Mardi 22 septembre 2009
Attention à toi, beauté! Cosmétiques et cancer?
Parabènes, filtres solaires, rouges à lèvres «repulpants»... On commence à regarder nos petits pots d'un oeil drôlement suspicieux. Beauté est-il désormais synonyme de danger?
Petits pots, gros sous
Avant de partir en peur, il faut mettre les choses (et les pots!) en perspective. Un ingrédient non accepté par un pays n'est pas forcément nocif. La preuve, le Meroxyl-SX (un filtre solaire) est employé au Canada et en Europe depuis plus de 15 ans, mais les Américains n'en veulent toujours pas. Par ailleurs, le Canada a récemment prohibé le cyclopentasiloxane à cause de sa nocivité pour l'environnement. Économie ou écologie? La réponse est que le monde des cosmétiques doit remplir bien d'autres exigences que celles en matière de santé.
Une réputation entachée
Il faut aussi cesser de confondre danger et risque. Boire de l'eau ne présente aucun risque; en avaler quatre litres en deux minutes est dangereux. Pareillement, c'est la dose qui rend certains ingrédients cosmétiques dangereux. «L'hydroquinone employé pour estomper les taches brunes (lentigo solaire) est cancérigène à un dosage supérieur à 6 %», précise Nicole Senécal, PDG de SoSen, la firme manufacturière des soins Jouviance. L'usage abusif qu'en ont fait les Africaines et les Japonaises pour blanchir leur peau a donc entraîné de sérieux problèmes.
Doit-on frémir à notre tour? «Au Canada, le dosage maximal autorisé sur ordonnance est de 4 %, rappelle le Dr Jean-François Tremblay, dermatologue affilié au CHUM et consultant recherché par les grandes firmes, dont P&G Beauté au Québec. Les soins offerts en vente libre contiennent tout au plus 2 % de ce produit. Pour une innocuité accrue, il suffit d'appliquer le soin le soir et d'utiliser un écran solaire le jour.» Autre raison de cesser d'être blanc de peur: les compagnies glamour préfèrent d'autres composés plus agréables (rétinol, vitamine C, précurseurs d'extraits végétaux).
Les parabènes à problèmes

La petite histoire de l'hydroquinone, c'est toutefois du bonbon comparé à celle des parabènes. Tout a commencé en 2004 alors qu'une chercheuse, Philippa Darbre, avait noté la présence de parabènes dans les déodorants employés par des femmes atteintes de cancer du sein. Malgré ses protestations, les parabènes ont vite été lynchés sur la place publique.
Cependant, les parabènes auraient dû inspirer des propos plus prudents. «La famille des parabènes est vaste comme celle des huiles ou des alcools, affirme le Dr Tremblay. Or, personne ne confond l'alcool du vin avec celui du lave-glace ou l'huile d'olive avec de l'huile à moteur.» Pareillement, l'innocuité de la majorité des parabènes est bien démontrée, et un seul groupe de personnes soulève encore quelques légers doutes à leur sujet.
Si les parabènes peuvent être allergénisants, dans plusieurs cas, ceux-ci ont été remplacés par des substituts encore pires. Ainsi, l'étiquette «sans parabènes» signifie surtout «avec d'autres conservateurs» ou «sans parabènes ajoutés». Or, certaines composantes d'un soin peuvent avoir été conservées avec des parabènes même si on n'en ajoute pas à la formule finale. Plus subtil que ça, on meurt...
Grosso modo, on a donc assisté à «une tempête dans un verre d'eau», pour reprendre les mots du Dr Denis Sasseville, spécialiste en allergie cutanée. «Les parabènes sont devenus non grata à cause de la perception négative que le public en a», renchérit Éric Dupont, pdg d'IDC et détenteur d'un postdoctorat en neurosciences. Dommage, car les parabènes sont de super conservateurs... qu'on trouve d'ailleurs dans les dentifrices.
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