus où se garrocher! Coincés entre les enseignements maternels (politesse, respect, tendresse, attention, galanterie, art de la cuisine et de la couture) et les nouveaux désirs féminins (être traitées en égales, se faire faire l'amour sauvagement, se sentir en sécurité dans les bras de leur homme), ils hésitent à afficher leur position amoureuse et traitent les femmes comme des chums. En passant, Messieurs, une «bine» sur l'épaule, ce n'est pas sexy!
Alors oui, les femmes sont trop exigeantes. Faudrait être tout à la fois: homme avec un grand H, protecteur, amant incontrôlable, confident, ami, supporteur, cuisinier, partenaire de tâches ménagères et bum au grand coeur. Mais peut-être exigent-elles cela parce que nous exigeons la même chose en retour? Par chance, ce n'est pas mon cas. Je suis un père de famille monoparentale qui n'aime pas le hockey.
Patrick Dion est chroniqueur, recherchiste et blogueur. Il «sévit» sur le Web à l'adresse Patrick Dion
Le gun sur la tempe
par matthieu simard
J'en tremble au quotidien. J'en «insomnise» à longueur de nuit. Je souffre de toute cette pression, de tout ce poids sur mes frêles épaules, qui me rappelle quelque chose comme Guantanamo sans les suits orange.
Ma blonde est un monstre.
Tenez, l'autre soir, on était tranquilles à la maison, j'étais crevé, j'avais juste envie de relaxer. À RDS, c'était un Méchant Mardi Molson Ex. Eh bien, vous savez quoi? Ma blonde m'a obligé à regarder le match. Tout seul, écrasé dans le sofa. Elle a même poussé l'audace jusqu'à m'offrir de faire du pop-corn. Impitoyable, je vous dis.
Il y a pire. Jeudi dernier, elle m'a forcé à aller souper avec un chum que je n'avais pas vu depuis longtemps, en me faisant promettre de revenir à l'heure que je voulais. Quelques jours plus tard, elle m'a donné l'ordre de faire une sieste parce que j'avais l'air un peu fatigué, et que la vaisselle pouvait bien attendre. «Je m'en occupe, ne t'inquiète pas», a-t-elle dit. Ça m'a pris des minutes … oui, des minutes … avant de m'endormir. Pénible.
Et ça, c'est sans compter les mots doux qu'elle me laisse dans mon lunch (que je DOIS lire), les câlins qu'elle me fait le matin (que je DOIS subir) et les moments où elle me laisse tranquille (dont je DOIS profiter). Trop exigeante? Vous n'avez même pas idée.
Alors que moi, je suis si doux, si compréhensif.
Depuis qu'on est ensemble, pas une fois je n'ai exigé quelque chose d'elle. Je me contente de suggérer des activités. «Chérie, t'es certaine que tu n'as pas envie de recommencer à aller au gym?» Pas une fois je ne lui ai mis de la pression. Je me contente de lui poser des questions. «Est-ce que t'as fait le lavage, finalement?» Je lui offre des occasions. «Si ça te tente de venir me chercher au bureau, ça serait swell.» Je la couvre de petits commentaires cutes: «Grosse patate.»
Je suis un ange.Et elle, elle me met le gun sur la tempe. Tout le temps. Ce n'est pas une vie.
Un peu de sérieux.
À part le gars sur la page d'à côté, y a-t-il encore quelqu'un qui trouve que les femmes sont TROP exigeantes envers les hommes? Exigeantes, peut-être. Mais trop?
Généralisons. C'est tellement à la mode de généraliser. Les femmes sont exigeantes, oui, mais les hommes aussi sont exigeants. Half-and-half, de nos jours, mettons. Un genre d'équilibre. J'ai de la misère à concevoir que l'homme qui, depuis toujours, a obligé sa femme à faire un paquet de niaiseries, puisse trouver que le balancier a tellement basculé que la femme est rendue dans la zone «trop». Un miroir, quelqu'un?
Il y en a bien quelques-unes qui exagèrent. Vous en connaissez. Moi aussi. La fille au chum soumis qui la suit au Salon de la mariée en soupirant. Celle qui refuse que son mari écarquille les yeux en voyant une photo de Scarlett Johansson. Celle qui s'attend à ce que son homme comprenne tout, tout le temps. Elles existent, comme l'inverse existe aussi, mais ce sont des déséquilibres exceptionnels. Des gens qui cherchent ça, qui s'assemblent pour ça. Des roughs avec des victimes. Des softs avec des leaders.
Mais en général? Nah. Parce que, en général, les femmes sont aussi fines qu'on est fins, aussi dures qu'on est durs, aussi bitchs qu'on est caves...
Matthieu Simard est romancier et blogueur. Suivez-le sur son blogue Matthieu Simard





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Commentaires de nos lectrices
3 commentaires
Oui!
Vendredi 1er mai 2009, 15h28
Wow! Le texte de Mathieu Simard est trop bon. La conclusion est si vraie!
Marie
Two thumbs up!
Vendredi 1er mai 2009, 13h32
Ah ah ah! Des fous rire du début à la fin!
Chocolyane
Merci, Matthieu Simard!
Vendredi 1er mai 2009, 00h55
Merci, Matthieu Simard, de ton humour, et de l'équilibre que tu apportes à une page qui allait franchement me décourager en lisant la première intervention de P. Dion !
Emma