Mercredi 3 février 2010
Veux-tu être mon amie?
Combien de fois vous ai-je entendues me dire: «J'aimerais donc ça, avoir un ami gai comme toi!» Et je vous comprends. Moi-même, je voudrais être mon ami! Non, je blague... C'est devenu un cliché béton, mais, en même temps, c'est tellement vrai.
Les gais sont de bons amis pour les femmes; entre nous, il y a une chimie presque parfaite. C'est comme si on avait des hormones faites pour «matcher» avec les vôtres. On est comme une version humaine du berger allemand: notre oreille est toujours tendue, prête à entendre les échos de vos derniers bad trips à la job, à vous écouter raconter vos fantasmes sexuels les plus hards SANS porter de jugement... on les a tous faits nous aussi, ces trips-là! , vos histoires de rebirth pour découvrir la provenance de vos conflits avec votre mère, et vos dernières trouvailles en matière d'armement pour conquérir l'Homme. On vous laisse «morver» sur nos t-shirts hors de prix quand vous avez envie d'une bonne séance de braillage, on est le public parfait pour un film de Sandra Bullock, on est les seuls à pouvoir vous dire que vous avez engraissé sans risquer de se faire enfoncer le talon d'un escarpin Jimmy Choo dans la gorge et, quelques-fois, avec les célibataires endurcies, on peut dormir en cuillère, un soir de cuite, parce que ça fait du bien en citronnade, un peu de tendresse! Bref, on forme un duo hallucinant! Les Hansel et Gretel, les Ti-Gus et Ti-Mousse, les Spic and Span!
Mais je pense qu'il est temps de remettre les pendules à l'heure, car l'horloge a pris un peu de retard. Et si, en fait, c'était l'inverse? Si c'était nous qui avions le plus besoin de vous? C'est vrai qu'on est de bons amis pour vous, mais vous en faites beaucoup pour nous aussi... On pourrait bâtir un autre cliché en disant: «Merci, les filles, de m'avoir accepté comme je suis.» Parce que, soyons honnêtes, les personnes qui acceptent le plus facilement les gais, ce sont les filles! La société a évolué et les gars ont de moins de moins de difficulté avec l'homosexualité, mais la partie n'est pas encore gagnée. Le chemin est sinueux et la pente est encore raide avant le sommet. Mais, les filles, vous êtes souvent celles qui nous tirez vers le haut!
Quand vient le temps de faire notre sacré coming out, vous êtes les premières vers qui nous nous tournons. Vous êtes notre premier test, la première personne à qui on se confie, et celle qui déterminera un peu la suite des choses. Que ce soit une amie, une tante, une maman ou une collègue de travail, c'est à une femme que nous dirons pour la première fois: je suis gai. Et, presque tout le temps, ça passera! Mieux que ça, vous serez réconfortante, encourageante, aimante. Et, pour nous, c'est inestimable. Le fait de ne pas voir briller la lueur du jugement dans vos yeux nous donnera de la force pour faire face aux moments difficiles... car il y en aura. À chaque tempête, on ira s'amarrer à votre port pour prendre un break. À l'occasion, vous prendrez même notre défense, comme la chatte le fait pour ses petits. C'est votre infatigable instinct maternel! Vous faites une énorme différence dans notre vie, parce que vous nous évitez une des choses qui fait le plus mal: le rejet.
Quand on est en peine d'amour parce que le beau mâle musclé qu'on avait ramené de San Francisco s'en retourne chez lui trouvant qu'il fait trop frette ici, c'est sur votre chandail en cachemire qu'on va pleurer! Quand on veut aller chanter dans un karaoké, c'est vous qu'on emmène! Qu'est-ce que vous voulez: vous aimez ça vous humilier en chantant Dancing Queen! Quand on sait qu'on n'aura pas notre promotion parce que le boss est sûr que notre «différence» va faire jaser au siège social de Toronto, c'est dans votre salon qu'on va cracher notre venin. En plus, si vous n'étiez pas là, à qui est-ce qu'on ferait la cuisine? Et qui nous accompagnerait pour aller voir des comédies musicales?
Vous aimeriez ça, avoir un ami gai comme moi? Ben moi, je veux une amie comme vous!
Alex Perron est en tournée pour son spectacle Un gars, c't'un gars... Pour connaître toutes les dates et pour le suivre sur son blogue, consultez son site Web, alexperron.com .
