Le premier magazine de mode au Québec

©Corbis

par : Grace Dent, traduction: Julie-Jeanne Roy

Mardi 17 novembre 2009

Quand fêter noël est-il devenu si stressant?

Chaque année, la frénésie s'empare de nous, et nous nous démenons pour que la grande fête qui s'en vient soit la plus réussie de tous les temps.

Résultat: à l'approche de Noël, nous frôlons la crise de nerfs. Pourquoi sommes-nous incapables de traverser cette période plus sereinement?

Chaque année, la frénésie s'empare de nous, et nous nous démenons pour que la grande fête qui s'en vient soit la plus réussie de tous les temps. Résultat: à l'approche de Noël, nous frôlons la crise de nerfs. Pourquoi sommes-nous incapables de traverser cette période plus sereinement?

Ce matin, en me regardant dans le miroir, j'ai eu la surprise de découvrir un «cadeau» que je n'avais pas demandé au père Noël: des ombres noires s'étalaient sous mes yeux! J'avais des cernes si foncés que même un serre-tête orné de bois de rennes en velours ne réussirait pas à les faire oublier.

Bien décidée à organiser le réveillon parfait, j'ai feuilleté journaux et magazines à la recherche d'idées-cadeaux et j'ai passé mes après-midi à regarder la télévision en quête de conseils pour mon menu des fêtes. Je veux que ma maison respire la magie et que mes invités soient transportés dans un monde fantastique. Le repas, les cadeaux et les décorations doivent être plus que sublimes, comme lorsque Josée Di Stasio reçoit ses invités avec des plats exquis, notamment sa potée de crevettes au beurre, ou quand Mariah Carey offre à toutes les femmes de son entourage des bas ornés de diamants à plus de 25 000 $ la paire. Oh, oui! je veux que ma réception ressemble à ça. Nous nous attarderons autour de la table, nous laissant doucement griser par le bonheur d'être réunis, puis nous sortirons pour faire une énorme bataille de boules de neige.

De plus, cette soirée grandiose effacera instan?tanément toutes les petites fautes que j'ai pu, en tant que femme, fille, soeur ou tante, commettre au cours de l'année. Qu'importe si ma marge de crédit a fondu et si j'ai insulté le boucher d'une manière qui ne se raconte pas parce qu'il avait vendu son dernier pot de graisse d'oie? C'est la plus belle période de l'année; réjouissons-nous!

Bon, soyons honnêtes: selon moi, toute cette pression que nous faisons peser sur nous frise le ridicule, et je pense que plusieurs femmes sont de cet avis. Les hommes, eux, de manière générale, ne semblent pas souffrir autant. Je dis cela en connaissance de cause puisque j'ai déjà travaillé dans plusieurs grands magasins durant la période des fêtes. Le 23 décembre, les allées se remplissent de mecs pas stressés pour un sou. Affichant un calme olympien, ils achètent aux femmes de leur famille le même bain moussant banal au parfum d'abricot, persuadés que, moi, l'employée, je parviendrai à transformer leurs modestes présents en cadeaux inouïs grâce à du papier brillant et à quelques rubans colorés. (Je n'ai jamais réussi à faire de miracle et, de toute façon, les clients s'en fichaient.) Bref, aucun de ces messieurs ne semblait au bord de la crise de nerfs.

Les hommes n'ont pas l'air d'avoir vu ces formidables émissions britanniques, américaines ou françaises dans lesquelles l'animatrice s'envole pour l'Autriche à bord de son jet privé afin d'aller chercher un vrai stollen (gâteau allemand aux fruits) avant de rentrer chez elle pour aider une belle enfant vêtue d'une robe en taffetas à préparer un pouding, tandis qu'un jeune garçon joue des chansons de Noël au violon. Eh bien, moi, je les ai vues et je veux un Noël comme ça. Du moins, j'aimerais qu'à un moment, pendant le repas, les invités mordent dans mes pommes de terre rôties dans la graisse d'oie et poussent un soupir de contentement avant de s'écrier: «C'est vraiment le plus beau Noël de tous les temps! Nous ne pourrions être plus heureux!»

