Jeudi 18 mars 2010
La beauté sous toutes ses formes
Après s'être doté d'une Charte québécoise pour une image saine et diversifiée, endossée par le magazine Clin d'oeil, le Gouvernement du Québec lance le microsite JeSigneEnLigne.com, afin de sensibiliser le public aux dangers que représente le culte de l'image.
Il y a trois ans, lorsqu'elles lançaient chacune de leur côté une pétition pour briser le tabou de la minceur extrême, Léa Clermont-Dion et Jacinthe Veillette, deux étudiantes ayant souffert d'anorexie, ne se doutaient pas que leur initiative prendrait une telle ampleur.
Ainsi, après avoir consulté des représentants des milieux de la mode, des médias, de la publicité, de la musique, de la vidéo, de la santé et du gouvernement, le Québec adoptait l'automne dernier la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée. Le 15 mars 2010 - Journée mondiale des droits des consommateurs - la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Madame Christine St-Pierre, annonçait le début d'une campagne de sensibilisation ayant pour but d'unir le Québec dans la lutte pour une saine évolution des mentalités en matière de diversité corporelle. La campagne prend la forme du site interactif JeSigneEnLigne.com, qui permet aux femmes et aux hommes interpellés par le sujet de signer la Charte, de l'accompagner d'une photo d'eux-mêmes et d'une phrase exprimant leurs raisons d'y adhérer.
JeSigneEnLigne.com pour l'évolution des mentalités

Léa Clermont-Dion et
Jacinthe Veillette
Depuis qu'elle a commencé à parler de la problématique des troubles alimentaires et des stéréotypes dans les médias, Jacinthe Veillette, constate que les jeunes s'intéressent énormément au sujet: « Je donne depuis trois ans des conférences dans les écoles et les maisons des jeunes de ma région et je peux voir l'impact positif que mes propos ont sur les jeunes. Je me rends compte à quel point ils s'intéressent au sujet et veulent être informés. Ils me posent beaucoup de questions et s'identifient à ce que j'ai vécu », soutient Jacinthe, rencontrée suite la conférence de presse qui a permis à la ministre St-Pierre d'annoncer la mise en ligne du site JeSigneEnLigne.com.
Même son de cloche du côté de Léa Clermont-Dion: « Les gens estiment que c'est une affaire de gros bon sens. Un gros bon sens qu'on n'a pas eu avant le dépôt de la pétition et le projet de Charte. On peut vraiment être fières du chemin parcouru », déclare Léa. Selon elle, c'est important de prendre position dans la société pour changer nos modèles, et de le faire maintenant: « Une démarche comme celle de la Charte et du site JeSigneEnLigne.com n'est pas coercitive mais a un réel impact sur les gens », ajoute-t-elle.
Tant qu'il y aura de la demande, Jacinthe continuera de donner des ateliers sur le sujet qui lui tient à coeur, tout comme Léa, qui lance aussi l'idée, « après tout, l'expérience nous a permis de constater que ça servait à quelque chose », s'exclame-t-elle, d'organiser un colloque, d'un événement rassembleur pour discuter des critères de beauté corporelle qu'on souhaite adopter.
Accepter sa différence

De l'âge de 18 à 30 ans, Marie-Josée d'Amours a souffert en alternance d'anorexie et de boulimie. « Dans mes périodes les plus creuses, j'ai maintenu un poids de 90 livres », soutient celle qui a été traité entre autres par le Dr Howard Steiger, à la clinique des troubles de l'alimentation de l'Institut Douglas. Même si l'image de la femme dans les médias n'est pas l'unique déclencheur des troubles alimentaires, Marie-Josée croit qu'elle a un impact certain: « On ouvre le téléviseur, la lectrice de nouvelles est mince, les gens qui ont du succès sont minces, sont beaux. On veut se faire accepter de la société, alors on pense que si on affiche un surplus de poids, on va penser qu'on est paresseuse, qu'on se laisse aller », déclare Marie-Josée. Elle espère que la Charte fera réagir les gens et leur fera réaliser que c'est correct d'avoir des formes différentes de celles présentées dans les médias.
Suite au voyage en enfer qui lui a fait frôler la mort, Marie-Josée se promène dans les écoles pour dire aux jeunes filles que sa recherche de la minceur extrême ne lui a pas apporté le bonheur promis. Elle précise aussi que pour guérir un problème de troubles alimentaires, il faut se donner du temps: « Quand j'ai recommencé à manger, j'avais peur de tout. J'ai dû réintégrer tous les aliments un à un comme un enfant. Ça a pris 5 ans avant que je mange un Bic Mac! » Elle conseille donc de faire des changements pendant un an et de voir ce qui va arriver.
Des chiffres qui parlent

La ministre de la Culture,
des Communications et de la Condition féminine,
Christine St-Pierre
- 10% des Québécoises de 13 à 30 ans souffrent d'un trouble de l'alimentation important, alors que 3% des femmes sont affectés par un trouble de l'alimentation sévère.
- De 0,5% à 4% des femmes souffriront d'anorexie mentale au cours de leur vie et de 1% à 4% souffriront de boulimie.
- 40% des adolescentes de niveau secondaire souhaitent modifier leur apparence et 34% des adolescents de niveau secondaire sont insatisfaits de leur image corporelle.
- 5 à 10% des cas d'anorexie nerveuse sont observées chez les jeunes hommes.
- 56% des femmes ayant un poids santé selon leur indice de masse corporelle (IMC) veulent perdre du poids.
Cliquez ici pour consulter la Charte Québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée endossée par le magazine Clin d'oeil.
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