Comme j'ai passé des heures à patauger dans la gadoue en allant d'un magasin de jouets à l'autre, je rêve de voir mes nièces et mes neveux déballer leurs cadeaux très chers et, le visage rayonnant, exploser littéralement de bonheur: «Oh, ma tante! Tu mérites le premier rang parmi les adultes les plus cool. Ce cadeau rachète ta décision de vivre loin de chez nous et de mener une carrière qui t'empêche de nous voir plus souvent. Nous t'aimons tellement!»

Serais-je en train de m'imaginer un scénario qui ne peut se terminer que par une grande déception? Oui, sans l'ombre d'un doute. Rien de tout cela n'arrive, et nous le savons.

En réalité, que je me démène comme une folle ou non, Noël se passe à peu près toujours de la même manière. Les invités arrivent, s'installent au salon et commencent à discuter tranquillement. Le repas est délicieux. La dinde du temps des fêtes goûte la dinde du temps des fêtes. Plus tard, je me demande toujours pourquoi je me suis autant inquiétée à l'idée de la faire cuire. Après tout, je possède les compétences requises pour peler une carotte et enfourner une volaille depuis l'âge de huit ans. À la fin du repas, lequel est avalé en 20 minutes, nous retournons nous asseoir au salon. Ensuite, les enfants ouvrent mes merveilleux cadeaux, oublient instantanément qui les leur a offerts, puis passent la soirée à s'amuser avec une boîte en carton qu'ils ont dénichée dans le bac de recyclage. Pendant tout ce temps, personne ne joue du violon...

Je sais tout ça, mais ça ne m'empêche pas d'être emportée par un tourbillon d'aspirations démesurées dès que décembre revient.

Et je sais que je ne suis pas la seule. Je parle ici au nom de toutes les femmes qui se sont retrouvées, la veille de Noël, à préparer sombrement un chaudron de crevettes au beurre en maugréant: «En plus, je n'aime même pas ça, les crevettes. On dirait de petits foetus en train de macérer. Qu'est-ce qui m'a pris? Sacrée Josée! je me suis encore fait avoir!»

Le plus ironique, dans tout ça, c'est que, chaque été, alors que je me prélasse sur une plage, je rêve d'un Noël tout simple et bien de chez nous. Je ressens soudain une vive affection pour les petites choses un peu idiotes mais si réconfortantes que le temps des fêtes ramène invariablement: paresser chez soi, regarder des films de Noël en grignotant une canne en bonbon, enfiler un vieux chandail de laine tout étiré, préparer sans se presser un gâteau aux fruits. Voilà ce dont j'ai envie, en juillet. Rien de tout cela n'est fastidieux, irréalisable ou stressant. Puis, décembre arrive, et j'oublie que Noël n'a rien à voir avec le fait d'arpenter les rues en quête de graisse d'oie pour faire cuire des pommes de terre. Noël, c'est le temps passé avec mon père, le matin du 24, à éplucher des légumes en écoutant de la musique. À cet instant, je redeviens une fillette de 10 ans, nous nous racontons des blagues, la chanson Minuit chrétiens joue à la radio, et nous la hurlons en choeur; il s'en fiche de ce que j'utilise pour faire rôtir mes patates. À Noël, comme tout le monde, je suis déçue lorsque mes proches se disputent, mais, en juillet, ce sont les petits rires complices et les cigarettes fumées en catimini avec mon frère dans la cour, pendant que les autres se chamaillent, qui constituent mes souvenirs les plus vifs.

Quand je longe les rues glacées du centre-ville en jetant mon argent par les fenêtres, j'oublie que les cadeaux les plus chers sont rarement ceux qui font le plus plaisir.

En écrivant ces lignes, je me sens déjà moins stressée. Je pourrais bien mettre mon «Noël 2009: projet perfection» sur la glace un moment, jusqu'au 23 décembre par exemple. Je sais comment quelques rubans et un morceau de papier brillant peuvent transformer un banal bain moussant à l'abricot... Mes proches seront fous de joie!

texte: ©grace dent/marie claire/ IPC+ Syndication, traduction: julie-jeanne roy.

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Commentaires de nos lectrices

1 commentaire

Mme

Jeudi 5 novembre 2009, 18h45

c'est exactement se que ressent depuis deux ans et cette année j ai opter pour la simplicité et le lâché prise. raclette et film de Noël le 24 et on a avertie tout le monde de ne pas nous faire de cadeaux car nous en ferons pas et pour le reste on verras jeux de société case tête et lait de poule petite sortie voilà nos vacance de Noël.

Renée

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